Strasbourg: Une association va attaquer l'arrêté anti-mendicité en justice

CONTROVERSE La décision a été prise « au détriment des principes d’égalité républicaine et d’humanisme », selon le Labo citoyen, qui veut attaquer l’arrêté devant le tribunal administratif

Nils Wilcke

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Un SDF avec ses chiens devant un supermarché dans le centre-ville de Strasbourg.
Un SDF avec ses chiens devant un supermarché dans le centre-ville de Strasbourg. — N.W./20Minutes
  • A Strasbourg, le collectif Labo citoyen, a annoncé son intention d’attaquer l’arrêté anti-mendicité devant le tribunal administratif dès jeudi.
  • Cette dernière action s’ajoute à plusieurs autres : tags, affiches… de collectifs qui s’organisent contre cet arrêté.
  • La mesure du maire de Strasbourg est défendue par les commerçants qui estiment que l’arrêté a permis de diminuer les bandes autour des commerces.

La contestation contre l’arrêté anti-mendicité prend de l’ampleur et divise plus que jamais la ville de Strasbourg. Le texte, signé par le maire Roland Ries le 25 avril dernier, vire au mauvais feuilleton d’été. Dernier épisode en date, le Labo citoyen, une collectif classé à gauche, a annoncé son intention d’attaquer l’arrêté devant le tribunal administratif dès jeudi.

Mardi 28 mai, trois tags (« Vitrines assassines », « A quand un arrêté anti-riches ? », « Contre l’arrêté anti-pauvre ») ont été peints sur la façade du commerce de Gwen Bauer, le président de l’association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg qui réclamait un texte de ce genre depuis deux ans avec la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI). L’association de commerçants a depuis porté plainte pour « dégradations et diffamation ». Le lendemain, des affiches ont été collées dans le centre-ville mais aussi à la Krutenau et dans le quartier de la gare pour dénoncer « l’arrêté qui vise à virer les pauvres de Strasbourg ».

« Pour lutter contre quelques bandes »

Selon ses défenseurs, le texte, limité à trois emplacements, ne vise que les comportements « agressifs ». Devant 20 Minutes, Roland Ries avait déjà mis en avant la nécessité de lutter contre « quelques bandes » lors d’une conférence de presse le 30 mai dernier. Des comportements qui peuvent en fait déjà être sanctionnés par la loi française. La formulation de l’arrêté vise à sanctionner d’une amende de 38 euros « l’occupation de manière prolongée des voies publiques (…) accompagnée ou non de sollicitations ».

L’arrêté est également contesté sur le plan politique dans les rangs de la majorité municipale. L’adjoint Paul Meyer a qualifié le texte d'« aussi écœurant qu’inefficace » sur Twitter. « Le maire s’est fait piéger par Robert Herrmann », glisse à 20 Minutes un autre élu qui souhaite garder l’anonymat. Pourquoi publier un arrêté qui s’étend uniquement sur trois zones ? ». C’est aussi la question que se pose le Labo citoyen, qui estime que cette décision « a été prise dans le seul intérêt des commerçants du secteur au détriment des principes d’égalité républicaine et d’humanisme ».

« La situation s’est améliorée »

« Cet arrêté n’est qu’un prétexte », explique à 20 Minutes Guillaume Libsig, militant du Labo citoyen. Pour lui, le texte est « un service commandé du public pour répondre à des intérêts privés ». Directement visées, Les Vitrines de Strasbourg contestent que l’arrêté sert à chasser les pauvres du centre-ville. « Il y en marre de se faire prendre à partie, s’indigne Pierre Bardet, directeur général de l’association. Cela fait des années que l’on presse la ville d’agir contre ces bandes qui squattent les devantures et font peur aux passants et aux touristes. Depuis que l’arrêté a été mis en place, les bandes sont parties, la situation s’est améliorée. »

Sollicités par nos soins, ni le maire Roland Ries, ni le président de l’Eurométropole Robert Herrmann en déplacement à l’étranger, n’étaient disponibles pour réagir à cette action en justice. En attendant, les opposants à l’arrêté ne désarment pas. Un sit-in organisé par le collectif Reprendre la ville est prévu samedi 8 juin.