Détournement de denrées des Restos du cœur: «Voler des personnes en situation de précarité, c'est lamentable»

INTERVIEW Plusieurs agents de l’Eurométropole de Strasbourg sont soupçonnés d’avoir volé des denrées alimentaires destinées aux Restos du cœur. Le président de l’antenne du Bas-Rhin, Daniel Belletier, réagit  

Propos recueillis par Nils Wilcke

— 

Plusieurs agents de l’eurométropole de Strasbourg font l’objet d’une enquête à la suite de la découverte de vols de marchandises destinées aux Restos du cœur et à la Banque alimentaire.
Plusieurs agents de l’eurométropole de Strasbourg font l’objet d’une enquête à la suite de la découverte de vols de marchandises destinées aux Restos du cœur et à la Banque alimentaire. — Alexandre GELEBART/20MINUTES

Plusieurs agents de l’Eurométropole de Strasbourg sont soupçonnés d'avoir détourné de l'aide alimentaire devant être livrée à des organisations caritatives notamment aux Restos du cœur. La ville, qui a porté plainte contre X dans cette affaire, prête en effet des véhicules chargés de l’acheminement de l’aide depuis le dépôt de l’association à Strasbourg jusqu’aux dix centres bas-rhinois. Cette affaire peut-elle avoir des répercussions sur les dons ? Le président des Restos du cœur du Bas-Rhin, Daniel Belletier, répond à 20 Minutes.

Quelle est votre réaction suite à ce vol de denrées destinées aux Restos du cœur ?

C’est une affaire très regrettable, voler des marchandises destinées à des personnes en situations de précarité, c’est lamentable.

Vous ne vous étiez pas rendu compte de ces vols ?

C’est la ville qui nous a alertés le 27 mars. Mais nous avions constaté des manques ponctuels suite aux livraisons de denrées de notre côté. Dans un premier temps, nous les avons mis sur le compte d’erreurs de préparation ou d’aiguillage. Chaque année, nous mettons en œuvre plus de 2.000 tonnes d’aide alimentaire, produits d’hygiène, etc. Cela représente plus de 10.000 palettes de marchandises. A priori, ce sont des vols en petites quantités, à la marge. Mais il est difficile d’estimer les dates et les quantités. C’est l’enquête qui devra les déterminer.

Avez-vous noté une baisse ou une hausse des dons suite à la révélation de ces vols ?

L’information est sortie dans les médias locaux et nationaux. Mais nous n’avons pas noté d’impact sur nos activités pour l’instant. Il faut dire que nous ne sommes pas à l’origine de ces vols.

Allez-vous introduire des mesures de sécurité dans le transport des marchandises ?

Nous sommes en train de réfléchir à la manière dont nous pourrions sécuriser les marchandises pendant leur transport : peut-être en faisant poser des scellés ? Mais les Restos du cœur, c’est d’abord une association caritative. Nous souhaitons garder l’aspect humain dans tout ce que nous faisons.

Des vols ont-ils déjà été commis au sein des Restos du cœur ?

Oui, il est déjà arrivé que l’on constate des vols et des détournements. Parmi toutes les marchandises que nous recevons, cela peut tenter. Si nous constatons des écarts, nous menons une enquête en interne et si les faits sont avérés, la personne est priée de quitter l’association. Mais ce sont des cas très rares.

Comment rassurer les donateurs potentiels qui peuvent s’inquiéter face à ces vols ?

Tous nos bénévoles signent une charte de confiance en interne. Chaque centre a une structure de pilotage des bénévoles. Il y a aussi un réseau de responsables qui s’assurent que l’éthique des Restos est respectée dans chacun de nos centres. Nous avons également des procédures destinées à garantir l’équité pour chaque personne qui nous sollicite. Les gens qui nous critiquent, je leur dis : « Venez nous aider au lieu de critiquer ». On a besoin de toute l’aide possible.