Alsace: A Kaysersberg, «certains viennent juste pour la plaque du “village préféré des Français”»

TOURISME En attendant l’installation de la nouvelle plaque de « village préféré des Français » de Kaysersberg, le directeur de l’office du tourisme nous raconte les conséquences de son vol en plein été…

Propos recueillis par Bruno Poussard

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Le vol de la plaque de Kaysersberg a encore un peu plus fait parler du village alsacien où il faut se balader tôt pour visiter au calme pendant l'été.
Le vol de la plaque de Kaysersberg a encore un peu plus fait parler du village alsacien où il faut se balader tôt pour visiter au calme pendant l'été. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • « On est encore abasourdis [par ce vol], reconnaît le directeur de l’office de tourisme de Kaysersberg. On ne comprend pas l’intérêt. Est-ce que ça pourrait être un collectionneur ? Quelqu’un qui voulait fondre du laiton ? ».
  • « On va mieux fixer la plaque, la sceller avec des injections de béton au niveau des vis par exemple. »

A qui profite le crime ? Depuis le larcin commis entre minuit et 1h du matin dans la nuit du samedi 4 au dimanche 5 août, la question n’en finit pas de revenir à Kaysersberg. Installée un gros mois plus tôt, la plaque de « village préféré des Français » récemment dérobée semble déjà créer un manque, autant chez les touristes que chez les habitants.

L’événement fait parler. En attendant que ne soit solidement réinstallé le tout nouvel écriteau reçu en Alsace ce mercredi, il offre même un coup de projecteur de plus à la commune touristique, qui attire déjà bien plus encore qu’à l’accoutumée depuis l’émission. Entretien avec Christophe Bergamini, directeur de l’office du tourisme.

>> A lire aussi : Alsace: Après le vol de sa plaque de «village préféré des Français», Kaysersberg en reçoit une nouvelle

Depuis cette élection de « village préféré des Français », imaginiez-vous le vol de la plaque possible ?

Oh non, pas du tout ! A vrai dire, on est encore abasourdis. On ne comprend pas l’intérêt. Est-ce que ça pourrait être un collectionneur ? Quelqu’un qui voulait fondre du laiton, même si, semble-t-il, cela n’aurait pas représenté plus de 2,5 euros ? Ou alors une personne qui nous veut du mal ? Mais si c’est ça, on la remercie, parce qu’on n’a jamais eu autant de retours médiatiques depuis l’élection. Je reste persuadé que c’est plutôt un pari à deux balles de foire aux vins. Un « chiche ou pas chiche » à une heure du mat', voilà quoi…

Et la piste d’un coupable venu d’un autre village finaliste de l’émission, alors (rires) ?

Non, non… On a eu tous les autres maires au téléphone une semaine après l’élection et même s’ils étaient déçus, ils ont aussi des retombées chez eux. Après, certaines mauvaises langues ont dit que c’était peut-être l’opposition, l’ancien maire qui était plutôt contre ce tourisme de masse… Mais où serait l’intérêt ? Avec de telles retombées, on en rigole avec le maire, parce que si on avait eu l’idée, on l’aurait fait nous-mêmes avant ! (rires)

L’événement a donc fait beaucoup parler dans la commune…

Le dimanche où c’est arrivé, je ne pouvais pas faire trois mètres dans la rue sans qu’on m’interpelle, avec les mêmes questions, les mêmes boutades. Mais pas question de rentrer dans des polémiques.

Maintenant que vous avez reçu une nouvelle plaque, comment la protègerez-vous ?

On va mieux la fixer, la sceller avec des injections de béton au niveau des vis par exemple. Puis la protéger avec un film en plexiglas par-dessus. Mais on ne va pas non plus mettre de caméra ! Par contre, on va attendre un peu avant de l’installer pour que la protection soit solide. On espère la remettre le week-end du 26-27 août. Et Stéphane Bern, également affecté par le vol, devrait passer en octobre.

D'ici là, est-ce un réel manque pour les touristes qui veulent faire leur selfie devant ?

Clairement, car ce que les gens cherchent, c’est la preuve qu’ils sont venus ici. Et si on l’a placé devant le pont fortifié et les maisons à colombages, c’est aussi pour bien localiser qu’on est en Alsace sur les photos. En attendant, on a donc rattrapé le coup en mettant un « Wanted » avec le logo à la place, pour que ceux qui sont là en ce moment puissent quand même immortaliser ça.

Comme vous l’aviez anticipé, les retombées sont-elles vraiment énormes pour le village ?

On a vécu un mardi 15 août complètement dingue, digne d’un samedi ou dimanche du marché de Noël. On a vu un monde fou, des gars garés n’importe comment… On ne voit plus la ville de la même façon en ce moment. En 17 ans, je n’ai jamais vu ça… A l’office du tourisme, les chiffres de fréquentation sont hallucinants. Certains viennent juste pour la plaque. En comparaison de l’année précédente, les commerçants partent sur 15 à 20 % de chiffre d’affaires en plus. Tout le monde le confirme. Le soir, il faut se battre pour avoir une table au restaurant. On a beaucoup de gens qui sont déjà en villégiature en Alsace ou dans le Grand Est et qui font le détour pour voir Kaysersberg, et la clientèle est par ailleurs très francophone. On n’a en revanche pas encore trop de retours de l’hôtellerie. Mais à Noël, on va avoir du mal à répondre à toutes les demandes de nuitées, c’est sûr.

Comme vous le souhaitiez, tout le monde à Kaysersberg joue-t-il enfin le jeu ?

On me tape tous les jours dans le dos. Les gens sont fiers. Mais c’est aussi parce que l’impact économique est là. Après, il y aura toujours des gens que ça dérangera, mais au-delà de la plus forte densité de population dans les rues, il n’y a pas de réelle nuisance ni gêne. Le vol a au contraire plutôt renforcé l’envie d’en profiter. On avait déjà l’impression qu’il nous manquait quelque chose. Depuis, une commerçante située à côté s’est même proposée pour la nettoyer au quotidien !

Le village de Kaysersberg est typique de l'Alsace.
Le village de Kaysersberg est typique de l'Alsace. - B. Poussard / 20 Minutes.

Les tuyaux du gars du coin. Directeur de l’office du tourisme qui a dû embaucher une personne en plus à l’accueil pour la saison depuis le titre, Christophe Bergamini apprécie et recommande de se balader tôt le matin, ou plus tard le soir, « lorsque les terrasses de café sont moins remplies » pour apprécier la ville avec calme et sérénité.