VIDEO. Strasbourg: Comment un quartier dévasté par les black blocs lors du sommet de l’OTAN s’est transformé

URBANISME Les murs changent mais les souvenirs restent. Dix ans après le sommet de l’Otan, le quartier du Port-du Rhin qui avait été dévasté par les manifestants anti-Otan poursuit sa radicale mutation, mais rien n’est oublié

Gilles Varela

— 

Emplacement de l'ancien hôtel Ibis incendié en 2009 pendant le sommet de l'Otan. Port du Rhin, Strasbourg le 4 avril 2019. Lancer le diaporama
Emplacement de l'ancien hôtel Ibis incendié en 2009 pendant le sommet de l'Otan. Port du Rhin, Strasbourg le 4 avril 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Le 3 et 4 avril 2009 se tenait le sommet de l’Otan à Strasbourg.
  • Le quartier du Port-du-Rhin était saccagé par des manifestants anti-Otan.
  • Un événement qui a accéléré la transformation totale de ce quartier.

« C’était un cauchemar, mais surtout l’impression d’être abandonnée, c’est ça qui était vraiment triste », confie avec émoi Zohra. « J’ai senti que j’habitais dans un endroit pauvre, qui n’intéresse personne. Du coup, c’était moi qui n’intéressais personne, pour toujours. » La jeune femme avait 20 ans quand des black blocs, des militants anticapitalistes, des manifestants, ont saccagé son quartier du Port du Rhin, alors que le sommet de l’Otan se déroulait tranquillement dans le secteur des institutions européennes et dans le centre-ville de Strasbourg. Ce sentiment et ce souvenir, vieux de dix ans jour pour jour, reste gravé à jamais pour les habitants de ce quartier frontalier avec la ville de Kiehl, en Allemagne. Et cela même, avec le temps, il a fait l’objet de toutes les attentions.

Pharmacie, office de tourisme, poste-frontière, hôtel, tous incendiés par des hordes de black blocs venus en découdre. Entre-temps, des mères de famille formaient courageusement une chaîne humaine devant l’école pour la défendre. Des souvenirs, les habitants en parle encore avec vigueur, émotion ou colère parfois. « On avait l’impression d’être pris en otage, de se trouver au milieu d’un conflit qui ne nous concernait pas. C’était au moins aussi violent que ce qui s’est passé au plus fort des manifestations des “gilets jaunes” à Paris », raconte Rachid, 29 ans, gérant de l’historique restaurant Zahra. « Nous n’avions pas grand-chose, alors pourquoi ici ? Il manquait ici les outils de vie. Commerces, médecins, il n’y avait rien. Seule la pharmacie était un point central, mais elle est partie en fumée. »

Un « accélérateur »

Un sentiment partagé par Philippe Bies, alors adjoint au maire de Strasbourg en charge du quartier. « Il est vrai qu’il était isolé, il y avait de légitimes besoins et nous travaillions déjà sur plusieurs projets. L’extension du tram venait juste d’être votée quelques mois avant le sommet, car il fallait le désenclaver. Les évènements ont été un accélérateur dans la conscience générale, qu’il fallait faire plus encore et l’aider prioritairement. C’est ainsi que l’école, alors que ce n’était pas prévu – avec une aide spéciale de l’Etat – a été prioritairement rénovée après le sommet. Beaucoup de choses ont été décidées et sont à présent réalisées, même s’il reste des choses à faire. »

Le quartier du Port du Rhin à Strasbourg.
Le quartier du Port du Rhin à Strasbourg. - G. Varela / 20 Minutes

Aujourd’hui effectivement, le quartier s’est radicalement transformé. Les projets d’aménagement se sont multipliés, les terrains vagues accueillent la clinique Rhena, une mini-crèche, quelques commerces de proximité, des immeubles d’habitation moderne et surtout le tram. « Ça a été un mal pour un bien, concède Jean-Paul, un local “depuis toujours”. Cette destruction a permis de lancer le quartier, il manque quand même un opticien et un vétérinaire, sourit le quinquagénaire… Des places de stationnement aussi… » Et quand les préoccupations quotidiennes d’un quartier prennent le dessus, c’est déjà une très bonne nouvelle…

Sommet de l'Otan, pourquoi Strasbourg a-t-il brûlé?