Attentat à Strasbourg: Comment aborder les événements dramatiques avec les enfants?

FUSILLADES Trois jours après l'attentat de Strasbourg qui a fait au moins quatre morts et au lendemain de la mort de l’assaillant présumé, la question reste : comment réagir avec les enfants ? Conseils d'une spécialiste....

Bruno Poussard

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Des parents arrivent à pied avec leurs enfants devant l'école Saint Thomas à Strasbourg, deux jours après les fusillades dans le centre-ville.
Des parents arrivent à pied avec leurs enfants devant l'école Saint Thomas à Strasbourg, deux jours après les fusillades dans le centre-ville. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Au surlendemain de l’attentat de Strasbourg (Bas-Rhin) qui a fait au moins quatre morts, les écoles ont rouvert ce jeudi dans le centre-ville.
  • Mais les enfants n’auront pas mis si longtemps avec d’en entendre parler. Dans ces conditions, comment aborder le sujet avec eux ? Conseils d'une spécialiste.

« Il y avait un malade qui tirait sur les gens. » A l’entrée de son école primaire au sein du groupe scolaire Saint-Thomas aux portes de la touristique Petite France à Strasbourg jeudi matin, c’est en ces termes que Maël évoque les attentats commis dans le centre de la capitale alsacienne l’avant-veille. Et le petit garçon d’ajouter : « Je n’ai pas eu peur, je faisais dodo. »

En attachant son vélo pour l’accompagner à l’école, la maman, Marie, reprend : « Son papa habite à côté [d’un site de l’attaque], on a fait des dessins pour montrer où sont les lieux, vers où le tireur est parti, expliquer qu’on est en sécurité. » Au lendemain de la mort de l’assaillant présumé, la question reste : comment réagir aux événements avec les enfants ?

« Les bons repères des parents sont mieux que des rumeurs »

Chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Carmen Schröder tranche d’emblée : « C’est important d’en parler. Avec des mots simples, adaptés à chaque âge. Les bons repères donnés par les parents sont mieux que les rumeurs. » Pour les plus petits (en maternelle), elle conseille de « mettre des mots sur l’inquiétude ». Et « d’expliquer » aux plus grands.

Afin de créer la discussion, elle encourage à poser des questions. Exemples : ils ont dit quoi les copains à l’école, et les professeurs, puis qu’en pense l’enfant ? « Ça permet de comprendre ce qu’ils entendent et comment ils sentent les choses, justifie le professeur Carmen Schröder. En plus, ils se sentent pris au sérieux, ça leur donne un statut. » Expliquer, contextualiser, schématiser pour mieux rassurer.

Trouver les mots adaptés pour expliquer et ainsi rassurer

Devant l’école Saint Thomas, Samira, mère de deux garçons, détaille : « Je leur ai dit qu’on est très bien entouré, tout en expliquant que la sécurité à 100 % n’existe pas. » Marie et Philippe, eux, ont tenté de « relater sans dramatiser », aux côtés de « gestes calmes » et « rassurants ». Céline, elle, a écouté la radio avec son fils et sa fille pour décrypter l’actualité avec des mots adaptés :

« Au moment de se coucher mercredi, ils avaient peur de faire des cauchemars. Je leur ai dit qu’autour de nous, il y a des policiers et des militaires. Sans montrer d’affolement. Puis je leur ai dit d’avoir confiance en ces gens qui nous protègent. »

 

A l’image de Céline, Carmen Schröder conseille notamment d’éviter la télévision en boucle au côté anxiogène pour ne pas risquer d’amplifier l’inquiétude. Puis de trouver les bons moments - ceux moins émouvants, peut-être - pour échanger avec ses enfants, afin d’éviter de leur transmettre de l’anxiété. « Les enfants ressentent beaucoup les émotions », prévient la spécialiste.

Une cellule d’écoute et des moments de dialogue dans les écoles

A l’école Saint-Thomas ce jeudi matin, une psychologue est passée à destination des parents et des personnels. Au niveau de l’académie, le rectorat a mis en place cette écoute d’urgence dès mercredi pour « tous les gens qui ont subi une situation traumatique », quelle qu’elle soit, explique la rectrice Sophie Béjean. Les établissements les plus impactés ont aussi été identifiés.

Les infirmiers, médecins, psychologues et assistants sociaux de l’Education nationale à Strasbourg ont été mobilisés. « On est très attentifs à toutes les situations », insiste Sophie Béjean. Les enfants, mais aussi les enseignants et personnels. Ce sera le cas jusqu’à Noël. Des messages ont aussi été envoyés aux équipes pour encourager à organiser des temps de dialogue dans les classes.