Strasbourg: Comment faire de la capitale européenne «une ville refuge» pour les sans-abri?

SOLIDARITE Alors qu’à Strasbourg, le nombre d’appels quotidiens au 115 était estimé à 800 avant le plan hivernal (qui a ouvert 501 places en plus), des citoyens proposent une solution pour sortir les sans-abri de la rue…

Bruno Poussard

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Malgré le déclenchement du plan hivernal et des 500 places supplémentaires débloquées fin janvier, des personnes dorment encore à la rue à Strasbourg. Illustration
Malgré le déclenchement du plan hivernal et des 500 places supplémentaires débloquées fin janvier, des personnes dorment encore à la rue à Strasbourg. Illustration — G. Varela/20 Minutes
  • Ni lobby ni think tank et sans leader, le Labo citoyen, un collectif d’habitants, est né à Strasbourg en 2017 pour effectuer des propositions concrètes aux élus.
  • Présentée ce lundi, la première d’entre elles visent à faire de la capitale européenne une « ville refuge » pour les personnes en situation de précarité.
  • Plan, budget, pistes de financement, ces citoyens de sensibilité de gauche veulent désormais interpeller les élus avec leur proposition concrète.

« Pour moi, c’est inconcevable de voir encore des hommes et des femmes à la rue et sans toit. » Habitante de Bischheim au nord de Strasbourg (Bas-Rhin), Sevil Cakmak s’est engagée au « Labo citoyen » pour cette raison. Ni lobby ni think tank et sans leader (malgré l’engagement politique de certains), ce collectif d’habitants est né en 2017 pour proposer des projets concrets aux élus.

Après deux ans de construction d’une démarche voulue expérimentale, leur première idée a été présentée ce lundi. « On voudrait faire de l’Eurométropole une ville refuge où chacun pourra trouver un logement, présente la Bas-Rhinoise. Ce serait l’occasion de montrer que le fameux humanisme rhénan ne s’arrête pas qu’aux belles paroles. » Du budget aux financements possibles, le projet a été peaufiné.

Un plan sur deux ans pour ouvrir 200 places pérennes

A coups de 100 places tous les quatre mois, le Labo citoyen milite pour la création de 500 places d’hébergement durables - et pas juste d’urgence - sur deux ans. « Pour toute personne ayant besoin d’un abri », précise Sophie Parisot. Dans un (ou plusieurs) lieu (x) adapté(s), le collectif y associerait une aide sociale (pour l’accès aux droits, la santé ou l’éducation) afin d’aider les gens à s’en sortir.

Selon ces citoyens, une telle démarche coûterait 2,5 millions, auxquels ils souhaiteraient voir ajoutés 500.000 euros destinés à un accompagnement artistique et culturel avec d’autres acteurs. Pour le calcul, le Labo s’est basé sur la somme nécessaire de 14 euros par jour et par personne. Il a pour cela pris l’exemple des 100 places d’ores et déjà ouvertes mi-2018 par la ville aux côtés de deux associations.

Un budget de 3 millions d’euros et des pistes de financement

Au lendemain de la mort d'une femme dans la rue dans la capitale alsacienne fin 2017, son maire avait annoncé vouloir proposer 500 places d’hébergement en plus, à terme. C’est plus ou moins ce que le Labo citoyen relance. Selon lui, le 115 recevait 800 appels par jour par des personnes dans le besoin avant déclenchement du plan hivernal (qui mobilise 501 places en plus pour quelques semaines).

Pour financer sa proposition (dont le budget correspond à près de 1 % de celui de la ville), le Labo citoyen soumet aussi des pistes. Par le redéploiement de subventions de la ville (au Forum de la démocratie ou à l’Office du tourisme), grâce aux économies de l’Eurométropole liées à la mise en service du nouvel incinérateur de déchets, par une hausse de 1 % des impôts locaux ou en discutant avec l’Etat.

Ces habitants mobilisés n’ont pas de solution idoine, mais présentent plusieurs pistes de financement possibles et complémentaires. « Il s’agit de dire que si l’on veut, on peut », insiste la Strasbourgeoise Sophie Parisot. Tout en continuant d’échanger avec des associations impliquées sur le terrain, le Labo citoyen compte désormais solliciter les élus locaux. Une pétition vient, dans cette idée, d’être lancée.