VIDEO. «C’est fort, mais pourquoi déjà?»... Banksy secoue Baden-Baden

CULTURE L’œuvre de Banksy intitulée « Love is in the bin » (« L’amour est dans la poubelle ») est exposée au musée d’art moderne et contemporain Frieder-Burda de Baden-Baden (Allemagne) jusqu’au 3 mars prochain…

Gilles Varela

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«Love is in the bin» de Banksy. Le 6 février 2019 à Baden-Baden
«Love is in the bin» de Banksy. Le 6 février 2019 à Baden-Baden — G. Varela / 20 Minutes
  • Depuis son « autodestruction » très médiatisée lors d'une vente aux enchères chez Sotheby’s à Londres, en octobre , l’œuvre intitulée depuis Love is in the bin (L’amour est dans la poubelle) dénonce la « marchandisation » de l’art.
  • Depuis l'œuvre a été vendue 1,2 million d'euros et le musée d'art contemporain de Baden-Baden est le premier à l'exposer. Et les visiteurs –petits ou grands, allemands ou touristes– affluent pour la voir.

« C’est fort, c’est fou, mais pourquoi déjà ? », s’interroge une dame élégante. Involontairement, l’artiste Banksy a encore frappé. Son œuvre Love is in the bin, qui dénonce la « marchandisation » de l’art, est exposée au prestigieux musée d’art moderne et contemporain Frieder Burda, à Baden-Baden en Allemagne. Une petite ville allemande très chic, située à une soixantaine de kilomètres de Strasbourg, aux antipodes des lieux où le mystérieux artiste de Bristol aux messages politiques et sociétaux, évolue généralement. Baden-Baden, avec ses maisons cossues et ses habitants aux voitures puissantes, connue principalement pour ses thermes, accueille cette œuvre qui a contrarié le monde de l’art, et c’est une première en Europe.

Depuis la sidérante autodestruction du tableau intitulé alors Girl with balloon lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s à Londres, en octobre, l’œuvre acquise pour environ 1,2 million d’euros par une collectionneuse européenne, intrigue. « C’est certainement une Allemande qui l’a achetée. Peut-être même d’ici », suppose Mélanie, une jeune visiteuse qui a fait spécialement le déplacement depuis Bâle. « Les œuvres de Banksy sont d’une telle audace, ça touche direct », ajoute la jeune femme. Pour Roberto, peu importe. Ce qui le préoccupe, c’est la mécanique. Et c’est « l’occasion unique de juger sur pièce, car j’avais beau regarder avec attention les images à la télé, je ne voyais pas vraiment comment la peinture se déchirait en lamelles », explique le quadragénaire italien. Penché, il tente d’apercevoir la déchiqueteuse. Un brin déçu, il ne la verra pas, le mécanisme étant dissimulé à l’intérieur du cadre.

Rires plus ou moins discrets, sourires, réflexions. C’est aussi l’occasion pour Katarina, une maman d’un garçon de 10 ans venus avec ses copains, de présenter d’autres réalisations de Banksy… Sur l’écran de son téléphone portable : « Mais celle-ci est une œuvre avec une action unique, elle a bien sa place dans un musée, se réjouit la maman. Il y a des messages importants à transmettre, ça ne veut pas dire que l’œuvre ne vit pas, au contraire, c’est fabuleux d’avoir ça ici. »

Une œuvre, un spectacle

Un peu à l’écart, Reiner, un quinquagénaire allemand, s’amuse lui des visiteurs en contemplation : « Ce n’est pas le tableau en lui-même qui est intéressant, mais le message de l’artiste, la provocation… Et je ne suis pas sûr que toutes ces personnes qui photographient en sont réellement conscientes, mais le spectacle est là. C’est comme au cinéma, sourit le quinquagénaire. Les gens rentrent dans l’œuvre, font partie de cette commercialisation de l’art. »

L’œuvre de Banksy Love is in the bin au musée d’art moderne et contemporain Frieder Burda
L’œuvre de Banksy Love is in the bin au musée d’art moderne et contemporain Frieder Burda - G. Varela / 20 Minutes

Et dans la petite salle du 3e étage où l’accès est gratuit, le défilé de visiteurs ne faiblit pas depuis le 5 février, date d’ouverture de l’exposition. Jeunes en voyage de classe, personnes âgées, couples avec enfant. Majoritairement Allemands, certains on fait plus de deux heures de voiture pour venir. « Je ne sais pas pourquoi, je la voyais beaucoup plus grande », s’amuse Jutta, une quadragénaire venue spécialement de Francfort, « heureuse de voir cette œuvre dans un musée ». Et comme elle, tout le monde semble trouver son bonheur. Ambiance à peine feutrée, rires devant l’écran où passe en boucle la fameuse scène d’autodestruction lors des enchères de Londres… et surtout des sourires, pleins de sourires qui ponctuent les visages.