#20MINUIT. Strasbourg: Comment les bars et clubs de la ville se sont équipés pour continuer à s'enjailler

CHUT A Strasbourg, la vie nocturne est à la relance et tente de se faire connaître. Depuis une décennie pour éviter les nuisances nocturnes, les établissements festifs se sont adaptés pour lutter au mieux contre le bruit…  

Bruno Poussard

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A Strasbourg, la nuit, des chuteurs tentent de garder les rues les plus calmes possible
A Strasbourg, la nuit, des chuteurs tentent de garder les rues les plus calmes possible — B. Poussard / 20 Minutes.
  • En parallèle de sa volonté de relancer la vie nocturne strasbourgeoise, la ville a cherché au début de la décennie à encadrer le bruit des établissements.
  • Depuis, les bars se sont progressivement adaptés, en se dotant notamment de sas et de « chuteurs » à l’entrée pour limiter l’impact du bruit au maximum.

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation, etc. liés à la nuit.

Vous êtes étudiants et vous arrivez tout juste à Strasbourg ? Alors, habituez-vous à dire bonsoir à des « chuteurs » et à franchir des sas pour rentrer en club. Depuis des années déjà, les établissements de nuit ont pris l’habitude de se doter de portiers diplomates et d’aménagements adaptés pour lutter au mieux contre les nuisances sonores.

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Les doubles portes à l’entrée et les portiers chargés d’empêcher le bruit des clients devant les boîtes et les bars ne sont pas nouveaux, mais ils se sont quasiment généralisés depuis l’élection du maire (PS) Roland Ries en 2008, dont l’équipe avait fait de sa volonté de relancer la vie nocturne strasbourgeoise un axe de campagne.

Fumoir, sas, limiteurs acoustiques parmi les équipements

Jugée pourtant active mais longtemps peu connue, la nuit strasbourgeoise dispose d’une offre qui tend à se diversifier. Née en 2015 sur un « gros manque » pour son gérant, La Kulture, repaire de musique électronique alternative rue des Bateliers, fait justement partie des petits derniers, depuis qu’elle a franchi les galères préalables à son ouverture.

« Quand tu lances un lieu comme ça, tu aimes les gens et la musique, le reste, ce sont les aléas du métier », réagit Antoine Peraldi. En amont, ce Strasbourgeois a entre autres dû chercher à anticiper le bruit, entre sas, fumoir ou limiteurs acoustiques intégrés à ses travaux, puis l’embauche de deux portiers (au drôle de nom médiatique de « chuteurs »).

Des conseils de la municipalité pour les mettre en place

En contrepartie, Antoine Peraldi et sa bande ont bénéficié de conseils et d’interlocuteurs dans la création de l’établissement. L’accompagnement est un objectif de la commission de la vie nocturne de la ville, créée en 2009 peu avant une charte (signée par plus de 90 bars, dont près de 70 tardifs), autour d’élus, exploitants, services municipaux ou riverains.

« On a tenté de mettre un maximum d’acteurs autour de la table de la concertation », raconte Elisabeth Ramel, conseillère municipale déléguée à la charte à cette époque où la gestion du bruit dans les rues, devant bars et boîtes, est devenue un sujet majeur après l’ interdiction de fumer dans les lieux publics entrée en vigueur début 2007.

Une cohabitation parfois compliquée malgré un dialogue

« La commission se réunit fréquemment, on dialogue et on cherche des solutions, ajoute Jacques Chomentowski, patron du Coco Lobo et représentant du syndicat UIMH. A Strasbourg, les patrons ont montré qu’ils sont responsables. On a une des villes les plus calmes de France sur ce plan, même s’il y a toujours quelques incivilités dans les rues. » Strasbourg fut aussi une des premières à verbaliser ces nuisances.

Au-delà du collectif aux pratiques critiquées Calme Gutenberg, la cohabitation avec quelques habitants du centre-ville n’a rien de simple. Afin d’établir le dialogue avec ses voisins pour lesquels il a tenté « de limiter au mieux l’impact du bruit », Antoine Peraldi leur a aussi transmis ses coordonnées, puis installé un panneau à ce sujet à l’entrée.

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« Etre cool avec ses riverains, échanger, être carré »

« L’idée, c’est d’être cool avec ses riverains, échanger, être carré, les gêner le moins possible », renchérit Nicolas Fabbian, patron du Fat Black Pussycat où les deux videurs, les mêmes depuis quatre ans, connaissent le voisinage, rue Klein. Pourtant, malgré les adaptations, des patrons peuvent recevoir des courriers anonymes ou mails de menace.

« C’est une question délicate et complexe, puisque la sensibilité de chacun n’est pas du tout la même, reconnaît Mathieu Cahn, actuel adjoint à la mairie en charge de l’animation de la charte de nuit, à propos de cette fameuse cohabitation. Les évolutions à certains endroits sont rapides, et il faut donner aux gens une vision de la mutation de la ville. »

Des avis de la commission de moins en moins écoutés

Si la charte – « de bonne entente, amenant formation, médiation ou sensibilisation » dixit Elisabeth Ramel, puisqu’elle n’a pas de poids juridique – n’a pas tout réglé, elle n’a d’ailleurs plus tout à fait le même rôle, aujourd’hui. L’avis que la commission donne (à la préfecture) pour les autorisations d’ouverture tardive (jusqu’à 4h) serait ainsi moins écouté.

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« Si la logique préfectorale est d’appliquer une lecture restrictive aux textes, notre travail perd de son sens, regrette Mathieu Cahn. Il faut renouer un partenariat intelligent. » Si elle s’est voulue motrice, la ville de Strasbourg – qui va faire un petit état de de sa vie nocturne à l’automne, après celui de 2011 – a toujours du boulot. Dans le dialogue. Mais sans faire trop de bruit.