Après la démission de Florian Philippot, le groupe FN se scinde en deux dans le Grand Est

POLITIQUE Après la démission de Florian Philippot, le groupe d’extrême droite à la région Grand Est va se scinder en deux. Sans manquer d’interroger : jusqu’où cette division Patriotes - Front national ira-t-elle?…

Bruno Poussard

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Sur ses terres (de parachutage) dans le Grand Est, Florian Philippot et dix autres élus de son association Les Patriotes font dissidence du groupe Front national au conseil régional.
Sur ses terres (de parachutage) dans le Grand Est, Florian Philippot et dix autres élus de son association Les Patriotes font dissidence du groupe Front national au conseil régional. — N.MESSYASZ/SIPA
  • S’estimant poussé vers la sortie, Florian Philippot a démissionné du Front national ce jeudi 21 septembre.
  • Dans la foulée, il a envoyé une lettre de demande de création d’un groupe Les Patriotes, son mouvement, avec dix élus au Conseil régional du Grand Est.

« Je n’essaie pas de créer la zizanie ! » Sur la division du groupe d’extrême droite dans l’hémicycle de la région Grand Est, la sortie du président Philippe Richert n’a pas manqué de susciter un rire général à l’ouverture de la commission permanente, réunie à Strasbourg ce vendredi matin. Car le Front national et les Patriotes y auront deux groupes.

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Après sa démission du parti frontiste jeudi matin, Florian Philippot, ancien conseiller de Marine Le Pen, a également vite décidé de monter un groupe Les Patriotes avec au moins dix de ses proches au sein de la région. Il en aura la présidence. C’est ce qu’a annoncé Philippe Richert après la réception d’une demande écrite, dès jeudi.

D’autres petits mouvements encore possibles

De l’autre côté de la scission, le groupe FN conserve 35 élus (contre 46 auparavant). Pour le moment… Entre tractations et hésitations, des mouvements sont encore possibles. « Des élus sont peut-être restés par peur, clame Thomas Laval, côté Patriotes. On sait qu’il y a probablement eu des pressions, des cadres du parti dépêchés. »

En fait, après l’envoi du courrier des dissidents dès la matinée, jeudi, les autres élus régionaux du FN se seraient réunis autour du vice-président du parti Steeve Briois, venu pour l’occasion dans l’Est. « Tout s’est fait précipitamment, on n’avait pas prévu son départ ni tout ce cirque médiatique », insiste le Vosgien Jordan Grosse-Cucriani.

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Les deux groupes sauront-ils dialoguer et s’entendre ?

Probablement renommé « Front national - Rassemblement bleu marine - Grand Est », le groupe principal espère conserver ses 35 membres, même si sa nouvelle présidente Virginie Joron reconnaît que « quelques-uns sont encore dans le doute ». Fidèle à Marine Le Pen, cette Alsacienne compte, elle, participer à la « reconstruction » du FN.

Si les mots « travail », « convictions » et « idées » reviennent sans cesse dans les discours des deux côtés, les deux groupes sauront-ils s’entendre ? « On est ouverts au dialogue, insiste Thomas Laval, désormais ex-vice-président du grand groupe. Mais avec le départ de Florian, il y a des orphelins au FN, à nous de nous adresser à eux. »

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« On sera moins sectaires, maintenant »

« Je pense qu’on travaillera mieux maintenant, on sera moins sectaires, réagit de l’autre côté Jordan Grosse-Cucriani, parmi les douze élus régionaux FN signataires d’une lettre contre Florian Philippot, au début du mois. Ce qu’il nous manquait, c’était un dialogue. Maintenant, on va de nouveau pouvoir échanger démocratiquement entre nous. »

Ambiance… Alors, justement, ces bisbilles exacerbées dans le Grand Est – sur les terres (de parachutage) de Florian Philippot – pourraient-elles s’élargir au niveau national, aux militants voire aux électeurs ? Jordan Grosse-Cucriani, qui n’a pas eu vent de départ au sein de sa fédération départementale du FN dans les Vosges, ne le craint pas trop :

Il ne s’agit pas d’un mouvement de départ avec tous les cadres du parti. A quelques exceptions près dans le Nord ou les Pays de la Loire, ce sont essentiellement des militants inconnus ou des mouvements épisodiques. Et puis les Patriotes parlent maintenant de 2.500 adhérents, en augmentation, mais des chiffres officieux évoquaient plutôt 250 à 300 adhérents jusqu’à récemment, encore.

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En creux, tandis que tous les interrogés tentent de parler d’apaisement nécessaire, l’éventualité de l’affaiblissement de l’extrême droite revient sans cesse. « C’est le FN qui s’affaiblit tout seul », pique encore Thomas Laval. Nul ne sait néanmoins comment réagiront les électeurs. « On verra aux prochaines élections », conclut Virginie Joron.