Strasbourg: Avec des œuvres à chaque événement, la ville devient-elle la nouvelle capitale du graff?

CULTURE A l’image des toutes nouvelles œuvres autour du chantier Primark, Strasbourg semble faire de plus en plus de place au graff et au street-art ces derniers temps….

Bruno Poussard

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Jeff Benarroch et Jaek el Diablo, devant une des quatre œuvres du chantier Primark. Lancer le diaporama
Jeff Benarroch et Jaek el Diablo, devant une des quatre œuvres du chantier Primark. — B. Poussard / 20 Minutes.

Ces fresques-là sont éphémères. Mais vous avez encore largement le temps d’en profiter. Terminés depuis peu, les graffs de quatre artistes strasbourgeois vont rester deux ans autour des cabanes du chantier Primark, rue Marbach. Avec quelques blazes bien connus du milieu,  Jaek el DiabloStom500, Wise et Jupe.

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Une initiative du directeur général du promoteur immobilier, la Financière Valim. « Les algecos, je trouvais ça triste, raconte Jeff Benarroch. On a installé des panneaux et j’ai appelé Jaek pour lui commander des œuvres, en donnant carte blanche. » Utilisé par certains dans un style hip-hop, plus graphiques pour d’autres.

Des œuvres dans des styles hip-hop, de graphiste, ou avec lettering

« Chacun d’entre nous est resté vrai et nos identités varient, c’est cette authenticité qui fait que chacun peut s’y retrouver, décrypte Jaek el Diablo, l’un des quatre graffeurs professionnels sollicités (et payés). Mais c’est rare d’avoir une telle liberté en plein centre-ville, parce que souvent, c’est plus en friche, sur des spots moins visibles… »

Raphaël Ananou, de son vrai nom, ne peut que se réjouir de la vitrine : « Il y a une démocratisation, on sent un réel engouement. On milite pour faire connaître notre mouvement. Si on a choisi la rue, c’est pour transmettre et faire vivre des messages. Et ici, c’est bien, on a eu de nombreux échanges avec les passants qui ont l’air de kiffer. »

Une petite scène d’une dizaine de personnes néanmoins très active

A l’image des quelques œuvres de la nouvelle rue du Jeu des enfants, du parcours street-art du marché OFF, du MUR de Strasbourg, du NL Contest ou de la Block party, les Alsaciens semblent d’ailleurs de plus en plus kiffer le graff. Les événements (et les élus) strasbourgeois ont appris à faire une place à cet art de rue.

« La scène strasbourgeoise n’est pas énorme, mais il y a une dizaine de personnes qui se bougent, résume Jaek el Diablo, 39 berges et dans la place depuis maintenant 25 ans. Et puis là où la culture se montre dans certains endroits très élitiste, le graff permet de sensibiliser à l’art, de dynamiser des quartiers, et la ville commence à le comprendre. »

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Un intérêt de la ville récent et encore parfois compliqué

« C’est un art contemporain d’expression urbaine aujourd’hui intégré, insiste en confirmation Paul Meyer, adjoint du quartier gare qui l’a utilisé pour décorer sa mairie locale. Même si c’est venu tardivement, j’estime qu’il a démocratiquement sa place. Cela permet de faire rayonner des quartiers et leur quotidien urbain. »

Stom500, un autre nom bien connu dans le milieu des graffeurs strasbourgeois, et au-delà.
Stom500, un autre nom bien connu dans le milieu des graffeurs strasbourgeois, et au-delà. - B. Poussard / 20 Minutes.

Le jeune élu veut participer à élargir encore la place du graff dans l’espace public. « Mais c’est un art parfois un peu indomptable et ce n’est pas toujours facile à manier avec la collectivité, reconnaît-il. Quand j’ai commencé à intégrer ça, à Urban art avec la Popartiserie en 2015, ou avec le Graffalgar, certains avaient un peu peur en interne. »

Preuve que l’amalgame entre les tags et le graffiti (d’ailleurs plus réservé à la culture hip-hop) n’appartient pas totalement au passé. « Aujourd’hui, les gens parlent néanmoins plus de street-art, et des artistes actifs rentrent en galerie, on voit qu’on est passé du négatif au positif », recadre Jaek el Diablo, illustrateur-infographiste freelance.

Pas (encore ?) au niveau de Paris ou de Lille

L’évolution prend du temps, et Strasbourg n’est pas au niveau de Paris ou Lille. « Comme c’est très urbain, toutes les plus grandes villes ont les plus grosses scènes », complète même Jaek el Diablo. Le graffeur estime que la ville pourrait parfois soutenir un peu plus les artistes du mouvement, à l’image de la troisième Block party autofinancée.

Une des oeuvres marque un hommage à des artistes historiques de la scène hip-hop disparus, à l'image de Prodigy, récemment.
Une des oeuvres marque un hommage à des artistes historiques de la scène hip-hop disparus, à l'image de Prodigy, récemment. - B. Poussard / 20 Minutes.

« Dans d’autres villes, comme à Melbourne ou Miami, des quartiers ont repris vie grâce à ça, renchérit le promoteur Jeff Benarroch. J’aimerais aider à amener cet esprit ici. » Lui voudrait donner des idées à d’autres confrères qui préfèrent opter pour de la pub. Et pourquoi pas transmettre des vocations aux graffeurs strasbourgeois de demain…