Strasbourg: Quand un quartier prend en main l’insertion professionnelle de jeunes en grandes difficultés

EMPLOI Le dispositif Dacip, dans le quartier prioritaire du Neuhof à Strasbourg, récompensé pour faciliter l’insertion professionnelle de jeunes en grandes difficultés…

Gilles Varela

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Hodeifa Megchiche (gauche) , Sithana et Farid Rahmani (droite) discutent avec des jeunes dans le quartier du Neuhof à Strasbourg. Le 16 janvier 2019.
Hodeifa Megchiche (gauche) , Sithana et Farid Rahmani (droite) discutent avec des jeunes dans le quartier du Neuhof à Strasbourg. Le 16 janvier 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Le projet Dacip, du Centre social et culturel du Neuhof, permet de remobiliser les jeunes en grandes difficultés, d’établir des passerelles avec le monde du travail mais aussi de retrouver un projet de vie.
  • Dacip est lauréat du concours national « S’engager pour les quartiers » et a reçu son prix à l’assemblée nationale en décembre dernier.

« Vous pouvez le voir très vite ? Il est en train de plonger complètement, je ne sais plus quoi faire », explique, désespérée, une maman qui frappe à la porte du Dispositif d’accompagnement collectif et individuel de proximité (Dacip), dans le quartier prioritaire du Neuhof (Strasbourg). Un projet voué à l’insertion professionnelle de ces jeunes dits « perdus de vue », « invisibles », ou tout simplement « ayant disparu des radars ».

« Ceux que nous accompagnons ont quitté l’école à 16 ans, sont très éloignés de l’emploi, parfois ne sont plus inscrits nulle part, avec des situations personnelles et des trajectoires très difficiles. Ils ne savent pas comment s’en sortir ou n’y croient plus », détaille Farid Rahmani, le coordinateur de Dacip. « Certains vivent parfois dans des squats ou sont isolés tout simplement. Avec souvent un sentiment d’échec qui entraîne la peur, ils n’osent plus pousser les portes, ne savent même plus comment se présenter. »

Redonner confiance et établir des passerelles

Objectif du dispositif Dacip porté par Centre social et culturel du Neuhof en collaboration avec le CSC Camille Claus, les "redynamiser", les aider à se réinscrire dans une dynamique d’insertion socioprofessionnelle. Et pour arriver à leur fin, la poignée d’éducateurs fait du « cousu main » en menant continuellement des actions de sensibilisation, d’information, de conseil, d’orientation et de soutien. Elle multiplie surtout les partenariats, établit des passerelles avec les entreprises, les organismes de santé, de justice, l’administration… « Nous nous appuyons aussi sur la mission locale pour l’emploi. Nous nous adaptons à chaque situation, la porte reste toujours ouverte », rappelle Farid Rahmani.

Pour les identifier, « il y a beaucoup de bouche-à-oreille, mais avec les années, les gens nous connaissent, assure Farid Rhamani. C’est parfois un parent, des amis, qui nous demandent d’intervenir. Nous allons aussi à leur recherche dans la rue. Une fois que nous avons identifié un jeune en réelle difficulté, on ne le lâche plus, même si cela prend des mois. On ne le laisse pas tomber. »

Et cela fonctionne. D’ailleurs, le projet qui existe depuis 2012, s’est fait une belle réputation dans le quartier, tout comme à Koenigshoffen, un autre quartier prioritaire de Strasbourg où ils ont développé leur action. Dacip, qui accompagne annuellement plus de 80 personnes peut se flatter d’avoir 60 % de sorties positives. Soit un retour à l’école, des formations qualifiantes, un retour à l’emploi et même la création d’entreprise. « Un de nos anciens a créé sa boîte dans la fibre optique », explique Hodeifa Megchiche, éducateur spécialise de l’OPI, une association du Neuhof qui œuvre également auprès des jeunes en difficulté au Neuhof et partenaire privilégié de Dacip. « D’ailleurs, il va former et embaucher un jeune du quartier », se félicite l’éducateur.

Un projet de vie aussi

Pour Okan, 17 ans, qui vient de bénéficier d’un accompagnement collectif de trois mois au sein du dispositif Dacip, l’heure est venue de définir un projet. « Ça sera agent de maintenance ou dans la fibre optique », confie le jeune homme. Jusque-là introverti, le jeune homme n’hésite plus à prendre la parole. « Je vais peut-être retourner à l’école aussi, j’ai repris confiance. Je sais que l’on me comprend. » « Et cette écoute va même au-delà, car tout est possible, assure Sithana, animateur du dispositif Dacip. On écoute ses rêves, il se dit bon au foot, nous l’accompagnons pour qu’il rencontre les bonnes personnes et il joue maintenant en excellence. L’insertion passe par un projet de vie aussi. » Pour Mélissa, 18 ans, qui « souhaite rentrer dans la gendarmerie, la police ou être agent de sécurité », l’équipe du Dacip a mis à sa disposition un ordinateur pour s’entraîner aux tests psychotechniques du concours d’entrée. A cette fin, ils ont aussi organisé des séances de sport.

Reconnu de tous, Dacip vient d’ailleurs être lauréat du prix de l’insertion professionnelle du concours national « S’engager pour les quartiers », à l’Assemblée nationale. Une belle reconnaissance qui lui a valu aussi un prix de 10.000 euros. Pour réaliser d’autres rêves.