Alsace: Comment Colmar est devenu la destination hype des touristes chinois

TOURISME Rencontres avec des touristes chinois et des Colmariens depuis le tournage d’une émission de téléréalité chinoise, une série qui comptabilise plus de 2 milliards de téléspectateurs et de vues sur Internet

Gilles Varela

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Touristes chinois à Colmar (Alsace)  devant le restaurant Bistrot des Lavandières le 12 février 2019
Touristes chinois à Colmar (Alsace) devant le restaurant Bistrot des Lavandières le 12 février 2019 — G. Varela / 20 Minutes

Colmar « c’est très… choucroute, choux, chaud », assure, ravie et dans un timide français, une touriste chinoise. Difficile de comprendre ce qu’elle a voulu réellement dire pour qualifier la ville mais on sent bien l’intention de cette voyageuse quadragénaire venue tout droit de Shanghai. Elle « aime beaucoup Colmar ».

Comme elle, ils sont des dizaines de touristes à arpenter les rues de la petite ville, pourtant particulièrement calme en ce mois de février. Et à y regarder de plus près, ils prennent tous la même direction, la place des Six montagnes noires, une des portes d’entrée du quartier très touristique de la Petite Venise. Car le Graal, c’est surtout de se faire photographier devant le restaurant Le bistrot des Lavandières, celui-là même où en juin dernier des stars chinoises ont tourné une téléréalité extrêmement populaire, Chinese restaurant . Une série qui comptabilise plus de deux milliards de téléspectateurs et de vues sur Internet. « C’est dix ans de publicité gratuite pour la ville », se félicite encore Olivia Schreck, chargée des relations médias et partenariat à l’office de tourisme de Colmar.

Touristes chinois à Colmar (Alsace) le 12 février 2019
Touristes chinois à Colmar (Alsace) le 12 février 2019 - G. Varela / 20 Minutes

Shu et son compagnon, une Pékinoise de 24 ans, étudie en Allemagne. Elle est venue de Berlin pour voir le resto. « Je vois encore les stars se promener dans les rues, faire leurs courses, et se disputer en cuisine, plaisante la jeune femme. Colmar, c’est l’endroit où il faut obligatoirement passer en France. » Depuis la fin de la diffusion de l’émission, l’établissement de Florence Di Foggia accueille chaque jour encore une dizaine de touristes chinois. Seules quelques photos aux murs rappellent des moments du tournage. « C’était un peu difficile après car il y avait des groupes de touristes qui rentraient dans le restaurant juste pour voir. Mais généralement, ce sont des familles qui viennent manger. Mais ce sont de bons souvenirs. »

Touriste chinois à Colmar (Alsace) devant le restaurant Bistrot des Lavandières le 12 février 2019
Touriste chinois à Colmar (Alsace) devant le restaurant Bistrot des Lavandières le 12 février 2019 - G. Varela / 20 Minutes

« Le choc des cultures »

La forte présence de touristes chinois est parfois plus difficile à vivre pour certains Colmariens. Des commerçants regrettent de voir ces nouveaux touristes « qui touchent à tout et n’achètent rien », alors que d’autres s’en amusent. « Choc des cultures », différences, l’office de tourisme a bien édité un petit livret à l’attention des restaurateurs et des hôteliers, organisé des formations avant le tournage. « Par exemple en Chine, quand vous commandez des plats, tout arrive en même temps et très vite, détaille Olivia Schreck. Si au bout de cinq minutes les Chinois commencent à s’impatienter, à râler, ce n’est pas une question d’éducation, mais d’habitude. Il a fallu apprendre à gérer. »

Colmar n’est pas devenu Chinatown non plus. Peu ou pas de menus ou de panneaux indicateurs en chinois. Même si certains restaurateurs imaginent pouvoir mettre en photo sur des tablettes les plats, pour Florence Di Foggia, il n’en est pas question : « Je change souvent la carte, ça serait ingérable, un vrai casse-tête chinois, sourit la restauratrice. C’est une nouvelle clientèle très branchée, éduquée, avec toutes sortes d’applications sur leurs téléphones, pour tout traduire. »

« Un succès touristique qu’il faut cependant entretenir et développer » assure Olivia Schreck. Et fait du hasard cela tombe plutôt bien car nous nous venons d’entrer dans l’année du porc, animal largement mangé en Alsace… De quoi faire saliver encore les professionnels du tourisme de Colmar.