Strasbourg: En difficulté, un centre d'accueil pour jeunes réfugiés cherche des financements

MIGRANTS Le centre catholique Bernanos à Strasbourg peine à trouver les financements nécessaires à des travaux de remise aux normes

Nils Wilcke

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Des jeunes migrants traversent la jungle de Calais. (Illustration)
Des jeunes migrants traversent la jungle de Calais. (Illustration) — SIPANY/SIPA
  • Le centre Bernanos accueille une trentaine de jeunes réfugiés, des mineurs isolés. 
  • Le centre n'a pas été conçu pour servir de logement de nuit. Pour que ce dernier reste ouvert, la commission de sécurité réclame des travaux. 
  • La structure n'a pour le moment pas d'autres ressources que l'appel aux dons pour péréniser son action. 

Le centre Bernanos traverse une période difficile. Depuis trois ans, cette structure associative catholique, situé dans le secteur de l’Esplanade à Strasbourg, accueille des jeunes réfugiés. Ce sont des mineurs isolés. Une trentaine de garçons, venus pour la plupart d’Afrique subsaharienne, vivent sur place actuellement.

« La nuit, ils dorment sur des matelas posés à même le sol dans la chapelle ou dans des salles de réunion transformés en dortoirs pour l’occasion », explique à 20 Minutes le père Thomas, responsable de la structure et curé de la paroisse.

50.000 euros de travaux

Problème, le centre n’a pas été conçu pour servir de logement de nuit. La commission de sécurité, qui dépend de la préfecture du Bas-Rhin, a tiqué lors de sa dernière visite en août dernier. Le verdict tombe : le centre doit être remis aux normes pour pouvoir rester ouvert. La facture est estimée à 50.000 euros. Sauf que le centre Bernanos, qui vit de dons, n’en a pas les moyens.

En urgence, le père Thomas dépose un projet au budget participatif de la Ville de Strasbourg. Sans surprise, ce dernier est rejeté. « C’était un appel à l’aide symbolique, je savais que je n’avais aucune chance d’obtenir des fonds par ce biais, explique le curé. Le budget participatif de Strasbourg n'est pas ouvert aux projets d'intérêts privés. La ville ne nous a pas pour autant laissés tomber ». Sollicitée par 20 Minutes, Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire à l’action territoriale assure qu’elle s’est « engagée à examiner toute demande de subvention du centre Bernanos avec la plus grande bienveillance ».

Le centre a accueilli ses premiers réfugiés en 2016. Cette année-là, le nombre d’arrivées de migrants en Europe bat un nouveau record. Le père Thomas s’en souvient encore. Un jeune Camerounais de 15 ans frappe le premier à la porte du centre en plein hiver. « On ne pouvait pas ne pas fermer notre porte », dit-il. Au fur et à mesure, l’aide s’organise. Aujourd’hui, près de 200 bénévoles viennent en aide au père Thomas et aux jeunes réfugiés. « La plupart d’entre eux sont scolarisés grâce à la compréhension de chefs d’établissements », ajoute le curé.

Deux jeunes violés en Libye

Quel est le profil de ces jeunes ? « Ils sont souvent exclus de chez eux, livrés à eux-mêmes », assure le père Thomas. « Dans leurs pays, ils se sentent coincés. Ils savent que leur périple vers l’Europe peut les conduire à la mort mais ils partent quand même. C’est un acte désespéré ». Certains vivent l’enfer lors de leur périple. Le père Thomas évoque le cas de deux jeunes, traumatisés par des viols de leurs passeurs en Libye.

Pour recueillir des fonds, les réfugiés et bénévoles du centre ont eu l’idée de vendre les portraits qu’ils ont réalisés durant des ateliers de dessin animés bénévolement par des illustratrices professionnelles. Une exposition est prévue durant tout le mois de mai au Troc’afé, rue du Boulevard-de-Saverne.

En attendant, le centre Bernanos a toujours besoin de produits d’hygiène et de denrées non périssables. Des dons en argent sont aussi possibles, à verser via l’évêché, qui soutient le centre.