Alsace: Vers une taxe pour les poids lourds en transit

ECONOMIE La taxe sur les poids lourds en transit dans la région pourrait voir le jour d’ici à deux ans, espèrent les élus locaux qui bataillent auprès du gouvernement pour obtenir gain de cause…

Gilles Varela
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Illustration. Camions sur l'autoroute en Alsace, le 16 06 2008
Illustration. Camions sur l'autoroute en Alsace, le 16 06 2008 — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Depuis 2005, date à, laquelle l’Allemagne a mis en place une taxe poids lourds, l’Alsace avec ses autoroutes gratuites subit un fort report de la circulation.
  • Les élus de la région Grand Est œuvrent pour une taxe sur les poids lourds en en transit.

Bientôt une taxe sur les poids lourds en transit en Alsace ? Les négociations, les propositions et les invitations se multiplient entre les élus de la région et le gouvernement, car il y a urgence. Le trafic est saturé, les routes nationales abîmées, l’air pollué par un transit en Alsace toujours plus dense, et l’abandon de l’écotaxe lors de la précédente mandature n’a rien arrangé.

En cause, principalement les poids lourds, par milliers qui, pour éviter la taxe allemande, la « Lkw Maut », instaurées en 2005, empruntent les autoroutes gratuites alsaciennes et serpentent sur les nationales pour circuler à moindre coût. Pollution, dégâts, accidents, le « circuit » s’organise même pour ne pas avoir à faire le plein sur le territoire. « Nous n’avons aucune retombée économique de ce trafic, seulement les nuisances, déplore la sénatrice Patricia Schillinger, qui a alerté la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Je l’ai invitée à venir voir sur le terrain, notamment aux niveaux des Trois frontières, les difficultés que nous rencontrons au quotidien. »

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Pour les régions qui le souhaitent

Les élus du Conseil régional du Grand Est qui portent le projet espèrent une taxation «locale», selon le choix fait par les régions, et donc  plus facile à mettre en place. Le gouvernement, « intéressé par la question et très à l’écoute sur ce sujet » selon le président de la region Grand-Est Philippe Richert, a saisi le conseil d’Etat en ce sens. « Evidemment notre objectif n’est pas de l’imposer à la Bretagne, si elle n’en veut pas ! ironise Philippe Richert. Je comprends très bien que les régions qui n’ont pas de transit la refusent. Par contre, quand on est une grande région comme le Grand Est (c’est en surface deux fois la Belgique), ou Rhône Alpes, là, cela peut s’entendre »…et de glisser ainsi le pied dans la porte.

Principal argument avancé par les élus de la région, outre celui de rééquilibrer le trafic avec nos voisins européens : les recettes supplémentaires que cela pourrait engendrer. « Il sera possible de faire aujourd’hui les travaux qui sont indispensables sur les réseaux routiers mais aussi sur le ferroviaire car l’on sait très bien qu’il manque cruellement d’entretien », assure Philippe Richert. Pour Patricia Schillinger aussi, une mise en place locale permettrait « d’avancer plus rapidement » sur le dossier. Membre de la commission des affaires européennes au Sénat, elle va même plus loin : « La taxe allemande pour tous les automobilistes qui devrait être mise en place prochainement ne va pas arranger les choses. Le trafic va encore se déporter un peu plus sur nos nationales. » Elle place également ses espoirs sur l’Europe et plaide « pour une harmonisation des taxes en Europe et qu’il y ait un travail en commun. »

« Pour alléger la facture de l’Etat »

Ce transfert de compétence de l’Etat aux régions permettrait, pour celles qui le souhaitent « de rendre possible les travaux et d’alléger la facture pour l’Etat, promet Philippe Richert. Il faut que l’Etat accepte de rentrer dans cette logique, même si c’est toujours difficile d’abandonner une compétence à une collectivité. »

Des recettes qui permettraient de « répondre à l’objectif du Premier ministre, du président de la République mais aussi à la problématique environnementale, car il faut arrêter de creuser le fossé entre le routier et le ferroviaire, qui chute chaque année. L’objectif financier annoncé par le Premier ministre et le président peut nous servir à avancer là dessus aussi. »