Strasbourg: Des blocs béton pour éviter le retour des migrants choquent dans la capitale européenne

SOCIETE Ses campements de fortune insalubres montés par des migrants dans plusieurs quartiers de Strasbourg sont tour à tour démantelés. Mais des plots en béton, mis en place pour éviter un retour sur le site du Neuhof, posent question…

Gilles Varela

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Blocs de bétons pour éviter un nouveau campement sauvage. AU Neuhof à Strasbourg, le 4 décembre 2018
Blocs de bétons pour éviter un nouveau campement sauvage. AU Neuhof à Strasbourg, le 4 décembre 2018 — G. Varela / 20 Minutes
  • Un collectif mais aussi quelques élus s’indignent contre ces blocs béton installés pour empêcher le retour d’un campement de migrants.
  • La ville de Strasbourg assure avoir « réorienté sur des hébergements » les personnes évacuées.
  • A propos des blocs béton, une élue de la majorité explique : « Et c’était la troisième fois qu’il y a des campements sur ce même site. C’est le seul endroit où il a été décidé de mettre des plots. Il y a des enfants, des familles, c’était trop dangereux. »

Les blocs béton en ont choqué certains. Plus encore qu’un obstacle, c’est surtout la portée symbolique de cette décision qui dérange. Les faits remontent à la mi-novembre, alors qu’un nouveau campement de migrants demandeurs d’asile venait d’être démantelé rue des Canonniers, dans le quartier du Neuhof à Strasbourg. La troisième fois pour ce même site. Dans la foulée, des blocs béton ont été positionnés sur le trottoir pour empêcher tout nouveau regroupement et les personnes hébergées temporairement dans un gymnase.

Blocs de bétons pour éviter un nouveau campement sauvage. AU Neuhof à Strasbourg, le 4 décembre 2018
Blocs de bétons pour éviter un nouveau campement sauvage. AU Neuhof à Strasbourg, le 4 décembre 2018 - G. Varela / 20 Minutes

Depuis un mois, des associations plaidaient pour trouver au plus vite des solutions d’hébergement pour les occupants du campement insalubre. Sous des abris de fortune, de nombreuses familles étaient dans un complet dénuement. Mais la décision de placer des plots en béton en a indigné certains, rappelant que « la ville de Strasbourg abrite les institutions européennes, la Cour européenne des droits de l’Homme. A quand les barbelés ? », s’interroge le collectif  D’ailleurs nous sommes d’Ici 67. Ce dernier souligne dans un communiqué que « si l’on ne veut pas voir les tentes, le meilleur moyen est d’héberger les personnes sans abris » et rappelle que « des solutions existent », en témoigne « la création de 100 places à Strasbourg en décembre 2017 ».

Blocs de bétons pour éviter un nouveau campement sauvage. AU Neuhof à Strasbourg, le 4 décembre 2018
Blocs de bétons pour éviter un nouveau campement sauvage. AU Neuhof à Strasbourg, le 4 décembre 2018 - G. Varela / 20 Minutes

« Nous intervenons dès le début, se défend l’adjointe au maire Marie-Dominique Dreyssé, en charge des solidarités. Mais cela prend du temps pour trouver des solutions d’hébergement, car elles sont insuffisantes. Mais l’ensemble de ces personnes ont été réorientées sur des hébergements en fonction de leur parcours. »

Des plots en bétons inadmissibles également pour Syamak Agha Babaei, pourtant conseiller municipal de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole en charge de l’habitat et de l’hébergement. Dans un communiqué, l’élu explique regretter cette décision « en rupture avec le travail effectué pour faire de Strasbourg une ville accueillante » et reproche « un urbanisme hostile et sécuritaire qui n’a pas sa place dans une ville qui souhaite incarner l’Europe de la démocratie et des droits de l’Homme ».

« Sur la forme, c’est vrai que c’est maladroit, mais c’est uniquement pour des raisons de sécurité », explique Marie-Dominique Dreyssé. « Ce site est mal positionné, en bordure d’une route très fréquentée et d’une piste cyclable. Les amoncellements de matériels entraînaient une prise de risque pour la population et cela nous avait été signalé… Et c’était la troisième fois qu’il y a des campements sur ce même site. C’est le seul endroit où il a été décidé de mettre des plots. Il y a des enfants, des familles, c’était trop dangereux. »