Alsace: Le caractère raciste non retenu comme déclencheur d'une bagarre, les footballeurs victimes sanctionnés

FOOTBALL Près de quatre mois après les insultes et les actes de violence lors d'un match amateur en Alsace, le caractère raciste n'a pas été retenu dans l'instruction des instances locales du football...

Bruno Poussard

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Des insultes et des agressions présumées racistes ont émaillé une rencontre de division 3 en Alsace début mai. Illustration
Des insultes et des agressions présumées racistes ont émaillé une rencontre de division 3 en Alsace début mai. Illustration — Flooy/Pixabay/Creative Commons.
  • Début mai en Alsace, la rencontre de football amateur entre l’AS Mackenheim et l’AS Benfeld a été émaillée d'insultes racistes présumées et d'agressions.
  • Réunie en commission de discipline puis en commission d'appel, la Ligue d'Alsace et celle du Grand Est n'ont pas retenu le caractère raciste dans leur instruction.

Bagarre, menaces avec un couteau, violentes agressions, envahissement du terrain… Le dimanche 6 mai, le match de football amateur entre Mackenheim et Benfeld (division 3) a méchamment dégénéré, forçant l’arbitre à l’interrompre. A l’origine des faits selon l’AS Benfeld, des insultes racistes présumées à l’encontre de trois joueurs noirs victimes, ensuite, de coups.

Depuis la fracture de la mâchoire et de la pommette de l’un d’eux puis leurs trois plaintes déposées peu après, l’affaire est très largement médiatisée. Dans le Bas-Rhin, l’enquête de gendarmerie se poursuit. Mais jusqu’ici, c’est la décision de la commission de discipline de la Ligue d’Alsace de football amateur (Lafa) qui s’est retrouvée la plus commentée.

Deux joueurs de chaque équipe suspendus pour la bagarre

Deux audiences se sont tenues. Fin mai, deux joueurs concernés de chaque équipe ont été suspendus dix matches chacun pour la bagarre. Ensuite, l’AS Mackenheim a écopé du match perdu, de 60 euros d’amende et de quatre matches à disputer à plus de 30 km de son stade, pour l’envahissement du terrain et la menace avec arme d’un spectateur.

Voir les deux présumés agresseurs sanctionnés au même titre que les victimes (qui ont reçu des incapacités temporaires de travail), l’AS Benfeld ne l’a pas l’accepté. Alors son président a fait appel. L’AS Mackenheim aussi. Et la commission d’appel de la Ligue du Grand Est, au niveau supérieur, a été sollicitée pour entendre de nouveau les acteurs et (re) juger les faits fin août.

Des sanctions globalement confirmées en appel

Dans l’ensemble, la commission régionale d’appel a confirmé les sanctions dix jours plus tard, comme l’ont dévoilé lundi Libération et Rue89 Strasbourg décisions à l’appui. Les deux joueurs de Benfeld frappés – qui « vont de mieux en mieux » selon leur président – ne pourront pas jouer les matches à venir, comme les deux footballeurs de Mackenheim convoqués.

Pour ne pas avoir assuré la sécurité et des joueurs et spectateurs, Mackenheim a toutefois vu sa sanction alourdie de quatre matches avec sursis. Et un délégué du district devra assister à leurs rencontres. Cependant, aucun acte raciste n’est évoqué dans ce document. En attendant le procès-verbal dans la semaine. Mais pour les instances, « le dossier est clos ».

« Il n’a pas été démontré que des actes à caractère racial ont été l’élément déclencheur, clarifie Ilan Blindermann, directeur de la Ligue du Grand Est. Sur le terrain, entre joueurs, il y avait de la tension. Selon l’examen de la commission, c’est un coup de poing [d’un des joueurs de Benfeld] qui a déclenché les faits. Dans les rapports, seule une personne de Benfeld évoque des injures racistes venues du public. »

« Un peu démunie » pour identifier les spectateurs impliqués

Selon le rappel du dirigeant, l’instance ne « transige pas » avec le racisme. « Mais aborder l’affaire par le seul prisme du racisme est réducteur », prolonge-t-il. Sans hésiter à parler de « champ de bataille » à propos de faits « inacceptables » mais « très rares », Ilan Blindermann reconnaît que le dossier a été « compliqué » à juger, encore plus dans une « dimension particulière ».

Face à des injures venues des tribunes ou des coups portés par des spectateurs entrés sur la pelouse, le directeur estime enfin l’instance « un peu démunie » pour identifier ces personnes non licenciées. La justice s’y penchera-t-elle dans les mois à venir ? Pour ce volet, le parquet de Colmar fait simplement savoir à 20 Minutes que « l’enquête est toujours en cours ».

L’AS Benfeld veut « rétablir la vérité » et « le respect pour ses joueurs »

Le président de l’AS Benfeld n’a guère plus d’espoir de ce côté. Jean-Michel Dietrich se dit choqué que le racisme n’a pas été pris en compte par les instances : « On peut amener toutes les preuves [des témoignages d’autres joueurs ou spectateurs, précise-t-il] que l’on veut, ils font en sorte de mettre ça de côté. C’est une honte, quand on voit ce que mes joueurs ont subi. »

Poursuivi en diffamation par les dirigeants de l’AS Mackenheim, Jean-Michel Dietrich ne compte pas laisser l’affaire se tasser. Entouré de plusieurs collectifs, le président de l’AS Benfeld veut « rétablir la vérité » et « le respect pour mes joueurs ». Avec un avocat, il monte pour cela un dossier complet qu’il compte déposer auprès du tribunal correctionnel.