Strasbourg: Entre rumeurs de trafic de stupéfiants et incidents, le quartier de l’Esplanade fait causer

SECURITE Depuis ces derniers mois, les rumeurs de trafic de stupéfiants mais aussi d’insécurité, confère un climat anxiogène au quartier universitaire mais aussi résidentiel qu’est l’Esplanade…

Gilles Varela

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Une vitrine brisée d'un commerçant de l'Esplanade à Strasbourg, le 16 janvier 2018
Une vitrine brisée d'un commerçant de l'Esplanade à Strasbourg, le 16 janvier 2018 — G. Varela / 20 Minutes
  • Les violences lors de la nuit de la Saint-Sylvestre dans le quartier de l’Esplanade à Strasbourg cristallisent un sentiment d’insécurité vécu par certains habitants.
  • Les conditions de vie et de sécurité se détériorent selon de nombreux habitants.

« Ils font ce qu’ils veulent, ils dealent toute la journée tranquillement sur la place mais personne ne dit rien. L’image du quartier se détériore, il n’y a qu’à voir toutes ces grilles de boutiques qui sont fermées », se lamente un commerçant de l’Esplanade qui préfère rester anonyme, « car la sécurité, c’est plus ça ». « Il ne se passe rien du tout, que des problèmes de voisinage », explique un autre. Entre ces deux avis, les rumeurs se propagent dans la ville, à ne plus pouvoir y démêler le vrai du faux.

Illustration. Centre commercial, quartier de l'Esplanade à Strasbourg, le 16 janvier 2018
Illustration. Centre commercial, quartier de l'Esplanade à Strasbourg, le 16 janvier 2018 - G. Varela / 20 Minutes

Et ce ne sont pas les affrontements de la nuit de la Saint-Sylvestre, à quelques mètres de là, au cours de laquelle un policier a été blessé et un homme interpellé avec une bouteille incendiaire à l’intérieur d’un commerce dont la vitre venait d’être brisée, qui arrangent les choses. Bien au contraire, ces « graves violences » du nouvel an, comme les qualifie Jean-François Illy, directeur départemental de la Sécurité publique du Bas-Rhin (DDSP), et qui ont surpris tout le monde, cristallisent ce sentiment d’abandon voire d’insécurité que partagent de plus en plus d’habitants, notamment aux alentours du centre commercial. Et tout se mélange. Déjà, l’on reparle de la jeune femme tuée à l’arme blanche dans son appartement il y a quelques mois à une centaine de mètres de là, tout comme les incivilités qui se multiplieraient, d’un local identitaire qui focalise les tensions… La coupe est pleine et la rumeur court, s’amplifie, se répand entre les barres d’immeubles qui abritent à la fois étudiants, séniors propriétaires habitant le quartier depuis les années soixante, des logements sociaux, de jeunes inoccupés. Mais alors que se passe-t-il vraiment à l’Esplanade ?

Un point de fixation

Interrogé sur la situation, l’adjoint au maire en charge du quartier, Olivier Bitz temporise : « C’est un quartier agréable à vivre, avec beaucoup d’étudiants. Mais il y a juste un point de fixation qui pose, de toute évidence, problème, et les affrontements du nouvel an ont contribué au développement d’un climat anxiogène, pas toujours en relation avec une réalité, rassure l’élu. C’est un quartier qui est vaste, avec son parc de la Citadelle, ses universités, et là nous parlons que d’un endroit précis. Mais s’il ne faut pas généraliser, il ne faut pas se voiler la face non plus, il y a une suspicion de trafic à cet endroit précis, les habitants nous le disent. »

Une caméra de vidéosurveillance

« Nous restons vigilants mais il n’y a pas plus d’insécurité ou d’affaires de stupéfiants qu’ailleurs, explique le directeur de la DDSP. Quand il y a des jeunes, ce ne sont pas forcément des voyous. Ce n’est pas parce qu’ils se rassemblent en bas d’un immeuble pour discuter que nous allons les arrêter. S’il y a des bêtises qui sont faites, il faut appeler le « 17 » pour que nous puissions intervenir et pas attendre et nourrir ainsi la rumeur », prévient Jean-François Illy.

Illustration. Le quartier de l'Esplanade à Strasbourg, le 16 janvier 2018
Illustration. Le quartier de l'Esplanade à Strasbourg, le 16 janvier 2018 - G. Varela / 20 Minutes

Un peu plus d’éclairage public la nuit, qu’il n’y ait pas de locaux mis à la disposition des jeunes sans y attribuer un référent social, les espoirs de la police portent également sur l’ensemble des intervenants. « Si l’on veut vraiment changer un quartier, c’est l’affaire de tous, des travailleurs sociaux, de l’éducation nationale, des médiateurs, des bailleurs, de la ville, des commerçants. Et il faut signaler les choses dans les cellules de veilles, gérées par la police. Tout n’est pas du ressort de la police. Et pour cesser un trouble, il faut être appelé », rappelle le directeur de la DDSP.

En attendant, la ville assure Olivier Bitz, va installer une caméra de vidéo surveillance sur la place… pour rassurer tout le monde.