Strasbourg: Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le conseil municipal, ce serait pas un peu Dallas ?

POLITIQUE Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le renouvellement politique en cours touche aussi le conseil municipal de Strasbourg, non sans quelques rebondissements à gauche…

Bruno Poussard

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Au conseil municipal de Strasbourg, la gauche se méfie d'un prochain Franck Underwood. Plusieurs élus aimeraient probablement l'être. Illustration
Au conseil municipal de Strasbourg, la gauche se méfie d'un prochain Franck Underwood. Plusieurs élus aimeraient probablement l'être. Illustration — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Depuis le second tour des élections législatives, plusieurs politiques strasbourgeois ont décidé de quitter le groupe socialiste au conseil municipal.
  • Après plusieurs mouvements, il y a désormais quatre groupes au sein de la majorité municipale (de gauche) et d'autres mouvements sont à prévoir.

On ne se risquerait pas à foncer dans une comparaison avec Alerte à Malibu, puisque les protagonistes de notre série ont troqué le maillot de bain rouge pour la chemise. Mais ce qui est sûr, c’est qu’en ce moment, il y a plus de rebondissements au conseil municipal de Strasbourg (de gauche) que dans les Etats-Unis de Dallas ou l' Allemagne de Derrick.

Alors, non, il n’est pas vraiment question de quête du pouvoir à la Franck Underwood dans House of Cards mais, à gauche, une guerre des tranchées digne des plus belles batailles de Westeros dans Game of Thrones semble pourtant en préparation en vue des élections municipales de 2020. Petit flashback pour tout comprendre.

Un groupe La République en marche lancé en premier

A première vue, un homme, devenu le héros de certains en se transformant en nouveau président de la République, a posé les bases de l’intrigue. Après les défections du PS de plusieurs élus strasbourgeois pour rejoindre son mouvement, La République en marche (LREM), avant même les législatives, l’histoire de la série a réellement débuté fin juin.

Lors du premier épisode le jeudi 22 juin, le premier adjoint, Alain Fontanel a lancé, bien entouré, un groupe de marcheurs, loyal à la majorité. « Cette recomposition nationale est l’aboutissement d’un long processus d’effondrement du PS, nuance le politologue alsacien Philippe Breton. Les soucis de la majorité à Strasbourg ne datent pas d’hier. »

Et désormais quatre groupes au sein de la majorité, au total

Deuxième étape, moins de 24 heures plus tard : en parallèle des six premiers membres de la nouvelle formation LREM (dont une conseillère du Modem aux côtés des cinq élus partis du PS), la « coopérative sociale écologique et citoyenne » est née de la volonté de sept anciens soutiens de la première heure de Benoît Hamon à la présidentielle.

Avec cette initiative notamment portée par l’adjoint au tourisme Paul Meyer (également rejoint par deux écologistes), la majorité compte désormais quatre groupes : PS, EELV, LREM et la Coopérative. Réaction du maire Roland Ries lors de l’épisode 3, le vendredi 23 juin :  retrait du groupe PS au conseil, histoire de se placer au-dessus de la mêlée.

« Les clans sont assez clairs »

« Les fractures se sont ouvertes là mais les lignes de conflit ne sont pas nouvelles », renchérit Philippe Breton. En mode guerre froide, la phase d’observation entre les gauches a débuté. Ambiance… Chaque mouvement est un déplacement de pion sur un jeu d’échec. Comme celui du vice-président de l’Eurométropole Nicolas Matt, du PS à LREM.

« C’est un peu au compte-gouttes maintenant, analyse le journaliste de Rue 89 Strasbourg Jean-François Gérard, suiveur assidu. Ils vont se draguer mutuellement tout l’été, on va voir si le rapport de force change d’ici la rentrée. » Les prochaines séances, en septembre, s’annoncent animées. Déjà, les oppositions orales seraient déjà plus exacerbées.

« Les clans, plus dissimulés avant, sont assez clairs entre ceux qui aiment Macron et ceux qui ne l’aiment pas, complète Jean-François Gérard, en s’appuyant sur les débats du dernier conseil municipal du lundi 26 juin. La parole sera peut-être un peu plus libre pour certains qui gardaient parfois leurs positions personnelles pour eux au sein de la majorité. On verra peut-être plus de franc-parler. C’est un peu savoureux, déjà. »

Le maire (PS) Roland Ries pas candidat pour 2020, Robert Herrmann ou Alain Fontanel se présenteront-ils dans trois ans ?
Le maire (PS) Roland Ries pas candidat pour 2020, Robert Herrmann ou Alain Fontanel se présenteront-ils dans trois ans ?

Les municipales de 2020 en tête pour les différentes gauches

Mais ces positionnements politiciens (parfois purement opportunistes) ne sont pas du goût de tous. « Quelle perte de temps, quelle énergie gâchée dans cette recomposition alors qu’elle pourrait être utilisée pour faire avancer des dossiers et des vrais projets », regrette Emmanuel Jacob, ex-conseiller municipal (de 2008 à 2011) derrière le Blog de la Robertsau.

>> A lire aussi : Strasbourg : Roland Ries ne se représentera pas, vers une primaire du PS aux municipales de 2020 ?

Certains élus de gauche, eux, ont plutôt les municipales de 2020 en tête, avec le retrait annoncé du maire Roland Ries et son souhait dévoilé d’une primaire ouverte. En attendant des acteurs pas forcément encore dans le casting de la série du moment. « Les manœuvres sont en route », termine Philippe Breton. Cette saison 1 promet de durer.