#20MINUIT. Strasbourg: Trois trucs d'un «chuteur» pour tenter de garder les rues calmes la nuit

CHUT Histoire de tenter de garder les rues de leurs établissements les plus calmes possible la nuit, les portiers des bars et clubs de Strasbourg doivent accueillir les clients avec diplomatie et des « chut »…

Bruno Poussard

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La majorité des bars et clubs de Strasbourg disposent de portiers au doux (sur)nom de chuteurs, chargés de conserver le calme dans les rues de leurs établissements. Archives.
La majorité des bars et clubs de Strasbourg disposent de portiers au doux (sur)nom de chuteurs, chargés de conserver le calme dans les rues de leurs établissements. Archives. — G. Varela \ 20 Minutes
  • A Strasbourg, depuis la loi Evin et la volonté de relancer la vie nocturne, les bars et clubs de la ville se sont adaptés pour lutter contre le bruit.
  • A l’entrée de nombreux établissements, on trouve donc des « chuteurs », des videurs à la diplomatie développée pour faire taire les clients bruyants.

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation liés à la nuit.

La loi Evin a (un peu) changé le métier de portier. A Strasbourg, après l’interdiction de fumer dans les lieux publics (en 2007), la charte de la vie nocturne (dès 2010) a aussi encouragé l’adaptation du personnel accueillant des bars et clubs de la ville. A cette époque, ils se sont donc transformés en « chuteur », doux surnom apprécié des médias.

Pourquoi ? Eh bien parce qu’ils doivent souvent demander de chuchoter aux clients, qu’ils soient en train de fumer ou de faire la queue, pour faire baisser le volume sonore dans les rues de leurs établissements. Une stratégie parmi d’autres. Albin, portier du Fat Black Pussycat, transmet ses « trucs » à 20 Minutes.

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Tenter d’établir une bonne relation. Désormais à l’entrée du Fat Black Pussy Cat depuis 5 ans, Albin, qui avait déjà exercé ce job entre 1996 et 2002, commence par la jouer à l’expérience. Posément. Pour mettre une bonne ambiance. « J’essaye d’être respectueux, pas prendre les gens de haut », confie ce portier, qui préfère ce terme à celui de videur.

Prévenir à la sortie. Lorsqu’il s’agit d’éviter d’avoir trop de bruit dehors une fois que l’heure avance, celui qui a vu les générations, les modes et la nuit strasbourgeoise changer opte pour la prévention. « Quand ils sortent à l’extérieur, je débute par dire aux gens qui fument de faire doucement », illustre l’intéressé.

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Des discussions plutôt que des coups de pression. Expérimenté et serein, le portier plus près de la quarantaine que de la trentaine n’est pas un adepte de la stratégie par la peur si certains ont ensuite besoin d’un rappel à l’ordre : « Il faut expliquer, dans un groupe, il y en a toujours quelqu’un de compréhensif. »

Pas toujours évident, mais Albin semble ainsi préférer la discussion à la pression : « S’ils génèrent trop de bruit, je leur dis qu’ils déconnent. Mais ça ne sert à rien de mettre des tartines. Et en étant poli, ils comprennent. » A un poste tampon, le portier a, eu fil des ans, tenté d’établir de bonnes relations avec les habitants du quartier et les clients.

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L’inévitable « chut ». Malgré la prévention, les rappels et les explications poussées, certains, parfois désinhibés par l’alcool, ne comprennent pas. C’est alors que le fameux « chut » arrive. « Le plus dur, c’est à la fermeture, où les gens attendent souvent au bout de la rue, raconte Albin. Je leur dis d’aller plus loin, vers les afters par exemple. »

S’il n’hésite pas à refuser et faire partir des clients si besoin, Albin a donc une tendance à la diplomatie adaptée pour le calme des rues de bars. Et le portier conclut : « J’ai dû l’expliquer longtemps à des gamins mais depuis, le respect s’est instauré et j’ai réussi à en apprivoiser, rigole-t-il. Mais, si j’avais levé la main, ils n’auraient pas écouté. »