Strasbourg: Dans un collège d’un quartier prioritaire, le principal veut «casser les codes»

EDUCATION Au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg), un établissement classé REP +, l’équipe enseignante expérimente un nouvel espace pédagogique où les élèves « apprennent en se faisant plaisir »…  

Gilles Varela

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Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique.
Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique. — G. Varela / 20 Minutes
  • Au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg), un établissement classé REP + d’un quartier prioritaire, l’équipe enseignante expérimente un nouvel espace pédagogique.
  • Chaise et bureau individuels sur roulettes, table d’appoint pour le professeur, la priorité est donnée au travail collaboratif, à l’entraide et à la proximité enseignants élèves.

Quelques mots du professeur ont suffi. Pas de cris ou d’avertissement. Dans le silence, (presque) studieusement, les 16 élèves d’une classe de troisième du collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg), un collège classé REP + virevoltent sur des chaises pivotantes et sur roulettes pour former des petits groupes de travail. Depuis la rentrée, ce collège situé dans un quartier prioritaire de Strasbourg expérimente un « espace d’innovation pédagogique ». Une pincée de rires, quelques glissades bien venues pour se dégourdir les jambes, des stylos qui tombent aussi, la recette semble bonne.

Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique.
Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique. - G. Varela / 20 Minutes

Chaises design aux couleurs acidulées avec tablettes intégrées pour les élèves, table « mange tout » comme au resto avec une chaise haute pour le professeur en guise de bureau, trois classes sont ainsi équipées et sont à la disposition des enseignants selon les matières. « On ne peut pas se balancer en arrière mais c’est facile de travailler en groupe ou pour ne pas être toujours à la même place, c’est bien pour travailler », explique Houcine, 14 ans. Même constat positif chez Ryane, qui note cependant que les tablettes sont trop petites. « Il faut que je pose ma trousse sur mes genoux, on ne peut pas ouvrir un cahier et un manuel en même temps, mais c’est un plus. »

Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique.
Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique. - G. Varela / 20 Minutes

« Faire évoluer les pratiques »

« Il faut casser les codes, faire évoluer les pratiques pédagogiques dans l’intérêt du gamin », assure avec force et sur un accent du sud-ouest le principal du collège Philippe Rivieyran. « Il faut bouger l’école, innover », enchaîne le principal haut en couleur qui ne manque pas d’idées sur la question.

Et pour ce dernier, aligner par rangées les élèves les uns derrière les autres, sans bouger pendant plusieurs heures, n’est plus de notre époque qui vit « dans le tourbillon de l’immédiateté. La classe doit bouger, ou l’élève. Le stress n’apporte rien, on peut apprendre en se faisant plaisir. Il faut proposer autre chose car le système scolaire souffre de ses méthodes. » Aussi, il est allé frapper directement à la porte du Conseil départemental du Bas-Rhin avec son dossier sous le bras pour trouver un financement, le projet s’élevant tout de même à plus de 40.000 euros. « Ils ont été très réceptifs et ouverts et nous avons pu lancer ces nouvelles classes en septembre, enfin ces espaces d’apprentissage », se reprend Philippe Rivieyran.

Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique.
Une classe de troisième au collège Erasme à Hautepierre (Strasbourg) le 29 janvier 2018. Expérimentation espace pédagogique. - G. Varela / 20 Minutes

L’expérience sur trois ans donne déjà des résultats très positifs selon les enseignants du collège, certains même « auraient du mal à revenir en arrière ». L’espace pédagogique en a même convaincu d’autres comme Willy, professeur de Français. « Je n’étais pas forcément favorable au début, j’avais peur que cela dissipe les élèves. Une fois "l’effet découverte" passé, c’est devenu un véritable atout. Le matériel permet des déplacements silencieux et rapides, c’est fluide assure le professeur. Et cela incite à organiser le travail de groupe, collaboratif. Mais aussi au professeur de passer voir chaque îlot d’élèves et donc d’être proche d’eux et d’aider individuellement ceux qui pourraient être en difficulté. Ils ne peuvent pas se cacher », sourit l’enseignant. Une expérimentation qui pourrait donc bien donner des idées à d’autres établissements…