Strasbourg: A Kolbsheim, les opposants au projet autoroutier du GCO ont désormais leur ZAD

VEILLEURS D'ARBRES Comme à Notre-Dame-des-Landes ou Bure, Kolbsheim, dans la périphérie Ouest de Strasbourg, a désormais sa ZAD, une « zone à défendre » contre le projet autoroutier controversé du GCO…

Bruno Poussard

— 

Près d'une vingtaine de tentes se trouvent désormais sur le site de la Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO. Lancer le diaporama
Près d'une vingtaine de tentes se trouvent désormais sur le site de la Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Attendue par certains opposants, la ZAD contre le projet autoroutier du GCO a débuté à la fin du mois de juillet à Kolbsheim.
  • De plus en plus organisés au milieu de cette forêt sur le tracé prévu de l’axe routier, ces militants jouent le rôle de veilleurs d’arbres à plein-temps.

Il y a d’abord eu une roulotte. Puis les premières tentes. Puis un kiosque d’information. Puis un petit poulailler. Puis une cabane dans les arbres… « Regardez-les bien, d’ailleurs, cette forêt n’est-elle pas magnifique ? », interroge justement Rémi. Ce trentenaire strasbourgeois ne sait plus exactement quand il s’est installé à la ZAD de Kolbsheim.

>> A lire aussi : L'opposition au projet autoroutier GCO va-t-elle donner naissance à une ZAD?

Mais il sait pourquoi il est là. Rémi fait partie des « veilleurs d’arbres », doux surnom des zadistes arrivés dans la clairière de cette forêt ces dernières semaines. Pourfendeurs du projet autoroutier du GCO à l’ouest de Strasbourg, ils sont une dizaine à rêver d’un « autre monde » à plein-temps en Alsace en ce début d’automne.

Un poulailler a été installé sur le site de la Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO. Il héberge trois poules, Led, Zep et Lin, et deux canettes, Iron et Maiden.
Un poulailler a été installé sur le site de la Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO. Il héberge trois poules, Led, Zep et Lin, et deux canettes, Iron et Maiden. - B. Poussard / 20 Minutes.

Une dizaine de zadistes à plein-temps mais beaucoup autour

A la relève d’une garde de veille nocturne, vers 6 h mercredi, ce sont eux qui ont donné l’alerte de la reprise des travaux (préparatoires) sur ce site majeur du GCO. Assez vite pour bloquer quasiment immédiatement les engins du chantier, avec plusieurs dizaines d’opposants prévenus par les cloches du village voisin ou après quelques coups de fil.

>> A lire aussi : A peine relancés, les travaux du projet autoroutier du GCO déjà bloqués

Les zadistes sont loin d’être seuls et isolés. Tous les jours, surtout en fin d’après-midi, des visiteurs passent. Donner un gâteau ou des légumes, un matelas, du foin contre l’humidité des tentes… Animatrice nature de 25 ans, Claire, militante de la décroissance, résume : « Nous sommes les figurants, ceux qui gravitent autour sont les scénaristes. »

Des zadistes « tous pacifistes et non-violents »

A leurs côtés, de nombreux habitants, de Duttlenheim, Vendenheim ou Ernolsheim… « Grâce aux 24 km du tracé du GCO, forcément, on ratisse large », sourit Eloïse, opposante de 20 ans de Kolbsheim. Des collectifs, associations, magasins indépendants, producteurs se mêlent à l’énorme solidarité déclenchée dans ce coin du Bas-Rhin.

La Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO rassemble des opposants d'horizons variés.
La Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO rassemble des opposants d'horizons variés. - B. Poussard / 20 Minutes.

Les veilleurs d’arbres, eux, sont loin d’être des marginaux. « Mais on vit une utopie concrète », résume Nadir, ancien manutentionnaire de 39 ans. Le GCO est un symbole. Rémi rebondit : « Il y a des choses aberrantes dans ce monde alors, en venant ici, je les sors de ma vie. » Claire, elle, rêve d’un autre mode de vie, de tout faire par soi-même.

Certains sont anticapitalistes, d’autres altermondialistes, voire anarchistes pour d’autres encore, mais tous sont pacifistes et non-violents, je découvre des gens très respectueux qui ont des valeurs », décrit Dany Karcher, maire de Kolbsheim, opposant historique.

Le premier zadiste arrivé le 20 juillet, mais attendu

« Dernier recours » pour les uns, « inévitable » pour d’autres, l’occupation permanente (autorisée) était attendue dans l'opposition. Yoam s’est installé en premier le 20 juillet, suivi par des Alsaciens de son réseau militant. « Ça fait un moment qu’on milite, parfois un peu dans notre coin, mais cet été, le mot ZAD a tout déclenché », se réjouit Eloïse.

Comme ces Rémois venus plusieurs jours, ou ce Breton débarqué plus récemment, la ZAD fédère doucement, d’horizons variés. « Monter une zone à défendre était un objectif, mais il fallait attendre le bon moment, complète Guillaume, président des Bishnoï, qui ont fabriqué la roulotte au début de l’année. D’autant que c’est pour tous notre première ZAD. »

Au début, certains habitants ne savaient pas trop sur qui ils allaient tomber en venant à la ZAD, commente Yoam, le premier veilleur. Mais maintenant qu’on a gagné une petite bataille en obtenant la suspension des travaux, les liens se sont encore plus renforcés, et les curieux sont de plus en plus nombreux à venir.

Festival et manifestation ce week-end

Tandis que les propriétaires du moulin à côté de la clairière fournissent eau potable et électricité, la mairie de Kolbsheim a mis en place un ramassage des poubelles de la ZAD, et une douche au centre social communal pour ses occupants. Egalement soutiens, d’autres riverains n’hésitent pas, eux, à les choyer en lavant leur linge si besoin.

Le site de la Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO se trouve dans la clairière d'une forêt où se trouve un moulin.
Le site de la Zad de Kolbsheim contre le projet autoroutier du GCO se trouve dans la clairière d'une forêt où se trouve un moulin. - B. Poussard / 20 Minutes.

Plus ou moins carrée, la vie de la communauté s’organise petit à petit. Un compost, des toilettes sèches, un lieu de projection ont aussi été créés. En attendant d’autres aménagements. « Les compétences de chacun sont mises en valeur », insiste Yoam. Marionnettiste, Martin a par exemple monté spécialement un spectacle.

Peut-être aura-t-il l’occasion de le jouer ce week-end, lors du festizad du Moulin. Encore un moyen d’attirer. D’informer. De sensibiliser. « Le soutien populaire, c’est la meilleure arme », termine Yoam. A Strasbourg, samedi, plusieurs milliers de manifestants sont espérés par les opposants lors du grand rassemblement de rentrée contre le projet.