Strasbourg: Que se passe-t-il à Entzheim avec l’occupation de deux bâtisses par le Bastion social?

POLEMIQUE Le Bastion social Strasbourg, groupe identitaire d’extrême droite, occupe illégalement depuis une semaine deux maisons inhabitées à Entzheim, un village du Bas-Rhin. Le maire de la commune a porté plainte et espère leur expulsion prochaine

Gilles Varela

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Deux bâtisses occupées illégalement par le Bastion social, groupement identitaire, à Entzheim (Bas-Rhin). Le 22 février 2019
Deux bâtisses occupées illégalement par le Bastion social, groupement identitaire, à Entzheim (Bas-Rhin). Le 22 février 2019 — G. Varela / 20 Minutes
  • Le Bastion social, groupe identitaire d'extrême droite dont le président de la République a annoncé la dissolution prochaine, explique vouloir ouvrir dans l’une des deux maisons occupées un lieu d’accueil réservé aux Français. Il va engager des travaux dans l’autre, une ancienne ferme, afin de « sauver le patrimoine alsacien ».
  • Le maire de la commune a porté plainte et espère une expulsion du groupe identitaire.

Des drapeaux alsaciens de rouges et blancs Rot un Wiss flottent aux fenêtres de deux maisons du village d’Entzheim, une petite commune près de Strasbourg. Mais aussi celui du Bastion social, groupe identitaire, ainsi qu’une grande banderole sur laquelle on peut lire « Arcadia maison solidaire et identitaire ». Allées et venues surveillées, des barbelés flambant neufs pour « protéger » le portail d’entrée… Le décor est planté. Depuis une semaine, le groupe d’extrême droite occupe illégalement une ancienne ferme et une maison adjacente, toutes deux propriétés de la commune. « Un squatt inadmissible » fulmine le maire Jean Humann, une « occupation non conforme », préfère dire le Bastion social.

Ses occupants prétendent sur leur page Facebook vouloir rénover la ferme alsacienne, « abandonnée par la mairie », vouloir protéger le patrimoine alsacien. Vouloir également ouvrir dès que possible, après des travaux, un lieu d’accueil « pour les Français les plus démunis ».

Deux bâtisses occupées illégalement par le Bastion social, groupement identitaire, à Entzheim (Bas-Rhin). Le 22 février 2019
Deux bâtisses occupées illégalement par le Bastion social, groupement identitaire, à Entzheim (Bas-Rhin). Le 22 février 2019 - G. Varela / 20 Minutes

Des propos et une occupation qui offusquent le maire de la petite commune cossue : « C’est absolument faux, ils ne peuvent pas raconter n’importe quoi sur les réseaux sociaux », explique l’élu qui a tout de suite déposé plainte contre cette occupation illégale. « On veut retrouver la jouissance de notre bien, explique le maire. Le droit de propriété ça existe encore. Vous vous rendez compte quel exemple cela donne ? Quelqu’un vient, il prend un bien communal et se l’approprie ! Où va-t-on si on extrapole ce modèle-là ! »

Quant à l’ouverture d’un lieu solidaire ? L’idée interloque l’élu. « Il n’y a pas un seul SDF dans la commune. Si ce n’est pas triste, ça prêterait à sourire », s’indigne le maire. « C’est un prétexte. Quant à la protection de l’ancienne ferme, j’espère qu’ils ne vont pas y toucher, bricoler dessus. On a réussi à la préserver depuis 1832, c’est pour ça qu’on a pris un architecte du patrimoine l’année dernière, ça ne se fait pas comme ça », prévient Jean Humann.

Deux bâtisses occupées illégalement par le Bastion social, groupement identitaire, à Entzheim (Bas-Rhin). Le 22 février 2019
Deux bâtisses occupées illégalement par le Bastion social, groupement identitaire, à Entzheim (Bas-Rhin). Le 22 février 2019 - G. Varela / 20 Minutes

Un projet de réhabilitation en cours

Tout comme les riverains, généralement offusqués par « l’illégalité de cette occupation », l’élu reconnaît avoir été surpris : « J’avais entendu parler de l'Arcadia à Strasbourg, des problèmes, mais je ne m’attendais pas à les voir ici. Ils ne sont pas du village, rien », s’étonne le maire. « Un projet de rénovation est bien en cours », souligne Jean Humann. Et pour preuves, le maire dit avoir visité les lieux en 2016 avec  l’Asma, commandé une évaluation du montant des travaux, les frais d’études, la rédaction du cahier des charges pour la rénovation de la vielle ferme afin de le soumettre au budget 2019, pour un montant de 200.000 euros. « Une offre a été réceptionnée en mairie fin décembre, donc bien avant l’occupation, explique l’élu. On a fait examiner ce bâtiment par l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (ADEUS) et il a été classé en "bâtiment remarquable". Si la mairie fait classer un bâtiment, ce n’est pas pour le voir démolir, on ne se tire pas une balle dans le pied ! », enrage l’élu.

« Cela fait 25 ans que cette ferme est à l’abandon. Des arbres, des branches poussent à l’intérieur, assure Valentin, le président du Bastion social Strasbourg. Si ça continue, on pourra passer une tondeuse à l’intérieur, alors on a pris les devants. » Quant à l’annonce du président de la République sur la dissolution à venir de plusieurs « associations ou groupements qui par leur comportement nourrissent la haine, promeuvent la discrimination ou appellent à l’action violente », dont le  Bastion social, Valentin préfère ne pas, pour l’instant, se prononcer. Mais le groupe promet de continuer son action de protection du patrimoine et d’accueil. « Il y a 500 maisons alsaciennes qui sont détruites chaque année. Les projets du maire, c’est des paroles, nous, on croit dans les actes, quand on verra des ouvriers arriver pour rénover… »

« Dire qu’on laisse dépérir le bâtiment est complètement faux ! », martèle le maire qui rappelle l’existence d’un projet d’établissement pour les seniors. « Même si l’affectation de ce site n’est pas encore précisément définie, la réhabilitation de la vieille ferme est prévue mais on ne peut pas mener de trop gros chantiers en même temps. On va agrandir l’école, on vient de rénover la salle des fêtes… »

Pour l’heure, l’incompréhension des habitants rencontrés par cette occupation illégale et l’indignation du maire prévaut. « La décision d’expulsion est entre les mains du tribunal administratif puis du préfet » assure le maire.