Conférence européenne lesbienne: «Les femmes ont un grand rôle à jouer face aux mouvements anti-genre»

INTERVIEW Alors que les représentantes de la Conférence européenne lesbienne se sont réunies pendant trois jours à Strasbourg (Bas-Rhin), «20 Minutes» a interrogé une importante militante serbe, Dragana Todorovic

Propos recueillis par Bruno Poussard

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Des femmes assises sur un banc. Illustration
Des femmes assises sur un banc. Illustration — Skitterphoto / Pixabay / Creative Commons.
  • A deux mois de la deuxième Conférence européenne lesbienne en Ukraine, ses représentantes se sont réunies au Conseil de l’Europe à Strasbourg (Bas-Rhin).
  • L’une d’elle, militante et responsable d’une association visant à défendre les droits des femmes lesbiennes dans les Balkans, a répondu aux questions de 20 Minutes.
  • « On doit répondre, et je pense que les femmes ont un grand rôle à jouer, car elles sont les plus attaquées par ces mouvements anti-genre », affirme Dragana Todorovic.

La deuxième Conférence européenne lesbienne se tiendra du 12 au 14 avril à Kiev (Ukraine), deux ans après le premier congrès indépendant du continent à Vienne (Autriche). A 60 jours de l’événement, les représentantes de l’organisation se sont retrouvées au Conseil de l’Europe à Strasbourg (Bas-Rhin). Sa directrice stratégique, aussi  responsable d’ERA, plus grosse association LGBT des Balkans, la Serbe Dragana Todorovic en était. Un pays dont la Première ministre est lesbienne. Interview.

Responsable d'Era, plus grosse association lesbienne des Balkans, Dragana Todorovic fait partie de l'organisation de la Conférence européenne lesbienne.

Pourquoi cette deuxième Conférence lesbienne européenne est-elle importante ?

La première s’est tenue en Europe de l’Ouest où les droits des personnes LGBT+ sont généralement plus respectés et où il y a plus d’égalité. Nous avons voulu organiser la deuxième dans une autre partie de l’Europe où les LGBT+ et spécialement les femmes - lesbiennes, bisexuelles, queer - vivent dans les situations compliquées, doivent faire face à des nationalistes d’extrême droite, et leurs droits sont parfois violés au quotidien. C’est pour attirer l’attention sur ces questions qu’elle se tiendra à Kiev.

Vous comptez aussi parler des mouvements dits « anti-genre », pourquoi ?

C’est un des sujets urgents en Europe et en Asie centrale où l’on assiste à la croissance de partis nationalistes. Ils ont fait de « genre » un mot de base pour tout ce qui ne va pas, qui met en danger les valeurs traditionnelles et presque l’univers tout entier. Cela touche les femmes lesbiennes et trans. Ces mouvements « anti-genre » sont bien organisés et financés aux quatre coins du monde. Donc c’est important de nous organiser pour développer une réponse stratégique.

Face à cela, les élections européennes vous inquiètent-elles ?

Seul un fou n’aurait pas peur. […] On voit qu’à chaque scrutin, le nombre de politiciens qui soutiennent des positions d’extrême droite augmente. On ne peut pas s’asseoir et ne rien faire, on doit répondre, et je pense que les femmes ont un grand rôle à jouer, car elles sont les plus attaquées par ces mouvements. […] Donc on s’inquiète d’un point de vue constructif, pour en tirer de la motivation et prendre, avec nos mains, la liberté qu’ils essayent de nous reprendre, ou au moins maintenir les droits que nous avons, et en demander plus où ils n’existent pas.

Quelle est la situation des femmes lesbiennes dans les Balkans ?

Dans l’ouest des Balkans, les processus d’intégration dans l’UE ont demandé de se conformer avec les lois européennes. Mais certaines manquent toujours, comme le partenariat entre personnes de même sexe (sauf en Croatie et en Slovénie qui font déjà partie de l’UE) ou « l’identité de genre » pour les droits des personnes transgenres. Et certaines ne sont que sur papier. Avec la Banque mondiale, nous avons conduit une étude dans les Balkans. Elle montre que 30 % des personnes LGBTi y ont vécu des violences physiques et 30 % des violences verbales, que 70 % des gens voient l’homosexualité comme une maladie ou que 30 % soigneraient leurs enfants. La discrimination peut être partout. Encore plus pour les femmes homosexuelles.

Mais en Serbie, la Première ministre est cependant lesbienne…

C’est un des paradoxes des Balkans. C’est seulement la deuxième de l’histoire de l’Europe. La première, en Islande, a fait énormément pour les droits des personnes LGBTi. Mais celle que nous avons en Serbie ne fait rien et refuse d’en parler publiquement. Les lois citées manquent en Serbie, d’autres ne sont pas appliquées. Et nous venons d’apprendre qu’elle et sa compagne vont avoir un enfant. Mais elle ne pourra pas être reconnue comme parent de ce bébé que sa compagne va porter, et elles seront aussi discriminées alors qu’elle a le pouvoir de changer les choses.