Mort de Naomi Musenga: La famille demande l'ouverture d'une information judiciaire

JUSTICE La famille de Naomi Musenga, décédée en décembre après avoir été raillée plusieurs heures plus tôt au téléphone par une opératrice du Samu, souhaite l’ouverture d’une information judiciaire...

Gilles Varela

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La famille de Naomi Musenga lors d'une conférence de presse à Illjirch-Graffenstaden (près de Strasbourg) le 22 juin 2018. AFP PHOTO / FREDERICK FLORIN
La famille de Naomi Musenga lors d'une conférence de presse à Illjirch-Graffenstaden (près de Strasbourg) le 22 juin 2018. AFP PHOTO / FREDERICK FLORIN — AFP
  • Décédée le 29 décembre, Naomi Musenga a été prise en charge aux urgences plusieurs heures après avoir été raillée par une opératrice du Samu.
  • Une enquête de l’Inspection générale interministérielle du secteur social (Igas) a dévoilé des dysfonctionnements au sein du Samu.
  • Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Strasbourg en mai, mais la famille de Naomi demande l’ouverture d’une information judiciaire pour avoir accès au dossier.

C’est dans une ambiance lourde que la mère de Naomi Musenga s’est exprimée lors d’une conférence de presse à Illkirch-Graffenstaden (près de Strasbourg) ce vendredi. Le décès de sa fille le 29 décembre dernier, jeune maman de 22 ans dont l’appel n’avait pas été pris au sérieux par une opératrice d’un Samu avait ému la France.

« La justice doit nous venir en aide madame la procureure, je vous en supplie, c’est une urgence, aidez-nous à y voir clair », a notamment déclaré la mère de Naomi en larmes, Honorine Musenga. Entourée de ses trois enfants et de son mari, Honorine Musenga veut connaître les causes du décès de sa fille et « veut entrer dans le fond car nous sommes démunis ». Pour elle, le rapport de l’Inspection générale interministérielle du secteur social (Igas), rendu il y a deux jours, est incomplet. Il « ne lui apporte pas les réponses attendues » et elle a l’impression que des portes se ferment…

Des dysfonctionnements

Aussi, la famille souhaite que l’enquête préliminaire, ouverte par le parquet de Strasbourg en mai, cesse, car elle ne donne pas accès au dossier. La famille demande l’ouverture d’une information judiciaire, afin de pouvoir se porter partie civile. Une demande confirmée par l’un des avocats de la famille, Maître Jean-Christophe Coubris qui a prévenu que « le rapport de l’Igas n’est qu’une étape qui confirme des dysfonctionnements. Les mises en examen devraient être immédiates, le juge d’instruction doit être désigné, des experts nommés pour travailler correctement sur tous les éléments du dossier et que nous puissions enfin avoir la cause du décès ».

Pour autant, l’avocat a tenu à souligner « le travail considérable fait en très peu de temps par l’Igas, en toute transparence, et qui a mis en évidence le dysfonctionnement du Samu, avec l’espoir qu’il n’y a pas d’accident dans les jours à venir dans ce Samu qui fonctionne à l’envers. »

« Un avant et un après Naomi »

Cependant, tempère Maître Jean-Christophe Coubris, en ce qui concerne les causes du décès, « il y a eu des pistes évoquées mais avec le peu de temps qui lui était imparti, l’Igas n’a pas pu faire un travail de fond. Elle n’avait pas pour mission de faire une expertise médicale. »

Autre point soulevé par les avocats, l’autopsie, survenue cinq jours après le décès, avec un prélèvement sanguin dans l’œil, puisque Naomi n’avait plus de sang. Mais pourquoi, cette mort suspecte puisque l’on n’a pas su la qualifier, « n’a pas donné lieu à une autopsie médico légale dans les heures qui suivent avec un signalement au procureur ? », s’interrogent les avocats. Quoi qu’il en soit, Jean-Christophe Coubris assure qu'« il y aura un avant et un après Naomi, car cela témoigne des dysfonctionnements du Samu et de l’hôpital dans son ensemble ». La famille sera d’ailleurs reçue par la ministre de la Santé Agnès Buzyn en juillet.

Procédure, protocole, dysfonctionnement, manque de respect, responsabilités… Les parents de Naomi qui ont déclaré qu’ils ne lâcheraient rien souhaitent « que justice soit faite » et veulent éviter qu’un tel drame ne se reproduise, « pour que Naomi ne soit pas morte en vain. »

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