Attentat à Strasbourg: Quelles conséquences économiques pour la ville ?

COMMERCE Des pistes existent pour aider les commerçants après de la fusillade à Strasbourg…

Alexia Ighirri (avec Gilles Varela)

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Ce lundi midi dans les rues de Strasbourg. Le 17 décembre 2018.
Ce lundi midi dans les rues de Strasbourg. Le 17 décembre 2018. — G. Varela / 20 Minutes

Il y a eu les appels à retrouver une vie « normale », à revenir au marché de Noël. Les commerçants ont même lancé une « opération kelsch » pour montrer symboliquement la résistance de Strasbourg, touchée en son cœur mardi par un attentat qui a causé cinq morts. Mais derrière le symbole, les événements dramatiques vont incontestablement avoir un impact sur les acteurs économiques : hôteliers, commerces, artisans du marché de Noël, dans une période clé.

« On ne peut pas rattraper trois jours de quasi-fermeture en cette période », reconnaît le commerçant d’un chalet de la place de la cathédrale. Un autre explique « que ça repart, même si d’habitude mes deux crêpières à cette heure sont occupées, et là, personne ». D’autres se refusent à tout commentaire, comme Michel, de la chocolaterie Galler, à proximité immédiate de lieux où ont été tuées deux personnes. Les yeux brillants, il se remet visiblement difficilement de la tragédie, même s’il veut rester positif. « Si l’économie est touchée, je n’ai même pas une pensée pour le chiffre d’affaires. Ma priorité, c’est la vie, mes seules pensées vont aux victimes », explique le commerçant qui note cependant que dès samedi, les gens sont venus nombreux pour consommer, certainement par solidarité.

Dans les boutiques de souvenirs, on ressent évidemment la baisse de fréquentation, sans pouvoir la quantifier. Rue Mercière, à la brasserie du Pilier des Anges, même « si le cœur n’y est pas, le week-end est presque revenu à la normale, il y a eu beaucoup de monde avec une clientèle essentiellement française », ce qui n’est pas le cas habituellement.

La double peine

Aussi, les acteurs économiques s’organisent. Jean-Luc Heimburger, président de la Chambre commerce et industrie Alsace Eurométropole veut assurer un soutien dans les locaux de la CCI parce que « le problème humain est important : quand on est chef d’entreprise, on vit d’une structure. Il faut la garder profitable et pérenne, on a des salariés. Il est évident qu’après un coup dur, qui suit d’autres périodes un peu compliquées ces dernières semaines, les comptes sont extrêmement tendus. » Et de rappeler aussi qu’un chef d’entreprise, de retour à la maison, est confronté à un double problème : « celui d’assumer la problématique psychologique du contexte mais aussi de se dire ‘"que vais-je devenir demain avec mon outil". »

Et la situation dans les réservations hôtelières n’est pas très réjouissante. « Les impacts économiques, certes un peu secondaires en ce moment, sont non négligeables », indiquait il y a encore quelques joursPierre Siegel, le président de la Délégation hôtelière de Umih 67 (groupement hôtelier, restaurateurs, débitants boissons). « Après renseignements auprès de grandes plateformes de réservation, les taux d’annulation sur la première semaine étaient les mêmes que ceux qu’a connus Paris en novembre 2015 et étaient supérieurs à ceux de Nice en juillet 2016. »

Dans les rues de Strasbourg le 15 12 2018
Dans les rues de Strasbourg le 15 12 2018 - G. Varela / 20 Minutes

Quelles pistes pour aider ?

Comment agir donc pour soutenir les acteurs économiques ? Différentes pistes se dessinent. Une cellule économique a été ouverte en préfecture. La CCI va lancer des actions de communication pour faire revenir les gens au centre-ville. « On est en train de préparer le déblocage de fonds spéciaux pour leur permettre de soulager leur trésorerie au moment venu, explique Jean-Luc Heimburger. Ce sera quand même réservé aux acteurs de centre-ville pour l’instant, pour leur dire qu’on peut faire des avances sans intérêt. »

La ville veut se mobiliser aussi. L’adjoint en charge du commerce Paul Meyer compte « demander à l’Etat d’envisager des reports de charge, au cas par cas. Je pense notamment aux tout petits commerces, qui risquent de devoir mettre la clé sous la porte parce qu’ils réussissent à stabiliser leur année grâce au chiffre de décembre. » Mais il n’est pas question de rallonger le marché de Noël pour compenser les pertes.