Strasbourg: Deux mois après l'ouverture de son bar identitaire, le Bastion social prend la pression

POLEMIQUE Visant à aider les plus démunis mais Français seulement, la branche strasbourgeoise du Bastion social a organisé une conférence de presse pour tenter de répondre aux attaques subies depuis son ouverture...

Bruno Poussard

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Steven Bissuel, le président du mouvement identitaire du Bastion social de passage à Strasbourg.
Steven Bissuel, le président du mouvement identitaire du Bastion social de passage à Strasbourg. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Visant à aider les plus démunis mais Français seulement, le Bastion social a ouvert un bar associatif à Strasbourg début décembre.
  • Deux mois plus tard, le mouvement identitaire, sous un certain nombre d'attaques, a convoqué les médias pour répondre ce dimanche.

Derrière le bar, les prix sont affichés à la craie sur un petit tableau. Mais de ceux qui le tiennent, nous ne connaîtrons pas même le prénom. En même temps, ce dimanche, le bar identitaire L’Arcadia, aux murs blancs décorés des affiches du Groupe union défense (d’extrême droite radicale), du CasaPound Italia (néofasciste) ou de l'Union défense des Chrétiens d'Orient, est fermé.

Si Steven Bissuel, le président du Bastion social a néanmoins fait le déplacement dans le quartier de l’Esplanade, c’est pour répondre à ce que lui et les autres membres voient comme une « déferlante politico-médiatique » consécutive au lancement à Strasbourg d’une branche du mouvement voulant aider les plus démunis, mais Français (ou Européens) seulement.

>> A lire aussi : Le conseil municipal vote une motion contre le local identitaire, et donc?

Des sympathisants condamnés ou interpellés

Après la condamnation de deux personnes (dont un membre du bureau de l’association locale) pour des violences sur un homme après l’inauguration en décembre, puis l’interpellation de deux autres «sympathisants» pour des coups échangés dans le tram à la sortie du local en janvier, le responsable parle de « procès politique » et de « légitime défense », avant de réfuter dans le second cas la responsabilité de L’Arcadia.

Dans l’unique salle du local de 70 à 80 m2 (et dont l’entrée est réservée aux adhérents) montrée aux médias, la seule personnalité qui a accepté de se montrer devant les caméras et appareils photo embraye, devant six militants et cinq journalistes :

« Aucun trouble à l’ordre public n’a été directement lié au Bastion social. »

Une motion votée par le conseil municipal, une page Facebook active

Si l’organisation se sent attaquée, c’est aussi qu’après deux manifestations (de 400 et 600 participants), le conseil municipal de la ville a cette semaine adopté à l’unanimité une motion contre le local – bien qu’il n’ait pas d’autorité sur lui. De son côté, la page Facebook « Fermons l’Arcadia, local fasciste à Strasbourg » montée par le collectif (d’organisations politiques, syndicales et de citoyens) homonyme continue de mobiliser.

Martin, 23 ans et « indépendant » selon ses termes, fait partie de la dizaine d’opposants antifascistes derrière la publication suivie par près de 2.000 personnes sur le réseau social (contre un peu plus de 1.600 pour celle de L'Arcadia) :

« Avant même l’inauguration, on voulait voir au-delà de la première manifestation pour communiquer. Car on veut que cette affaire ait son importance dans l’espace public. C’est important de toucher un max de monde. On veut les coincer et les isoler, et pour cela, leurs paroles suffisent souvent, c’est pour ça qu’on sort leurs dossiers. Ils veulent s’en distancer en faisant du social, mais la bagarre reste leur truc. »

Pas de crainte de dissolution malgré la pression

De divers horizons, ces militants comptent faire entendre la « pression de la rue » pour tenter d’entraîner une fermeture du local identitaire - un dossier sur lequel travaillerait aussi le député (LREM) de la circonscription. Une troisième manifestation est notamment d’ores et déjà prévue début mars, toujours contre « l’implantation d’un surnombre de fafs [militants d’extrême droite] comme dans le Vieux Lyon », dixit Martin.

Le président du Bastion social, lui, répond ne pas craindre une éventuelle dissolution de son association, demandée par certains responsables politiques : « Ils n’en ont absolument pas les moyens. Et sur quels motifs le feraient-ils ? Même si tel était le cas, au pire, on changera de nom et de logo, mais on ne risque pas de s’arrêter. »

>> A lire aussi : Ouverture d’un bar identitaire qui veut aider des SDF, mais Français seulement

Des informations transmises avec flou

Et Steven Bissuel de tenter de recentrer : « On fait un travail de terrain pour le bien commun, en appliquant la préférence nationale. » Mais il reste flou. Dur de connaître, par exemple, le nombre de membres qui aideraient régulièrement à Strasbourg « dix à quinze Français délaissés » et choisis avec des invitations distribuées en maraudes, dont un homme pour lequel aurait été obtenu un entretien via « un conseiller du maire ».

La devanture de L'Arcadia, le bar identitaire du mouvement du Bastion social implanté à Strasbourg depuis le début du mois de décembre 2016.
La devanture de L'Arcadia, le bar identitaire du mouvement du Bastion social implanté à Strasbourg depuis le début du mois de décembre 2016. - B. Poussard / 20 Minutes.

S’il refuse enfin de se poser en victime, le Bastion social regrette pourtant « les plaintes restées sans suite » après les coups de marteau (et de peinture) reçus sur les vitres du local. « On sait qu’on dérange, termine Steven Bissuel. Nous, on n’attaque pas, mais on se défend bien si quelqu’un de la famille est attaqué. » Après Lyon et Strasbourg, l’association, s’apprête désormais à s’installer à Chambéry puis Aix-en-Provence.