Insultes antisémites contre Alain Finkielkraut: Qui est Benjamin W., le principal suspect placé en garde à vue?

ANTISEMITISME Un homme de 36 ans soupçonné d’avoir proféré des insultes antisémites envers Alain Finkielkraut lors de l’acte 14 de la mobilisation des « gilets jaunes » à Paris, a été placé en garde à vue mardi soir

Gilles Varela

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Alain Finkielkraut à Matignon, le 25 janvier 2016.
Alain Finkielkraut à Matignon, le 25 janvier 2016. — SIPA
  • Lors de la manifestation samedi dernier de l’acte 14 de la mobilisation des « gilets jaunes » à Paris, des personnes ont proféré des insultes antisémites envers le philosophe Alain Finkielkraut, croisé dans la rue.
  • Un des individus a été identifié. Mulhousien âgé de 36 ans, père de famille, il a été placé mardi soir en garde à vue.

Les images ont fait le tour des médias. Lors de la manifestation samedi dernier de l’acte 14 de la mobilisation des « gilets jaunes » à Paris, des personnes ont proféré des insultes antisémites à l’adresse du philosophe et académicien Alain Finkielkraut. Le parquet de Paris avait annoncé dimanche avoir ouvert une enquête préliminaire pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ». Un homme a pu être identifié. Après s’être rendu à une convocation, Benjamin W. a été placé en garde à vue mardi soir.

Ce qui lui est reproché

Les mots qui fusent en marge de la manifestation sont graves, lourds de sens et répréhensibles. Vêtu d’un gilet jaune, le suspect, en compagnie d’autres manifestants est particulièrement visible, facilement identifiable, il ne se cache pas. Une poignée d’hommes s’adresse au philosophe et académicien Alain Finkielkraut qu’ils croisent par hasard dans la rue. Sur les vidéos, l’on peut entendre : « grosse merde sioniste », « elle est à nous, la France », « tu iras en enfer ». Si le philosophe n’a pas souhaité déposer plainte, ces insultes ont choqué bon nombre de Français et suscité une vague de condamnations par l’ensemble de la classe politique.

Qui est-il ?

Agé de 36 ans, Benjamin W. a fait ses études à Mulhouse (Haut-Rhin). Il est propriétaire d’une boutique de téléphonie dans un quartier de la ville. Il travaillerait également en ou avec la Suisse. Ce père de famille de cinq enfants a participé à plusieurs manifestations des « gilets jaunes ». De parents divorcés, son père est algérien et sa mère alsacienne. Il est également décrit à 20 Minutes par un proche comme une personne calme et gentille : « Il est toujours prêt à rendre service, il prend beaucoup de temps avec ses enfants, s’occupe bien de son épouse, c’est un bon père de famille. » Pendant longtemps, Benjamin W. « s’est mis au service d’un lieu de culte, il a évolué dans la mouvance tabligh, en faisant du porte-à-porte pour rendre service », précise ce proche à 20 Minutes. Mais il a fréquenté, plus tard, des mauvaises personnes, des salafistes et on lui a monté le crâne. »

Est-il proche des salafistes ?

Ce mercredi matin, la ministre de la justice, Nicole Belloubet, a affirmé sur France Info que « c’est quelqu’un qui a manifestement une forme de radicalisation » et confirmé qu’il a été proche des milieux salafistes. Selon une source policière que rapporte Le Parisien, « il n’est pas inscrit au fichier des personnes radicalisées ». Pour un ami qui parlait encore mardi avec le suspect, Benjamin W. a « fréquenté des salafistes, mais pas très longtemps. On lui a monté la tête. Il parlait de la Palestine, il était très choqué par ce qui se passe là-bas. Je lui ai dit de s’occuper de sa famille, de ce qui se passe en France, poursuit l’homme. Quand j’ai vu les images à la télé, je n’ai pas reconnu celui qu’il est au quotidien, un homme serviable et gentil. C’est un moment de colère, de foule et des propos que je n’ai pas appréciés du tout. S’il l’avait croisé [ Finkielkraut] dans la rue seul, il n’aurait rien dit. Comment a-t-il pu dire à une personne “tu iras en enfer ?” C’est cet effet de foule qui lui a fait dire ces paroles de rage, de colère », explique ce proche.

L’enquête et les identifications continuent car il y avait d’autres personnes avec le suspect placé en garde à vue. « L’enquête n’est pas terminée », a assuré sur Franceinfo la ministre de la Justice.