VIDEO. Strasbourg : Un projet de récupération de la chaleur fatale inédit avec Kehl

ENERGIE La chaleur de l’aciérie de Kehl BSW pourrait alimenter les réseaux de chaleur de Strasbourg au moyen d’un tuyau sous le Rhin à l’horizon 2021

Nils Wilcke

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L’acier produit par BSW est issu du recyclage de ferraille, fondue à 6 000 °C.
L’acier produit par BSW est issu du recyclage de ferraille, fondue à 6 000 °C. — P.Stirnweiss pour la Ville de Strasbourg
  • L’Eurométropole de Strasbourg projette de récupérer la chaleur excédentaire non utilisée d’une aciérie allemande située à Kehl pour ses besoins de production.
  • Un tuyau de 8,5 km situé sous le Rhin devrait transporter l’eau chauffée à 160 °C de l’aciérie vers Strasbourg.
  • Les travaux de pose du tuyau d’interconnexion pourraient démarrer en 2020 avec une livraison envisageable en 2021.

Bientôt la chaleur produite par une aciérie pour chauffer l’eau de votre baignoire ou vos radiateurs à Strasbourg ? L’agglomération alsacienne projette de récupérer la chaleur excédentaire non utilisée de l' aciérie allemande BSW (Badische Stahlwerke) située à Kehl pour ses besoins de production, en la reliant au réseau de chaleur urbain de la ville et ses alentours.

L’imposante aciérie produit chaque année 2,2 millions de tonnes d’acier, issu du recyclage de ferraille, fondue à 6.000 °C. Jusqu’à présent, l’énergie de cette production à destination du secteur du bâtiment et des travaux publics se perdait dans l’atmosphère. L’idée est de la réutiliser pour chauffer un peu plus de 4.000 logements ou des surfaces équivalentes d’autres bâtiments, dans plusieurs quartiers de Strasbourg.

Un tuyau de 8,5 km sous le Rhin

Sont concernés les quartiers La Petite-France, celui des universités à l’Esplanade, le quartier des Deux-Rives, ou encore l’hôpital civil. Le tout avec une énergie produite localement, 100 % décarbonée. « C’est la traduction concrète de la transition énergétique telle qu’elle peut se pratiquer à l’échelon local », se réjouit Robert Herrmann, président de l’Eurométropole Strasbourg.

Comment ça marche ? Un tuyau de 8,5 km situé sous le Rhin devrait transporter une eau à 160 °C de l’aciérie à la centrale thermique de l’Esplanade pour alimenter son réseau de chaleur et celui de l’Elsau. En retour, une eau, à 90 °C cette fois, serait réexpédiée à Kehl à l’usage de la ville. « Si on passe du pétrole sous le Rhin, on peut aussi passer de l’eau chaude », indique le président Robert Herrmann. L’énergie enlevée au début de la mise en service serait de 45 gigawatts/heure. A terme, l’Eurométropole espère atteindre 250 gigawatts/heure, soit l’équivalent des besoins de 20.000 logements.

Un coût estimé à 25 millions d’euros

En attendant d’atteindre ces objectifs, il a bien fallu parler finances et négocier la quantité d’énergie à racheter à l’aciérie. Le projet a fait l’objet d’une « déclaration d’intention conjointe » signée lundi 13 mai à Kehl. Une société transfrontalière prenant la forme d’une société publique locale (SPL), détenue majoritairement par l’Eurométropole de Strasbourg, sera créée avec le Land du Bade Wurtemberg, de la Ville de Kehl et la Région Grand Est.

En parallèle, les collectivités locales vont entamer des négociations pour obtenir une TVA à taux réduit et chercher d’autres soutiens financiers. L’Eurométropole compte obtenir des subventions de l’Ademe et du programme européen Interreg. Car le projet a un coût : 25 millions d’euros, à hauteur de 10,3 millions d’euros pour BSW et de 14,5 millions d’euros pour les collectivités locales françaises et allemandes via la SPL. Une fois les financements acquis, les travaux de pose du tuyau d’interconnexion pourraient alors démarrer en 2020 avec, en ligne de mire, une livraison envisageable en 2021.