Alsace: Pourquoi vous allez être content de payer un peu plus cher votre choucroute

AGRICULTURE Mauvaises conditions climatiques obligent, vous allez devoir payer un peu plus cher votre choucroute cette année, mais c’est pour la bonne cause…

Gilles Varela

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Laurent HEITZ, producteur de choux à choucroute à Geispolsheim et président du Syndicat des producteurs de choux à choucroute d'Alsace. Choux à Choucroute. Geispolsheim le 4 juillet 2018.
Laurent HEITZ, producteur de choux à choucroute à Geispolsheim et président du Syndicat des producteurs de choux à choucroute d'Alsace. Choux à Choucroute. Geispolsheim le 4 juillet 2018. — G. Varela / 20 Minutes
  • La récolte du chou est compliquée cette année à cause des conditions climatiques.
  • La filière compte sur l’IGP Choucroute d’Alsace nouvellement obtenue pour équilibrer les comptes.

Amateurs de choucroute, préparez-vous… La récolte du chou d’Alsace est difficile cette année et cela pourrait se traduire dans votre assiette. « Du jamais vu », se désespère Laurent Heitz, agriculteur à Geispolsheim et président du Syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. Si la saison 2017 a été plutôt bonne, « l’ensemble des pertes de productions devrait atteindre au minimum les 30 % cette année », s’inquiète le producteur.

Une perte qui tombe doublement mal. Déjà, la filière avait souffert en 2015 et 2016, avec une production qui avait baissé de près de 20 %. Mais surtout parce que la Choucroute d’Alsace vient, après 20 années de procédures et d’engagements de la profession, obtenir cet été son  Indication géographique protégée (IGP). Un gage de succès et de reconnaissance pour l’ensemble de la filière, mais qui implique aussi  des investissements supplémentaires et donc un surcoût, même si pour l’instant, les professionnels ne sont pas encore en mesure de préciser quel sera le montant de cette hausse dans votre assiette… Mise sur le marché en janvier 2019, cette nouvelle choucroute premium est amenée, si la production est suffisante, à s’exporter davantage en Europe. Mais pour l’heure, la récolte compliquée inquiète d’autant plus que l’activité représente plusieurs dizaines d’emplois pour une région qui fournit plus de 70 % de la production nationale de choucroute.

Choux à Choucroute. Geispolsheim le 4 juillet 2018.
Choux à Choucroute. Geispolsheim le 4 juillet 2018. - G. Varela / 20 Minutes

En cause et sans surprise : la météo. Une double peine avec en premier lieu les inondations du printemps, entraînant le pourrissement des premiers choux et l’arrivée de bactéries destructrices. Puis, surtout, la chaleur en août : « Cette chaleur a touché les choux pendant le pomaison. C’est-à-dire que le chou se ferme au-dessus de 30 ° et ne se développe plus », détaille Laurent Heitz. « Il y aura des parcelles qui ne seront pas récoltées. » Intensifier l’arrosage ? « Inutile. Certains ont perdu beaucoup d’argent pour irriguer et tenter de sauver les récoltes tardives, explique le producteur. Mais cela ne change rien, le chou ne se développe plus et les températures chaudes actuelles ne sont pas encourageantes. »

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L’IGP au secours des producteurs ?

Des choux qui ne pèsent que 4 kg au lieu des 7 à 8 habituels, des parcelles dont le rendement passe de 80-90 tonnes l’hectare à 65 tonnes… Conséquences, le prix de la choucroute connaîtra une hausse à l’achat. Les producteurs vont répercuter cette baisse de rendement sur le prix d’achat de la tonne de chou aux choucroutiers qui à leur tour vont augmenter le prix d’achat du kilo de choucroute. Et ce n’est pas la toute nouvelle IGP qui permettra cette année de combler le manque à gagner, car « les choux qui pourront remplir le cahier des charges ne seront pas aussi nombreux qu’escomptés » regrette le choucroutier Weber. « L’IGP permettra tout de même d’augmenter la demande et de rééquilibrer un peu le marché », explique Laurent Heitz. Et pas de panique, si le prix au kilo de votre choucroute augmente à cause du climat, cela ne sera que de quelques centimes, une quinzaine prédit le producteur : « Dix cents au kilo permettraient de sauver les producteurs, assure Laurent Heitz. Pour le consommateur c’est minime, mais pour nous c’est énorme. »

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