VIDEO. Profanation d'un cimetière juif en Alsace: Pourquoi ces sites sont-ils particulièrement exposés?

ANTISEMITISME La profanation de tombes juives à Quatzenheim s'ajoute à une longue liste en Alsace. Les cimetières israélites ont-ils le profil de «cible facile» pour les actes antisémites?

Alexia Ighirri

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Des inscriptions nazies ont été apposées dans un cimetière en Alsace, à Quatzenheim, le 19 février 2019.
Des inscriptions nazies ont été apposées dans un cimetière en Alsace, à Quatzenheim, le 19 février 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Il y a eu le cimetière juif de Quatzenheim le 19 février. Avant lui, il y a eu Herrlisheim en décembre 2018. Il y a pile quatre ans, celui de Sarre-Union était profané. On peut aussi citer les dégradations à Wolfisheimen 2010, Diemeringen en 2007 ou encore Saverne en 2004.
  • Les cimetières israélites ont-ils le profil de «cible facile» pour les actes antisémites? Il y en a beaucoup en Alsace, souvent situés en bordure des villages, là où la communauté juive est de moins en moins présente.
  • Est-il possible de mieux protéger ces cimetières? « Je ne pense pas qu’il faille verrouiller les cimetières, sinon il faudra verrouiller toute la culture juive », estime Yoav Rossano du Consistoire israélite du Bas-Rhin.

Il y a eu le cimetière juif de Quatzenheim le 19 février. Avant lui, il y a eu Herrlisheim en décembre 2018. Il y a pile quatre ans, celui de Sarre-Union était profané. On peut aussi citer les dégradations à Wolfisheim en 2010, Diemeringen en 2007 ou encore Saverne en 2004. La liste est encore longue en Alsace. Et semble suggérer que les cimetières israélites sont particulièrement exposés aux dégradations.

Il faut déjà dire qu’il y a beaucoup de cimetières juifs dans la région. « L’Alsace et le Bas-Rhin sont le centre, presque européen, de la culture juive, débute Yoav Rossano, chargé de mission patrimoine au Consistoire israélite du Bas-Rhin. Au XIXe siècle, il y avait 250 synagogues dont 175 en Alsace. C’est une proportion immense. Chaque village avait une communauté juive qui représentait 20 à 30 % de leur population. Il y a donc énormément de cimetières. »

Rurale à l’époque, la communauté juive s’est au fil du temps déplacée en ville. « La communauté est réduite aujourd’hui et se concentre sur Strasbourg. Il reste encore quelques personnes, plutôt âgées, isolées dans le Bas-Rhin. Mais c’est donc globalement peu de personnes sur place pour surveiller ou visiter les cimetières », explique le chargé de mission du Consistoire. Désormais en charge, depuis Strasbourg, de tous les sites bas-rhinois, il dénombre 27 synagogues et 45 cimetières.

Des cimetières juifs à l'écart

Parmi cette quarantaine de cimetières « environ 90 % sont à l’extérieur des villages, dans les forêts… Des endroits peu visibles ou accessibles. Les juifs n’avaient pas le droit d’acheter des terrains donc même pour les cimetières, il ne leur restait que les terrains dits compliqués. Il est simple d’en trouver qui sont à l’écart, sans voisinage tout autour ni sécurité », poursuit-il, n’excluant toutefois pas les profanations qui ont eu lieu en ville : par exemple, celle de Cronenbourg à Strasbourg en 2010.

Les cimetières israélites ont-ils alors le profil de « cible facile » pour les actes antisémites ? « C’est en tout cas une cible depuis longtemps, que l’on met en visibilité aujourd’hui mais en Alsace, ça fait longtemps qu’on est confronté à cette réalité. Parfois ça se calme et puis ça revient, on a plus l’impression de cycles en fait », réagit Murielle Maffessoli, directrice de l’Observatoire régional de l’intégration et de la ville (Oriv), qui pointe aussi des beaucoup de cimetières juifs à caractère presque « historiques » en Alsace.

Sans oublier les dégradations de sépultures chrétiennes ou de carré musulman dans la région depuis une vingtaine d’années. « C’est le rapport à l’autre qui est à l’épreuve sans arrêt, indique encore Murielle Maffessoli. Et qui prend une forme récurrente et plus visible. On a tellement séparé les gens… Les revendications se font contre quelque chose ou quelqu’un. Alors à l’Oriv, on se mobilise pour le “faire commun”. »

Est-il possible de mieux protéger ces cimetières ?

Face à ces actes, la question de la sécurisation des cimetières israélites se pose. A Strasbourg, « on travaille énormément sur Cronenbourg pour y installer des caméras, des détecteurs de lumière, une surveillance en journée…, liste Yoav Rossano. On a aussi un projet patrimonial pour le cimetière historique de Koenigshoffen. C’est plus difficile de le faire pour les cimetières éloignés. »

Et quand bien même, le chargé de mission patrimoine estime « que moralement, ce n’est pas bien non plus. Je ne pense pas qu’il faille verrouiller les cimetières. Sinon il faudra verrouiller toute la culture juive. Le patrimoine juif c’est d’abord le patrimoine alsacien. Il appartient aux Alsaciens ». Dans cette philosophie, le Consistoire du Bas-Rhin a décidé de ne désormais plus vendre les synagogues mais de s’en servir pour faire connaître la culture et le patrimoine juif. A partir de mars, des animations (concerts notamment) seront proposées à tous dans les synagogues du département. Ouvrir plutôt que fermer.