VIDEO. Strasbourg: «Le volume de muscles ne fait pas tout», comment devient-on champion de joutes nautiques?

SPORT ET TRADITION Alors que Strasbourg organise un championnat de France ce week-end, le double tenant du titre nous explique comment fait-on pour faire tomber tout le monde pendant des joutes nautiques...

Bruno Poussard
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Les joutes nautiques méthode alsacienne (car il existe de nombreuses techniques en France) se disputent sans bouclier.
Les joutes nautiques méthode alsacienne (car il existe de nombreuses techniques en France) se disputent sans bouclier. — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Une embarcation lancée par des rameurs et une lance à la main pour faire tomber l'adversaire, telle est la règle des joutes nautiques.
  • Un double champion de France nous donne à l'heure d'une grosse compétition à Strasbourg des tuyaux pour devenir une force de la discipline.

En force, en finesse, le but reste le même : faire tomber l'autre. En évitant soi-même le plongeon. Facile, vous dites ? Et bien, allez-y, lancez-vous, armé d'une lance de 3,50 mètres et de coéquipiers bien décidés à vous donner un bel élan à coups de rame... Traditionnelles, les joutes nautiques n'en ont pas moins une solide dimension sportive.

Strasbourg accueille les championnats de France sur l'eau du Baggersee ce week-end (dès 8h samedi). Enfin, ceux de la méthode alsacienne (pratiquée jusque dans le Nord, la Belgique ou l'Allemagne), puisqu'il existe plusieurs techniques (et règles) de joutes ; et de la  Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), car il y a aussi deux affiliations possibles.

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Double tenant du titre, Bruno Geiss, le local de l'étape au sein de la Société nautique 1887 de Strasbourg depuis 27 ans, nous donne à cette occasion quelques conseils pour tenter de devenir bon, en pleine installation des infrastructures à la veille de la compétition. Et avant de reprendre des forces indispensables, ce vendredi midi.

Le champion de France 2015 et 2016 des joutes nautiques méthode alsacienne, Bruno Geiss (à gauche) et un de ses prédécesseurs, Joseph Hauptmann.
Le champion de France 2015 et 2016 des joutes nautiques méthode alsacienne, Bruno Geiss (à gauche) et un de ses prédécesseurs, Joseph Hauptmann. - B. Poussard / 20 Minutes.

Savoir nager pour se lancer. A aujourd'hui 37 balais, Bruno Geiss est tombé dedans à 10 ans à peine. Dès qu'il a su nager. «Les plus jeunes peuvent même débuter avec des brassards aux côtés de leurs parents, nuance l'Alsacien. Un Nordiste a fait toute une carrière sans savoir nager, avec une ceinture et une corde pour le sortir dès qu'il chutait.»

Etre capable de tenir sa position. Ce n'est pas une fente d'escrimeur, mais pour tenir le choc au contact, le jouteur doit respecter une position basique : une jambe arrière tendue, une jambe avant fléchie et un buste droit, la poitrine vers l'avant. «Une fois que tout cela est acquis, l'aspect technique peut être travaillé», complète Bruno Geiss.

Se forger un gros mental. Pour progresser, être dur au mal est quasi-indispensable. «C'est sûr qu'il ne faut pas être douillet et savoir repousser ses limites», confirme le champion alsacien. Et pas seulement pour tenir à l'impact, mais aussi pour enchaîner des rencontres pendant deux jours, sans bouclier, en plus, pour la pratique alsacienne. 

Les joutes nautiques, peu importe lesquelles, se pratiquent à six par équipe, cinq rameurs et un jouteur. Et dans une équipe, les rôles s'inversent.
Les joutes nautiques, peu importe lesquelles, se pratiquent à six par équipe, cinq rameurs et un jouteur. Et dans une équipe, les rôles s'inversent. - G . VARELA / 20 MINUTES

Bien se muscler (ou bien manger). Puisqu'il faut, pendant les joutes nautiques, être à la fois capable d'amortir les chocs - de sacrées marmules, parfois - et les donner, s'entraîner et répéter les sessions frontales est indispensable (même si ce n'est possible que l'été), preuve que les joutes sont loin de tenir seulement du folklore patrimonial.

L'hiver, quand l'eau est trop froide pour sortir, quelques-uns font même un peu de prépa physique. «C'est un bon complément», complète Anthony, jouteur alsacien blessé. Notre champion, lui, n'est pas trop muscu. Déjà solide, il préfère les assiettes bien remplies : «Je ne cherche pas à prendre à prendre du poids, mais j'aime bien manger !»

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Utiliser tout autant son cerveau. Parce que les joutes ne sont pas un sport de bourrin pour autant, le volume de muscles est loin de tout faire. La stratégie compte. «Comme il faut se donner un élan, descendre le centre de gravité peut donner un plus gros impact, illustre Bruno Geiss. Ca peut compenser une différence de poids.»

Faire tomber l'autre reste le but des joutes nautiques, mai il y a plusieurs stratégies pour y arriver.
Faire tomber l'autre reste le but des joutes nautiques, mai il y a plusieurs stratégies pour y arriver. - G . VARELA / 20 MINUTES

En travaillant l'équilibre. Pas question de s'exercer au poirier, mais de s'habituer à tenir solidement et sur deux pieds à l'arrière d'un bateau en mouvement sur l'eau. «Commencer jeune peut être un avantage, embraye l'Alsacien. Ca arrive de moins en moins, mais à une époque, de grands costauds n'avaient parfois aucun équilibre !»

Et la concentration aux fléchettes l'hiver. Affiliés à l'omnisport FSGT, les jouteurs strasbourgeois se mettent à une autre discipline une fois la saison des joutes terminées. La pétanque pour certains, les fléchettes pour d'autres. Un moyen de travailler sa concentration dans un contexte néanmoins beaucoup moins nautique, à l'heure d'hiver.

Un sport historique à la relance. Si elles sont ultra-populaires dans le sud de la France et notamment dans le coin de Sète, dans l'Hérault, les joutes ont parfois aujourd'hui du mal à attirer, alors qu'il faut être un minimum de douze, à six dans deux bateaux, pour qu'un club puisse être en mesure de s'entraîner correctement.

Attirer de nouveaux champions pourrait aider la discipline à gagner par endroits en visibilité. «On manque de lumière, termine Joseph Hauptmann, vice-président du club strasbourgeois. Si on joutait en centre-ville, on pourrait recruter plus facilement». C'était prévu aux Docks d'été, mais à cause d' un couac, ça sera plutôt pour 2018 !