VIDEO. Strasbourg: Vives réactions après la signature de l'arrêté anti-mendicité

SDF Le maire, Roland Ries, a signé un arrêté contre la mendicité dans trois secteurs du centre-ville de Strasbourg qui suscite des critiques d'élus et d'associations 

Nils Wilcke

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Un SDF à Strasbourg. (Archives)
Un SDF à Strasbourg. (Archives) — G. VARELA / 20 MINUTES
  • Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a signé un arrêté anti-mendicité limité dans le temps pour trois secteurs dans le centre-ville. 
  • Des élus et des associations de solidarité critiquent cet arrêté et dénoncent une chasse aux exclus. 
  • En revanche, l'association des commerçant de Strasbourg se réjouit de cette mesure. 

Strasbourg fait-elle une chasse aux exclus ? Son maire, le socialiste Roland Ries, qui a signé jeudi 25 avril un arrêté anti-mendicité aujourd’hui contesté, s’en défend. « J’ai beaucoup réfléchi avant de prendre cet arrêté mais je ne pouvais pas rester sans rien faire », explique-t-il à 20 Minutes.

Trois secteurs spécifiques de la ville sont concernés par l’arrêté : la place du Marché-Neuf, la place du Temple-Neuf et la rue des Grandes-Arcades. Le maire indique qu’il s’agit d’une « expérimentation ». L’arrêté est valable du lundi au dimanche de 10 heures à 20 heures jusqu’au 30 septembre et du 23 novembre au 31 décembre de 10 heures à 20 heures. Autrement dit, pendant la période estivale puis le marché de Noël, deux périodes charnières pour le tourisme à Strasbourg.

Les trois secteurs visés par l'arrêté anti-mendicité à Strasbourg.
Les trois secteurs visés par l'arrêté anti-mendicité à Strasbourg. - Maps4News

Remous au sein du conseil municipal

« Il ne faut pas faire de mauvais procès, avance Robert Herrmann, président de l’Eurométropole. Nous faisons face à un phénomène très préoccupant de mendicité agressive ». A en croire les deux élus, il ne s’agit pas de s’en prendre aux SDF et aux mendiants de manière générale. « Ce qui est visé, c’est ceux qui s’en prennent aux citoyens ou aux touristes en leur extorquant de l’argent de façon agressive ou violente », précise le maire Roland Ries.

Robert Herrmann rappelle que la ville a été régulièrement interpellée par des riverains et des commerçants des secteurs visés par l’arrêté. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montrant l’agression d’une femme, tirée par les cheveux sur plusieurs mètres dans le Carré d'or de Strasbourg, avait suscité l’indignation en mars. Dans la foulée, des résidents avaient créé une page Facebook « Place du Marché neuf », avec des photos et des vidéos pour dénoncer cette situation, « à quelques mètres de la cathédrale ».

« Il y a des situations enkystées dans certains secteurs, déplore Robert Herrmann. Le président de l’Eurométropole évoque des « personnes profondément alcoolisées, des phénomènes de groupes et des problèmes d’accès aux commerces ». Le maire Roland Ries avait pourtant déjà signé un arrêté anti-alcool en 2012, censé limiter les nuisances liées à la suralcoolisation sur la voie publique à Strasbourg.

La mesure provoque en tout cas des remous au sein du conseil municipal, jusque dans la majorité : l’adjoint en chargé du tourisme et du commerce Paul Meyer s'est prononcé contre cette mesure. La conseillère municipale écolo Edith Peirotes accuse même le président de l’Eurométropole d’avoir fait preuve de « sexisme ordinaire » lors de la séance : « Quand Robert Herrmann parle des violences faites aux femmes pour justifier son discours sécuritaire, il évoque les "p’tites" vendeuses qui n’osent plus rentrer seules », tweete l’élue. Ambiance.

S'il soutient l'arrêté qu'il « demande depuis des années », le conseiller municipal LR Jean-Philippe Vetter, par ailleurs candidat à la mairie pour les municipales de 2020, considère toutefois qu’il s’agit d’une mesure électoraliste puisque prise juste avant le scrutin. Il dénonce par ailleurs un « manque de crédibilité » du tandem en place sur la sécurité, dans un entretien publié sur Rue89 Strasbourg.

« Alors que la ville a besoin de davantage de logements et d’hébergement pour les plus démunis, c’est dans le répressif qu’elle se dirige », écrit sur Twitter Hülliya Turan, la secrétaire départementale PCF du Bas-Rhin.

Syamak Agha Babaei, vice-président de l’Eurométropole chargé de l’habitat et médecin urgentiste de métier, appelle d'ailleurs à attaquer l’arrêté au tribunal administratif sur Twitter. Le Collectif SDF Alsace a déjà annoncé qu'il serait de la partie si tel était le cas. 

Les commerçants se réjouissent

Côté syndical, la Fédération syndicale unitaire (FSU) du Bas-Rhin exprime son « indignation » : « Il s’agit d’une première pour la municipalité de centre-gauche qui s’était jusqu’alors refusée à de telles méthodes », écrit le syndicat.

L’association Strasbourg action solidarité a exprimé sa « stupéfaction : « Nous condamnons fermement la prise en otage des exclus qui vivent de la générosité de nos concitoyens », écrit l'association. Le « Labo citoyen », une association citoyenne classée à gauche, affirme que la ville « prend la décision de cacher sa misère loin des vitrines du centre-ville avec un arrêté polémique ».

Justement, les Vitrines de Strasbourg, principale association des commerçants de la ville, se « réjouit fortement » de cet arrêté tout en regrettant qu’il ne soit pas étendu au « secteur Grand Rue et Fossé des tanneurs ». Reste à savoir comment cet arrêté va être accueilli par les Strasbourgeois.