VIDEO. Strasbourg: L'Opération séduction des «gilets jaunes» avec leur kermesse « convergence des luttes »

MOBILISATION Les « gilets jaunes » de Strasbourg ont organisé ce dimanche leur première kermesse 

Nils Wilcke

— 

La kermesse des « gilets jaunes » de Strasbourg, place de Zurich.
La kermesse des « gilets jaunes » de Strasbourg, place de Zurich. — N.W./20Minutes
  • Les « gilets jaunes » République de Strasbourg organisaient leur première kermesse ce dimanche. 
  • Une manière de montrer un autre visage de la mobilisation, loin des violences lors des manifestations. 
  • Les « gilets jaunes » tentent de trouver un consensus avec les syndicats et les associations pour rassembler au-delà du premier cercle de manifestants. 

Après les heurts de la manifestation de l’acte 24 à Strasbourg, le 24 avril dernier et les chiffres de participation en berne, les «   gilets jaunes » de la ville veulent offrir un autre visage de leur mouvement. Quoi de mieux qu’une kermesse pour cela ? On retrouve ce dimanche les « gilets jaunes » de République, ceux qui sont habitués à se rassembler sur la place du même nom, autour des stands politiques et des repas chauds, place de Zurich.

Avec ses ballons, ses odeurs de nourritures, ses jeux pour petits et grands, le lieu se veut accueillant et bon enfant. Tout le contraire de l’ambiance tendue des manifestations les samedis de lutte. La dernière en date, qui a réuni près de 2.000 manifestants à Strasbourg, a conduit à l’interpellation d’une quarantaine d’entre eux. Cinq « gilets jaunes » ont été jugés en comparution immédiate le 29 avril. Trois d’entre eux ont été condamnés à des peines de deux à six mois de prison. De quoi refroidir l’ardeur de certains manifestants, pourtant « gilets jaunes » de la première heure.

Peur de manifester

« C’est sûr que ceux qui ont terminé en garde à vue, se sont fait taper par la police ou sont interdits de manifs ne reviennent pas », confie Zoé, l’une des organisatrices de la kermesse. Le plus souvent, les médias ne montrent que la violence dans les manifestations, soupire-t-elle, ça n’arrange rien ». « Il y a des gens pour qui manifester peut faire peur », renchérit sa camarade Mélanie. Elle-même, ingénieure en informatique, n’est pas très à l’aise dans les manifs. La kermesse est un espace non-violent qui permet de militer de façon plus apaisée.

Certains regrettent l’ambiance des premières semaines de mobilisation. « On le voit clairement lors de nos réunions du lundi, ce ne sont plus les mêmes personnes », avance une autre « gilet jaune ». Au fil des semaines, les profils se sont diversifiés : « On a même des "bourgeois" qui sont venus en disant qu’ils ne pouvaient pas ne pas réagir face à la violence sociale et policière dont on est victimes », raconte-t-elle.

Tentative de consensus

Diversifier les formes de mobilisation sans perdre ce qui fait l’essence des « gilets jaunes ». Tout un défi. Il n’empêche, cette kermesse pas comme les autres offre un souffle d’air bienvenu. « C’est chouette, on peut débattre sans se prendre la tête, rigoler, sans être forcément dans la confrontation. Ça change », indique un participant. « C’est une autre manière de manifester, plus locale et en dehors de la répression policière », explique Isabelle Wendling, professeure dans un lycée professionnel à Strasbourg au civil et « gilet jaune » alsacienne.

Elle a participé hier à la manifestation avant le G7 de l’environnement à Metz. « On tente de trouver des consensus, sur les sujets qui nous rassemblent », précise-t-elle. Pour preuve, à cette kermesse pas comme les autres, un stand écolo contre le projet de grand contournement ouest (GCO) côtoie une table installée par la CGT locale. Mais Isabelle Wendling en est certaine, « c’est en conciliant ces deux modes de mobilisation qu’on pourra avancer ». En attendant, la lutte continue : « On veut des réponses fortes à nos revendications, lance Zoé. Tant qu’on ne sera pas satisfaits, on continuera de manifester de toute façon ». Qu’on se le dise, les gilets jaunes de Strasbourg sont sur le front.