Strasbourg: Plage, palmiers et billets, un faux paradis fiscal devant le Parlement européen contre l'évasion

ECONOMIE En ce mardi de session plénière au Parlement européen et d’un vote majeur, les militants de trois ONG ont mené à Strasbourg une action symbolique contre l’évasion fiscale des multinationales…

Bruno Poussard

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Le faux paradis fiscal installé par trois ONG vise à sensibiliser à l'évasion fiscale, auprès des députés européens et des citoyens.
Le faux paradis fiscal installé par trois ONG vise à sensibiliser à l'évasion fiscale, auprès des députés européens et des citoyens. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Réuni en session plénière ce mardi 4 juin, le Parlement européen de Strasbourg a voté une mesure pour la transparence fiscale des entreprises.
  • En amont, une action s’y est tenue pour mettre la pression sur les eurodéputés, et sensibiliser le grand public sur la lutte contre l’évasion fiscale.

Le soleil, la plage et les palmiers. On s’y croirait presque. Sauf qu’on est bien à Strasbourg. Au second plan, le Parlement européen en atteste. En ce mardi 4 juin de session plénière, des militants équipés de (faux et) gros billets sont venus, de cette manière, s’opposer une nouvelle fois à l’évasion fiscale des multinationales.

Ce tir à l'arc avec un drapeau européen au centre symbolise le choix (pendant le vote de ce mardi)
Ce tir à l'arc avec un drapeau européen au centre symbolise le choix (pendant le vote de ce mardi) - B. Poussard / 20 Minutes.

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C’est qu’un vote à propos de la transparence fiscale des entreprises s’est tenu dans l’hémicycle ce mardi midi. Pour résumer la décision des eurodéputés, les militants ont installé un symbolique tir à la corde. Les citoyens d’un côté. Les multinationales, moins nombreuses, et au poids pourtant plus gros, de l’autre. Le drapeau européen au milieu.

Pour illustrer le choix des députés lors du vote

« Ce mardi, les eurodéputés doivent choisir entre les deux, résumait Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam, une des trois organisations à l’origine de l’action. Est-ce qu’ils défendent les citoyens, l’intérêt général, les hôpitaux, les écoles… ou l’évasion fiscale des grandes entreprises ? On veut montrer aux parlementaires qu’on les regarde. »

Histoire de mettre un peu de pression sur les épaules des eurodéputés tout en alertant la population sur les enjeux d’un tel vote, les militants alsaciens leur ont distribué des flyers : « L’évasion fiscale coûte quand même 60 à 80 milliards par an à la France », embraye Manon Aubry venue, elle, de Paris.

Une avancée mais accompagnée d’une « échappatoire »

Surenchère de Bernard Klingelschmidt de CCFD-Terre solidaire, deuxième association présente aux côtés, également, de Transparency international : « On considère qu’il y a 850 milliards dans les paradis fiscaux qui ne servent pas au développement. On veut que les populations puissent profiter de leurs richesses dans leurs pays. »

Les trois ONG luttent depuis des années contre l’évasion fiscale, à l’image de la plateforme des paradis fiscaux lancée en 2005. Le reporting public pays par pays, voté ce mardi, est déjà pour eux une grosse étape. « Mais ils sont très malins, ils ont introduit un gruyère énorme », nuance Manon Aubry, qui connaît le poids des lobbys sur la question.

« Il existe en fait une échappatoire dans le texte, une clause d’exception qui autorisera les entreprises à éviter l’obligation de dévoiler leurs informations fiscales si elles les jugent « nuisibles pour sa compétitivité », une expression forcément large, floue et finalement peu définie. »

Une transparence fiscale totale demandée par les militants

Pour la défense des citoyens jugés « nombreux mais moins puissants », les trois organisations rêvent d’une transparence fiscale totale. Les amendements déposés en ce sens par les groupes socialistes, verts et de la gauche radicale n’ont pas été votés. Les différents députés libéraux n’ont pas fait pencher le vote.

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« Quoi qu’il en soit, on ne perd espoir, terminait Manon Aubry d’Oxfam. Après le vote des eurodéputés du Parlement ce mardi, le texte passera devant la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne. » Le paradis fiscal strasbourgeois pourrait donc bien, un jour prochain, se promener ailleurs.