VIDEO. Grève au CHU de Strasbourg: «On a l'impression d'être du bétail», témoignent des patients

SANTE Pour les patients du CHU de Strasbourg et leurs proches, pas simple de venir aux urgences, surtout quand elles sont en grève. Le personnel soignant défend son action 

Nils Wilcke

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Les services des urgences du CHU de Strasbourg sont en grève. Ici à l'hôpital de Hautepierre.  Lancer le diaporama
Les services des urgences du CHU de Strasbourg sont en grève. Ici à l'hôpital de Hautepierre. — N.Wilcke/20Minutes
  • 20 Minutes est allé à la rencontre des patients et de leurs proches aux urgences du CHU de Strasbourg qui sont en grève depuis dimanche soir.
  • Des patients se plaignent, d’autres avancent que tous les passages en urgences ne sont pas justifiés.
  • Faux débat, estiment les soignants et les représentants syndicaux, qui réclament plus de moyens pour leur service.

Il est 14 heures ce lundi l’hôpital de Hautepierre à Strasbourg. Cinq personnes patientent dans la salle d’attente du service des urgences. Les patients et leurs accompagnateurs ne peuvent pas manquer les banderoles avec les mots « urgences en grève » devant les portes du service.

Les urgences de l'hôpital de Hautepierre.
Les urgences de l'hôpital de Hautepierre. - N.W./20Minutes

Le mouvement, qui a débuté dimanche à 20 heures à l'appel des syndicats FO et l’AMUF (association des médecins urgentistes de France), doit se poursuivre jusqu’à mardi à 8 heures du matin. L’ambiance est plutôt calme et les gens semblent résignés. Un calme trompeur.

« Vous avez raté un accrochage », raconte Didier, qui accompagne sa sœur aux urgences. Un homme qui attendait des résultats d’examens pour son père a hurlé contre les agents de l’accueil parce qu’il trouvait le temps trop long.

Renaud, chef de chantier, ne hurle pas mais préfère quitter l’hôpital en boitillant au bras de sa femme après deux heures d’attente. Malgré la douleur que lui arrache sa cheville enflée, il va tenter sa chance aux urgences de l’hôpital de la Robertsau. « Mes ouvriers m’attendent, je ne peux pas me permettre de ne pas être à mon travail, lâche-t-il. Aux urgences, on a l’impression d’être du bétail. »

« C’est vrai que ça fait long »

« On est arrivé à 10 heures du matin. Ça fait déjà quatre heures que j’attends », regrette Céline. Elle accompagne sa belle-mère qui a cassé son plâtre à la jambe. La dame âgée de 73 ans patiente sur un brancard qu’un médecin la prenne en charge. Céline s’inquiète pour elle. « Ça fait long pour une personne de son âge ».

A côté de Céline, une dame n’a plus de nouvelles de sa fille, admise il y a plusieurs heures pour de violents maux de ventre. « C’est vrai que ça fait long mais c’est comme ça », souffle-t-elle.

Ce n’est pas un hasard. Le CHU de Strasbourg a été épinglé par un rapport de la cour des comptes en février comme l’une des structures hospitalières où le temps d’attente aux urgences est le plus long. En moyenne, on attend deux fois plus aux urgences hospitalières de Strasbourg qu’ailleurs, selon les magistrats. En cause, des patients qui viennent dans le service faute de médecins disponibles en ville. « Il y a des gens qui viennent pour des petites douleurs, c’est de la bobologie », acquiesce Céline.

« Les urgences, c’est trop dur »

« Un faux débat », assure de son côté Christian Prud’homme, infirmier anesthésiste et syndicaliste FO, qui a été reçu le matin même l’agence régionale de santé (ARS). « Ils tentent de mettre les problèmes des urgences sur le compte de soucis de management mais c’est d’abord un manque de moyens », avance-t-il.

Au Nouvel hôpital civil de Strasbourg, à l’autre bout de Strasbourg, même constat. Seuls quatre patients attendent leurs proches. « La salle d’attente ne montre pas la réalité », confie une infirmière qui savoure un rare moment de pause à l’extérieur du bâtiment. « C’est vide devant les portes mais les salles de soin sont pleines à craquer ». Elle porte des autocollants fluo avec inscrit « En grève » et « Au secours » sur sa tenue de travail. Ce matin, elle a soutenu ses collègues qui ont manifesté devant l’hôpital.

L'autocollant « urgences en grève » d'une infirmière au CHU de Strasbourg.
L'autocollant « urgences en grève » d'une infirmière au CHU de Strasbourg. - N.W./20Minutes

Une petite vingtaine de grévistes ont monté un piquet de grève devant les urgences. Ils dénoncent le manque de lits disponibles sur des banderoles. Une infirmière, qui a été agressée après seulement un an de métier, dénonce elle aussi le manque de moyens : « Parfois, les gens sont entassés, il y a quinze brancards dans la salle ». Les travaux entrepris aux urgences de l’hôpital de Hautepierre n’arrangent rien. Une collègue prend la relève et pointe le turn-over dans le service : « On est des jeunes en majorité parce que les soignants plus âgés désertent les urgences, c’est trop dur ». Les grévistes ont repris Bella Ciao version « hosto ». Ils attendent maintenant un geste fort de leur direction.