Strasbourg: Le suicide d’un jeune migrant afghan relance le débat sur l’accueil des réfugiés

SOCIETE Habib, âgé de 21 ans, s’est pendu à un arbre parc des Glacis à Strasbourg, dans la nuit de vendredi à samedi

Nils Wilcke

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Un camp de migrants dans l'ancienne «jungle de Calais», en février 2019.
Un camp de migrants dans l'ancienne «jungle de Calais», en février 2019. — AFP
  • Habib, un jeune migrant afghan de 21 ans, s’est pendu au parc des Glacis à Strasbourg dans la nuit de vendredi à samedi.
  • Le collectif La rue tue, constitué de plusieurs associations de solidarité, mettent en cause l’Etat, la ville et l’Eurométropole de Strasbourg.

Faut-il revoir la politique d’accueil des migrants à Strasbourg ? Le débat est relancé après la mort d’un jeune migrant afghan dans un camp de SDF ce week-end. Habib, âgé d’un 21 ans, s’est pendu au parc des Glacis dans la nuit de vendredi à samedi. Les conditions de vie précaires des migrants sont  régulièrement dénoncées par les associations de solidarité qui œuvrent dans la ville.

« C’est l’un de ses compagnons, qui partageait sa tente, qui l’a découvert au petit matin », explique à 20 Minutes Gabriel, militant du collectif  D'ailleurs nous sommes d'ici 67, qui s’est rendu sur place dans la journée. Habib était en France depuis plus d’un an, indique à 20 Minutes la préfecture du Bas-Rhin, confirmant l'information des Dernières Nouvelles d'Alsace. Les sapeurs-pompiers de Strasbourg n’ont pu que constater la mort du jeune homme.

« Habib avait besoin d’un toit »

Une manifestation de soutien a été organisée samedi entre la place Kléber et la gare de Strasbourg par les associations La Carriole, La roue tourne 67 et Ici mais d’ailleurs 67, regroupées au sein du collectif La rue tue . « Habib avait besoin d’un toit, de protection et de suivi médical et psychologique après avoir fui son pays. A la place, il a été interdit de travailler et laissé dans la précarité la plus absolue, à la rue, sans aucune possibilité de mener une vie digne », écrivent ses membres dans un communiqué.

Interpellée par les associations, la ville de Strasbourg a dépêché au parc des Glacis Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire à l’action territoriale. L’élue a renvoyé l’Etat à ses responsabilités, comme l’ont rapporté nos confrères des Dernières Nouvelles d’Alsace.

« Bien sûr que l’Etat doit assumer ses responsabilités mais ce n’est pas le problème, avance auprès de 20 Minutes Syamak Agha Babei, vice-président de l’Eurométropole en charge de l’habitat. Il faudrait que tout le monde s’interroge, face à la mort d’un jeune homme à qui personne n’a tendu la main. »

6 millions par an pour l’accueil des SDF

« Concrètement, le demandeur d’asile qui arrive à Strasbourg aujourd’hui, son seul espoir est de trouver du soutien parmi d’autres migrants », explique le collectif D’ailleurs nous sommes d’ici 67. Le jeune Habib avait fréquenté le centre d'accueil de la halte Bayard, situé rue du rempart. Mais la structure, financée par l’Etat et gérée par l’association Horizon amitié, aurait fermé ses portes à la suite de restrictions budgétaires. Les responsables du centre n’étaient pas joignables au moment où nous publions cet article.

La préfecture du Bas-Rhin indique également que le jeune homme avait « régulièrement fait appel au 115 », précisant qu’il avait été pris en charge 31 nuits dans différents hébergements d’urgence du département ainsi qu’à 45 reprises dans un centre d’accueil de jour.

La ville et l’Eurométropole consacrent conjointement environ 6 millions d’euros par an de leurs budgets à l’accueil aux personnes sans-abri. « 100 places ont été créées en 2018 auxquelles vont s’ajouter 80 places cette année », indique le vice-président Syamak Agha Babei. Par ailleurs, les services de l’Etat mettent à disposition chaque nuit 3.299 places d’hébergement dédiées aux demandeurs d’asile sur l’ensemble du Bas-Rhin. En 2018, plus de 3.500 premières demandes d’asile ont été déposées à la préfecture du Bas-Rhin.