VIDEO. Attentat à Strasbourg: Touriste, retraité, garagiste... Ce que les victimes nous disent de la ville

PORTRAIT L'attentat perpétré au marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre, a tué au moins cinq personnes et blessé onze autres...

Alexia Ighirri

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Des bougies en hommage aux victimes de l'attentat de Strasbourg (Bas-Rhin) dans la rue des Orfèvres ce week-end.
Des bougies en hommage aux victimes de l'attentat de Strasbourg (Bas-Rhin) dans la rue des Orfèvres ce week-end. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Que symbolise Strasbourg, touchée par un attentat mardi soir tuant au moins cinq personnes et en blessant onze autres ? La liste des personnes décédées ou blessées dresse le portrait de la ville.
  • Les victimes s’appellent Antonio, Kamal, Anupong, Pascal et Barto, et sont journaliste, garagiste, touriste, jeune retraité ou membre de la scène culturelle et associative.

Depuis mardi, Strasbourg est meurtrie, touchée en son cœur par un attentat tuant au moins cinq personnes et en blessant onze autres. Il aurait été possible de trouver des explications sur les raisons de cibler Strasbourg, capitale européenne et capitale de Noël… De se demander pour cela ce qu’ils représentent dans l’imaginaire de chacun. De chercher des raisons à cet acte irraisonnable, à grand renfort d’historiens ou de sociologues par exemple.

Et puis, la liste des personnes décédées ou blessées mardi a commencé à être dévoilée. Le nom et le profil des victimes détaillés se sont présentés à nous. Il suffit de la regarder, cette liste, pour comprendre ce qu’est Strasbourg. Elle dresse le portrait de la ville. Celui qu’on aurait incontestablement aimé se rappeler dans d’autres circonstances.

On aurait aimé vous parler autrement que par l’annonce de leur mort d’Antonio Megalizzi, journaliste italien de 28 ans qui couvrait l’actualité du Parlement européen alors en pleine session mardi à Strasbourg, de Kamal Naghchband, garagiste afghan de 45 ans, Anupong Suebsaman, touriste thaïlandais de 45 ans, Pascal Verdenne, retraité strasbourgeois de 61 ans, ou encore de Barto Pedro Orent-Niedzielski, Polonais mais Strasbourgeois d’adoption de 35 ans et figure du milieu culturel et associatif de la ville.

Une ville cosmopolite

Plusieurs personnes l’ont noté depuis les faits, mais ces hommes incarnent « le côté cosmopolite et international » de Strasbourg. Ce que Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg, voit comme « un carrefour des routes, donc par nature la liberté de circuler ». Là où se croisent alors quelque 10.000 étudiants étrangers (20 % des inscrits à l’université de Strasbourg), des diplomates mais aussi des immigrés, comme Barto dont l’origine polonaise a presque été masquée tant il s’est bougé pour la ville alsacienne et ses associations depuis son arrivée il y a 20 ans.

Une ville ouverte qui préfère célébrer l'extension de sa ligne de tram jusqu'à la mairie allemande de Kehl plutôt que d’y voir, quelques jours plus tard, les forces de l’ordre filtrer le passage à la frontière.

L’accueil, la démocratie, la paix

Par la présence des institutions européennes, qu’Antonio n’a cessé de visiter dans le cadre de sa profession, Strasbourg est aussi l’un des lieux de la démocratie et de la défense des Droits de l’Homme. Selon les confidences de ses proches, Kamal avait fui la guerre dans son Afghanistan natal il y a une vingtaine d’années pour y trouver refuge et paix. Comme pour ce père de trois enfants, Strasbourg et ses habitants avaient ouvert leurs portes lors de la crise des migrants en 2015.

Les Strasbourgeois portent haut l’héritage de l’humanisme rhénan qui berce la région. Mais pas seulement à en croire le président de l’Eurométropole : « Strasbourg a toujours été caractérisée par, même si ça peut paraître un peu prétentieux, les lumières de l’intelligence. Et les lieux d’éducation, dans leur diversité y compris d’éducation populaire. » L’université de Strasbourg, aux quatre prix Nobel, est reconnu à l’international. Hors campus, la population en soif de savoir se presse dans les événements culturels, comme celui des Bibliothèques idéales. Pascal, le retraité strasbourgeois, revenait d’une autre rencontre littéraire à la librairie Kléber, avant de mourir quelques mètres plus loin.

Finalement, Robert Herrmann résume :

On est dans un espèce de film fou où, en même temps, ce sont les Strasbourgeois qui sont touchés et où on se dit que c’est aussi un peu plus que nous. »

Parmi les onze blessés figurent deux jeunes femmes – une Strasbourgeoise de 18 ans, une Messine de 20 ans –, ou encore Jérémy et Damian, deux musiciens qui devaient se produire au bar Les Savons d'Hélène.

Et voilà que, soudain, nous reviennent les images ou plutôt les sons de la cérémonie d'hommage aux victimes dimanche matin sur la place Kléber, ponctuée de nombreux moments musicaux par les artistes locaux. Et de cette mélodie de duduk, un instrument à vent d’Arménie, émanant au pied du traditionnel grand sapin de Noël pour prendre dans ses bras les Strasbourgeois, ayant perdu leurs proches ou moins proches, leurs jeunes et moins jeunes, leurs enfants d’ici et d’ailleurs.