SNCF: L'ouverture à la concurrence des TER dans le Grand Est inquiète

TRANSPORT La région Grand Est a validé jeudi l’ouverture à la concurrence de trois lignes de trains. Syndicats et élus s’en inquiètent, les trains ne circuleront pas avant 2022

Nils Wilcke

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L'ouverture à la concurrence des TER suscite l'inquiétude des syndicats.
L'ouverture à la concurrence des TER suscite l'inquiétude des syndicats. — G. VARELA /20 MINUTES
  • Les élus de la droite et du centre de la région Grand Est ont validé l'ouverture à la concurrence de trois lignes ligne, suscitant l'inquiétude des élus de l'opposition et des syndicats de cheminots. 
  • Le ou les opérateurs retenus, français ou étrangers, feront circuler les trains sur ces lignes à compter de début 2022.

Cette fois, c’est parti : la région Grand Est déclenche l’ouverture à la concurrence ferroviaire. Les élus de la droite et du centre du Conseil régional Grand Est affirment vouloir « améliorer le service aux usagers ». Les élus de l’opposition et les syndicats de cheminots ne sont pas convaincus.

Pourquoi l’ouverture à la concurrence inquiète ?

« Nous voulons développer l’offre ferroviaire, explique à 20 Minutes David Valence, vice-président aux transports de la région. Nous sommes confrontés à des lignes sur lesquelles circulent peu de trains SNCF alors qu’on pourrait en avoir bien plus. »

L’annonce suscite l’inquiétude aussi bien des syndicats du rail que des élus de l’opposition. « Ça va être une hécatombe pour les cheminots », prédit Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat de cheminots First, qui rappelle les résultats mitigés de la privatisation du chemin de fer anglais. « Plusieurs agents SNCF seront contraints, le moment venu, de choisir entre un transfert vers les nouveaux opérateurs ou… le pointage à Pôle emploi », craint le syndicaliste.

« Demain, ce seront des cheminots de la SNCF qui iront travailler pour la concurrence alors qu’on a atteint les 97 % de régularité sur le réseau Grand Est malgré les baisses d’effectifs, renchérit le secrétaire général adjoint de la CFDT cheminot Grand Est, Régis Hoffmann. Pour les cheminots, c’est la double peine ».

A la Région David Valence assure que « la comparaison britannique est un peu facile. On n’est pas sur le même modèle. L’ouverture à la concurrence n’est pas la privatisation, mais plus de service public, assure l’élu. La région gardera la maîtrise de ce qui sera réalisé ».

Les élus socialistes dénoncent de leur côté un « pari risqué » et une « occasion manquée ». Ils proposaient d'« éviter de privatiser les bénéfices : tout l’argent mis sur l’achat de prestations aurait pu être utilisé pour régler ces problématiques de mobilité », explique à 20 Minutes Olivier Girardin, élu du groupe socialiste.

Quelles lignes sont concernées ?

Pour le moment, deux lots vont être ouverts à la concurrence :

  • La ligne Nancy-Vittel-Contrexéville (ligne 14, fermée depuis 2016). L’appel d’offres comprend à la fois l’exploitation ferroviaire de la ligne mais aussi les travaux de régénération de l’infrastructure et sa maintenance.
  • Le secteur Bruche-Piémont-Vosges, qui correspond aux lignes ferroviaires Epinal-Saint-Dié-des-Vosges - Strasbourg et Sélestat-Molsheim-Strasbourg, ainsi que des services routiers (bus) sur le même périmètre. Pour ce lot, l’appel d’offres concerne seulement l’exploitation des lignes ferroviaires et routières.

Quelles conséquences pour les usagers ?

L’augmentation du prix des billets est jugée « inévitable » par le syndicat First. « Pas du tout, répond à 20 Minutes David Valence. La région continuera à fixer le prix des billets et des abonnements. Evidemment, l’objectif est de maintenir la stabilité des prix », promet l’élu. Si tout se passe comme prévu, le ou les opérateurs retenus, français ou étrangers, feront circuler les trains sur ces lignes à compter de début 2022. A l’échelle nationale, les régions devront choisir à partir de 2023 si elles signent une convention avec la SNCF, ou avec autre opérateur.