Gilets jaunes à Strasbourg le 27 avril 2019.
Gilets jaunes à Strasbourg le 27 avril 2019. — Lucas Ruch/SIPA

JUSTICE

VIDEO. «Gilets jaunes» à Strasbourg: Cinq personnes jugées en comparution immédiate après les violences de samedi

Cinq personnes étaient jugées lundi en comparution immédiate à la suite de la manifestation samedi

  • Cinq personnes ont été présentées au sortir de leur garde à vue à la chambre des comparutions immédiate du tribunal correctionnel de Strasbourg lundi.
  • Cette procédure de jugement rapide a été rendue possible avec la promulgation de la loi anti-casseurs, le 20 avril
  • Une relaxe et trois condamnations sans mandat de dépôt ont été prononcées.

Une succession de « monsieur tout le monde ». Cinq « gilets jaunes » ont été jugés lundi après-midi au tribunal correctionnel de Strasbourg, en comparution immédiate. Les prévenus ont été présentés au terme de leur garde à vue, en application de la loi anti-casseurs, pour des faits qui se seraient déroulés pendant la manifestation  samedi dernier à Strasbourg. Boulanger, éboueur, sans emploi, mère ou père de famille, la plupart d’entre eux sont peu ou pas connus de la justice.

« C’est une des conséquences du durcissement de la répression, ce type de délit pouvait être assimilé à des délits politiques, la chambre des comparutions immédiates n’était pas compétente, ce qui n’est plus le cas depuis la loi du 20 avril », regrette Maître Mohamed Aachour, un des avocats au sortir des plaidoiries. « C’est la fameuse loi anti- casseurs qui introduit le délit de dissimulation du visage et plusieurs autres, et qui facilite la répression. »

Des peines de prison, sans mandat de dépôt et aménageables

A la barre, un homme âgé de 19 ans, comparaît pour « participation sans arme à un attroupement après sommation de se disperser ». Originaire du quartier du Port-du-Rhin à Strasbourg, et sans emploi depuis février, il explique être « venu regarder » la manifestation. Interpellé vers 18h20 en sortant du McDonald’s rue des Grandes-Arcades, il avait été repéré quelques heures plus tôt à l’avant du cortège des « gilets jaunes », pendant des jets de projectiles.

Dans une vidéo qui n’a pu être présentée à l’audience pour cause de problème technique, il semble tenir un petit caillou à la main. Le jeune homme affirme qu’il s’agissait de ses clefs. De plus, son avocat, Maître Éric Lefebvre, a rappelé qu’il ne s’agissait pas d’un attroupement puisque à la première charge, les manifestants s’étaient dispersés. Faute de preuve de son implication dans les échanges de projectiles, il a finalement été relaxé alors que le parquet avait requis deux mois de prison.

Un homme de 38 ans, employé de la collectivité, ainsi qu’une mère de famille âgée 32 ans, en pleurs, ont été jugés pour « attroupement » mais aussi aux motifs de « violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique » sans incapacité lors de manifestation sur la voie publique. Ils ont écopé respectivement de six et deux mois de prison sans mandat de dépôt et sans inscription au casier judiciaire, de 300 euros pour préjudice et 300 euros pour frais d’avocat. Ils n’iront donc pas en prison mais rencontreront prochainement un juge d’application des peines pour aménager leur condamnation, soit avec bracelet électronique, un TIG ou une peine amende.

Un jeune boulanger de 19 ans, qui possédait une arme (un petit couteau dans son sac ainsi qu’un feu de détresse), « un oubli » affirme-t-il, a été interpellé après un contrôle aux abords de la manifestation avant même qu’elle ne débute. Il a finalement été condamné à trois mois de prison, sans mandat de dépôt également. Il rencontrera aussi le juge pour aménager sa peine.

Enfin, « tête de gondole des interpellations » samedi, le « trublion utile » comme le décrit son avocat maître Aachour, Yannick Krommenacker, 32 ans. L’agitateur du net connu pour ses vidéos comme celle où il était perché sur un radar habillé en poulet, a été placé sous contrôle judiciaire. Il lui a été notamment reproché d’avoir dissimulé son visage place Kléber, alors qu’il y avait des gaz lacrymogènes, mais aussi d’être l’un des organisateurs de la manifestation, sans qu’aucune violence ne lui soit reprochée. En attendant son procès reporté au 29 mai prochain, il a interdiction de sortir du Bas-Rhin et de paraître dans l’Eurométropole.