Strasbourg: Ils ne veulent pas que la loi Elan sur le logement paralyse l'accessibilité

HANDICAP Un article du projet de loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan) prévoit un quota de 10 % de logements accessibles seulement, au grand dam d’associations…

Gilles Varela

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Un appartement adapté. Eschau le 15 mai 2018.
Un appartement adapté. Eschau le 15 mai 2018. — G. Varela / 20 Minutes
  • Avec le projet de loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan), le gouvernement envisage de fixer un quota de 10 % de logements accessibles, au grand dam d’associations de personnes handicapées, de personnes âgées.
  • La notion de 90 % de logements évolutifs est jugée trop floue par ces mêmes associations qui demandent le retrait de cet article de loi.

Ils ont l’impression que l’on marche sur la tête : « Alors que la population française vieillit, que les hospitalisations ambulatoires devraient atteindre, à la demande de la ministre Agnès Buzin un taux de 66 % d’ici 2020, l’Etat veut fixer un quota de 10 % de logements accessibles seulement », rage Isabelle Scheuer, représente départementale de l’association APF France Handicap. Sans oublier de rappeler qu’il n’y a pas que les personnes en situation de handicap qui ont besoin de ces logements.

Une inquiétude que partage Christian Meistermann, le représentant régional de l’association et qui connaît l’importance de l’accessibilité, étant lui-même en situation de handicap. « Jusqu’à présent, sur 100 logements construits, 40 sont accessibles… Avec le projet de loi Elan, il y en aura seulement quatre. » Ce projet, également contesté par les architectes, aurait pour objectif de dégripper les mécanismes du logement. Pour faire simple, construire plus vite et moins cher en limitant les recours, diminuer les normes et réduire le rôle des architectes.

Un appartement adapté. Eschau le 15 mai 2018.
Un appartement adapté. Eschau le 15 mai 2018. - G. Varela / 20 Minutes

« C’est quoi précisément un logement évolutif ? »

Et ce n’est pas la promesse de 90 % de logements évolutifs inscrite dans le projet de loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan) qui les rassure, loin de là : « C’est très flou comme notion et nous n’avons pas obtenu de réponse. C’est quoi un logement évolutif ? De pourvoir bouger une cloison parce qu’elle n’aurait pas de conduite d’eau ou de fil électrique ? De transformer un F2 en loft en abattant une cloison et perdre du coup toute son intimité ? », ironise Christian Meistermann.

Une perspective qui questionne Martine Laumonier, handicapée et qui a eu la chance d’obtenir un logement adapté de 68 mètres carrés à Eschau (Bas-Rhin) il y a quelques mois : « Un logement adapté, c’est une multitude de choses comme un évier à la bonne hauteur, des portes coulissantes dans la salle de bains, un endroit accessible pour mettre sa chaise roulante, pas de marche, des sanitaires placés au bon endroit. S’il faut le faire une fois installé, cela coûte beaucoup plus cher. Ce n’est pas qu’abattre une cloison. »

Un appartement adapté. Eschau le 15 mai 2018.
Un appartement adapté. Eschau le 15 mai 2018. - G. Varela / 20 Minutes

Et c’est bien cette notion « évolutive » qui inquiète par son imprécision. Les associations parlent d’aménagements au rabais, ou bien encore de pousser les promoteurs à faire des résidences de luxes pour les plus riches séniors et donc, a contrario, d’isoler un peu plus encore les personnes handicapées, âgées, à mobilité réduite qui n’y ont pas accès.

« Cet article est une bombe à retardement », selon l’association persuadée qu’à l’avenir la société ne sera plus en capacité de construire des logements accessibles, alors que la demande ne fait qu’augmenter. En attendant, le projet de loi porté par le secrétaire d’Etat à la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, est en discussion à l’Assemblée cette semaine.

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