Strasbourg: La ville peut-elle devenir la capitale verte de l'Europe en 2021?

CONCOURS Le jury a retenu Strasbourg parmi les trois villes finalistes au titre de « Capitale verte européenne ». Passage en revue des forces et faiblesses de cette candidature

Nils Wilcke

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La Robertsau le 23 11 2010. Dans la forêt de la Robertsau
La Robertsau le 23 11 2010. Dans la forêt de la Robertsau — G. VARELA / 20 MINUTES
  • Strasbourg a été sélectionnée pour le titre de « Capitale verte européenne » en 2021. 
  • La ville peut se targuer d'être particulièrement à la pointe sur la mobilité avec le tram et les pistes cyclables. 
  • Mais la pollution atmosphérique et la densification urbaine sont des nuages noirs sur la candidature strasbourgeoise. 

Strasbourg va-t-elle devenir la ville la plus verte de l’Europe en 2021 ? Elle arrive en tout cas en finale pour le titre de « Capitale verte européenne ». avec sa voisine du Nord, Lille et Lahti, en Finlande. Ce titre, décerné depuis 2010 par la commission européenne, récompense les efforts des villes pour créer un environnement sain et durable. 20 Minutes passe en revue les points forts et les faiblesses de la candidature strasbourgeoise.

« La grande force de Strasbourg, c’est sa mobilité », se réjouit Christel Kohler, adjointe au maire en charge de la ville en nature et la ville nourricière. La ville a été précurseur dans les années 1990 avec le lancement du tram, qui s’étend aujourd’hui jusqu’en Allemagne sur 42 km. L’élue met également en avant le réseau de pistes cyclables qui occupe plus de 600 km dans l’agglomération strasbourgeoise. Strasbourg possède ainsi le premier réseau cyclable hexagonal.

« Strasbourg a de nombreux atouts », reconnaît Nicolas Falempin, animateur du groupe local Eurométropole Strasbourg d’Alsace Nature, qui cite par exemple l’abandon de l’utilisation des produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces public en 2008, avant les décrets d’interdiction pris au niveau national.

Minéral contre végétal

Autre argument avancé par la ville, ses espaces verts. Strasbourg met fièrement en avant ses 2.000 hectares de forêts périurbaines répartis entre la Robertsau, le Neuhof et l’île du Rohrschollen, deux d’entre elles étant des réserves naturelles. Oui mais voilà, « Strasbourg n’a pas réellement de parcs dans l’hypercentre », regrette Nicolas Falempin, d’Alsace Nature.

De son côté, Christel Kohler fait le compte : « Les parcs les plus connus de la ville représentent environ 110 hectares : l’Orangerie, le Pourtalès, les Contades… ». « 93 % des habitants vivent à moins de 300 mètres d’un espace vert », selon l’adjointe.

La ville est-elle par ailleurs trop minérale ? La rénovation de la place Kléber en particulier concentre les critiques. Il faut dire qu’elle n’accueille aucun espace vert pour rafraîchir les Strasbourgeois et les touristes pendant les chaleurs de l’été. « Il y a un parking juste en dessous. C’est une réelle contrainte technique », indique Christel Kohler. D’autres chantiers de rénovations urbaines ont suscité des critiques comme les travaux de la place du tribunal de grande instance, situé Quai Finkmatt.

L’adjointe déplore un « manque de transversalité » dans le zonage du plan local d’urbanisme (PLU). Autrement dit, les élus ne communiqueraient pas assez entre eux sur les travaux en cours. « Il faut plus d’écoute de part et d’autre, réclame Christel Kohler, autrement c’est la porte ouverte aux promoteurs immobiliers qui peuvent privilégier le bâti au détriment de la santé des habitants ».

Pollution atmosphérique

L’autre gros nuage noir pour Strasbourg, c’est la pollution atmosphérique qui a valu à la ville et à l’Eurométropole d’être pointés du doigt par Greenpeace dans son dernier rapport choc. Un tiers des écoles et des crèches sont en effet directement exposées à des niveaux «illégaux» de pollution dans l'air, selon l’ONG

La route du Rhin, l’une des artères les plus polluées de l’Eurométropole est dans toutes les têtes. « Nous avons pris des dispositions de notre côté mais les contrôles de police ne sont pas opérationnels », reconnaît Christel Kohler. L’élue, qui a réclamé récemment le banissemment du diesel de l'Eurométropol d'ici 2024, met en avant la création d’une zone à faibles émissions (ZEF) pour exclure les véhicules les plus polluants sur les bases de la vignette Crit’Air d’ici à 2020.

La candidature strasbourgeoise pourrait également payer le mauvais bilan environnemental de l'incinérateur de Rohrschollen dont le coût de remise aux normes a provoqué une belle pagaille au conseil de l'Eurométropol il y a deux ans. « Le tir a été rectifié depuis », souffle Christel Kohler.

Au nombre de ses réalisations, l’adjointe rappelle que la municipalité a mis en place l’opération « Strasbourg ça pousse », pour cartographier tous les recoins de la ville qui pourraient être cultivés en 2017. « Ce sont des microprojets qui, mis bout à bout, doivent embellir la vie dans son quartier et, au-delà, la ville », explique l’adjointe.

La ville va également faire appel à des moutons pour désherber la place de l’étoile, située en face de l’hôtel administratif de Strasbourg, indique Christel Kohler, pour qui la candidature de Strasbourg est « un encouragement à poursuivre et intensifier les efforts pour en faire une ville plus durable ». Rendez-vous le 20 juin prochain à Oslo, ville détentrice du titre cette année, pour savoir si la candidature strasbourgeoise était assez solide pour remporter le titre de capital verte de l’Europe.