Violences conjugales: «Il est urgent de repenser la loi », confie la sœur d'une femme tuée par son ex-compagnon

VIOLENCE Lucie Schmitt, dont la sœur Laetitia a été mortellement poignardée par son ex-compagnon, organise ce samedi avec sa famille un rassemblement à Strasbourg, écho à la mobilisation lancée par Muriel Robin…

Gilles Varela

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Paris, manifestation contre la violence faites aux femmes. France le 29 septembre 2018.
Paris, manifestation contre la violence faites aux femmes. France le 29 septembre 2018. — SEVGI/SIPA
  • Un rassemblement est organisé samedi devant le TGI de Strasbourg pour dire « stop aux violences faites aux femmes, brisons le silence », en écho au combat de Muriel Robin.
  • Lucie Schmitt, la sœur d’une maman de 35 ans poignardée mortellement par son ex-compagnon en juin dernier, organise avec sa famille et des associations cette manifestation.
  • Elle confie ses espérances pour que la loi change sur le sujet.

Les violences conjugales, elle ne les connaît que trop bien. Lucie est la sœur de Laetitia Schmitt, une jeune maman poignardée mortellement à son domicile la veille de ses 36 ans en juin dernier par son ex-compagnon, après une rupture difficile. Pourtant, la jeune femme bénéficiait d’un téléphone grand danger et son ex-compagnon avait l’interdiction d’entrer en contact avec elle ou de paraître dans la commune où elle résidait. En vain.

Laetitia Schmitt a été poignardée à plusieurs reprises alors qu’elle déclenchait l’alerte via le téléphone. Les gendarmes n’ont pu arriver à temps pour la sauver. Elle laisse derrière elle deux jeunes enfants âgés de dix et onze ans… Mais aussi une famille anéantie par la douleur.

Accompagnée d’associations féministes comme le Groupe F, la famille de Laetitia a lancé un appel à un rassemblement à Strasbourg samedi, pour rejoindre le combat de Muriel Robin de lutte contre les violences faites aux femmes. « Il est temps que les choses changent, il est urgent de repenser la loi et de sauver celles qui sont encore vivantes », espère Lucie. Et ce qu’elle redoute le plus, c’est le silence, la lenteur de la justice, le manque de fermeté tout comme le manque d’écoute, et elle veut que cela se sache…

Quelle serait la première mesure à prendre ?

Il faut changer toute la prise en charge et l’accompagnement, dès le début de la plainte, voir du signalement. Il faut assister les femmes victimes de violences conjugales dans chaque démarche, car seules elles n’en sont pas capables. Il faut renforcer les signalements, dès que cela est constaté comme aux urgences, même si elles ne déposent pas plainte. Pour ma sœur, même la main courante déposée par mon père avant le dépôt de plainte n’a rien déclenché.

Que retenez-vous du téléphone grand danger ?

Il peut être dissuasif mais en l’occurrence, pour ma sœur, ça l’a plutôt aidé lui. Il savait qu’elle détenait ce téléphone grand danger. Il ne lui a laissé aucune chance. Ce dispositif a sauvé des vies mais il connaît ses limites. Un bracelet électronique lorsqu’une ordonnance d’éloignement est prononcée me paraît plus judicieux et efficace.

Comment faire bouger les choses ?

Il faudrait tout d’abord plus d’informations sur les droits des femmes, sur les démarches pour s’en sortir. Plus de communication sur le calvaire des femmes victimes de violences conjugales. Mais il faudrait aussi que la justice soit moins figée et écouter les victimes ou personnes concernées après ce qu’elles ont vécu. Elles ont peut-être des solutions à proposer.

En juillet, la famille Schmitt adressait une lettre ouverte à l’attention du ministère de la justice, au président Emmanuel Macron, à la ministre Marlène Schiappa. Une lettre « restée sans réponse », regrette Lucie. Rendez-vous est donné samedi, devant le tribunal de grande instance de Strasbourg à 14h.