Strasbourg: Cinq jeunes réfugiés irakiens racontent leur rentrée au collège

EDUCATION Pour certains arrivés il y a quelques mois, de jeunes Irakiens font partie des demandeurs d’asile à avoir fait leur rentrée scolaire à Strasbourg, et cinq d’entre eux nous la racontent…

Bruno Poussard

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Saad, Fanar, Noor, Rody et Shaba (de gauche à droite) sont tous de jeunes demandeurs d'asile irakiens scolarisés à Strasbourg.
Saad, Fanar, Noor, Rody et Shaba (de gauche à droite) sont tous de jeunes demandeurs d'asile irakiens scolarisés à Strasbourg. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Arrivé il y a cinq mois en Alsace, Rody, jeune irakien de 13 ans, a fait sa rentrée scolaire à Strasbourg, en cinquième.
  • L’adolescent a disposé, comme quatre autres amis, d’un séjour linguistique d’une association fin août pour l’aider à comprendre et s’intégrer.

Rody est arrivé un peu avant l’été à Strasbourg. A 13 ans, ce jeune réfugié irakien vient de vivre sa première rentrée scolaire française, au collège Louise-Weiss de Neudorf. Pas toujours facile au niveau linguistique. Mais l’adolescent ne manque pas d’aide. « Il y a des Syriens et un Algérien dans ma classe, je leur demande si besoin », raconte-t-il.

A la récréation, Rody peut également compter sur son cousin Noor, deux ans de plus et arrivé en Alsace en 2015. A leurs yeux, le plus dur, ce sont les maths. « Mais les arts plastiques, c’est facile », complète Noor en souriant. Lui dispose aussi de coups de main d’un surveillant de son collège, tandis qu’il découvre encore ses nouveaux profs.

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Des journées et des semaines de cours plus longues

Si Rody profite d’une unité pédagogique d’apprentissage du français en tant que langue secondaire (voir en bas de l’article), il doit s’adapter sur le rythme. En Irak, les journées et les semaines des élèves sont plus courtes. « Le principal changement, ça reste la langue, complète Saad, un ami de 15 ans. Même si c’est plus violent en classe là-bas. »

Le jeune Rody (en haut à droite) est le dernier des cinq amis à être arrivé d'Irak en Alsace.
Le jeune Rody (en haut à droite) est le dernier des cinq amis à être arrivé d'Irak en Alsace. - B. Poussard / 20 Minutes.

A l’image de celles de Rody et Noor, de nombreuses familles irakiennes (notamment chrétiennes) chassées de la région de Ninive par l’Etat islamique sont arrivées en France et à Strasbourg depuis un peu plus de deux ans. Une vaste communauté d’entraide active bien au-delà des gros rassemblements festifs ou religieux.

Un séjour linguistique avec une association avant l’été

En attendant de débuter le futsal ou la natation avec le collège, les garçons déjà cités, eux, ont eu le droit à un petit séjour linguistique, fin août. Une immersion totale en français proposée pour la deuxième année à 22 jeunes demandeurs d’asile de 9 à 17 ans par l’ association Caritas, déjà active sur la question linguistique.

« Les parents irakiens à qui nous proposions déjà des cours étaient demandeurs pour leurs enfants », justifie Laurent Braun, coordinateur du réseau jeunes. A 16 ans, Nina, française aux origines irakiennes qui vient d’apprendre l’arabe est venue jouer la traductrice : « Sans la langue, ils ne pourraient pas suivre d’études, c’est logique de les aider. »

A l’aide de cours presque individuels et d’animations ludiques, les progrès furent sensibles. Directrice bénévole du séjour, Michèle Riotte confirme : « Sur la prise de parole et la compréhension, Rody a beaucoup évolué. Un autre jeune s’est mis à s’exprimer à l’oral lors d’un atelier théâtre. » Une aide bénéfique pour leur intégration.

« Il y a beaucoup d’émotion dans leurs récits »

Si bien qu’en 2018, l’association réfléchit déjà à une troisième édition, en élargissant ce séjour à un plus grand nombre de nationalités. « Il y a aussi une demande de familles du Kosovo, du Bangladesh, ou Pakistan », prolonge Laurent Braun. Au sein des communautés, les informations passent vite. Les groupes Facebook sont fréquents.

Saad et Fanar face à Shaba jouent au babyfoot dans les locaux de l'association Caritas à Strasbourg.
Saad et Fanar face à Shaba jouent au babyfoot dans les locaux de l'association Caritas à Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

Nina, par exemple, a pris l’habitude d’échanger sur Messenger avec ses amies arrivées d’Irak ces dernières années. En apprenant beaucoup sur leur mode de vie avant leur départ. « Là-bas, certains vivaient dans de grands palais, avec plein de voitures, je n’imaginais pas ça, assume la jeune fille. Il y a beaucoup d’émotion dans leurs récits. »

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Parfois plutôt aisés en Irak et aux familles désormais éclatées, ils restent néanmoins discrets sur leurs histoires en dehors de la communauté. « On nous demande parfois comment on est arrivés ici », réagit Shaba. Mais la curiosité de leurs camarades français reste tout aussi discrète. Pourtant, certains aimeraient en raconter un peu plus, parfois.

 

Un dispositif scolaire pour les allophones. A leur arrivée en primaire, au collège ou au lycée, les jeunes réfugiés - qui doivent légalement être scolarisés de 6 à 16 ans - passent souvent par une UPE2A, unité pédagogique (d’une capacité maximum de 24 élèves avec 18 heures par semaine) pour ceux dont le français n’est pas la première langue, avant d’être intégrés progressivement à des classes lambdas.

Dans le Bas-Rhin, environ 450 élèves du second degré ont par exemple fait cette année leur rentrée en UPE2A, dont deux nouvelles ont été créées, devant un flux constant d’arrivées. « On en ouvre chaque année », illustre Thierry Dickelé, directeur académique adjoint dans le département. Si les élèves allophones d’un établissement sont trop peu nombreux pour disposer d’un UPE2A, des heures supplémentaires sont aménagées au cas par cas. Les enseignants sont d’ailleurs formés et accompagnés dans cette idée.