Pourquoi l’Alsace n’a pas encore de palaces, alors qu’un premier hôtel du genre pourrait (enfin) s’installer dans la région?

TOURISME Le projet d'implantation du premier hôtel «5 étoiles plus» d'Alsace, dans les environs de Colmar, est présenté ce mardi...

Alexia Ighirri

— 

Pourquoi l’Alsace n’est-elle pas une terre à palaces, alors qu’un premier hôtel du genre pourrait s’installer dans la région? (Illustration)
Pourquoi l’Alsace n’est-elle pas une terre à palaces, alors qu’un premier hôtel du genre pourrait s’installer dans la région? (Illustration) — A. Gelebart / 20 Minutes

Quand on parle de palace actuellement en Alsace, on fait plutôt référence aux cinémas de la région qui portent ce nom, voire du Royal Palace à Kirrwiller. Jamais d’un hôtel de luxe. Et pour cause, il n’y en a pas dans la région : si l’Alsace compte une dizaine d’hôtels 5 étoiles, elle n’a pas de palace. Du moins, pas encore.

Un projet d’implantation, dans les environs de Colmar et né de la volonté d’un investisseur étranger, doit en effet être présenté ce mardi matin. Alors que les palaces font face à la mer sur la Côte d’Azur et font les beaux jours de Paris depuis bien longtemps, l’Alsace s’apprêterait à accueillir son premier hôtel du genre.

« C’est la clientèle qui fait le palace »

La région est-elle vraiment en retard ? « Non, parce que d’après moi il n’y avait pas, globalement, de besoin. C’est la clientèle qui fait le palace », répond Pierre Siegel. Le vice-président de la branche hôtellerie du Groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de Boissons du Bas-Rhin s’explique : « Pour assurer les services dignes d’un palace, il faut beaucoup de personnel. Et donc une masse salariale très importante. Les prix des chambres sont par conséquent très élevés, autour d’une moyenne de 550 euros la nuit ou au minimum deux fois plus cher que dans les hôtels 5 étoiles. C’est un gap énorme à franchir. Il faut une clientèle prête à dépenser cela et aujourd’hui, il n’y a pas d’endroit qui attire cette clientèle-là. »

Palace ou grandes enseignes internationales ?

Selon Pierre Siegel, l’environnement n’est pas vraiment fertile, mais il « espère toutefois avoir tort, parce qu’en termes d’image, pour l’Alsace ce serait une bonne chose ».

Patrice Gény, directeur de l’Office de tourisme de Strasbourg et sa région, est sur la même longueur d’ondes. « Pour l’image, un palace fait toujours du bien, ça tire vers le haut. Mais je crois qu’à Strasbourg, par exemple, il y a plus de retombées avec des enseignes de chaînes internationales comme le Sofitel ou le Hilton [et un jour normalement un Radisson Blu dans la rue de la Nuée-Bleue], qui sont davantage pourvoyeurs de flux, notamment de la clientèle américaine. Personnellement, je préfère quatre ou cinq grandes enseignes internationales à un palace. »

Cumul de critères

Pierre Siegel rappelle toutefois qu'« on ne construit pas un palace. On construit des hôtels 5 étoiles, qui peuvent postuler à la classification. C’est une commission qui décide d’attribuer le label ou non. Le plus compliqué est ensuite de tenir à moyen et long terme. »

Selon Alsace Destination Tourisme, la définition du palace va bien au-delà des services et cumule plusieurs autres choses : le cadre et/ou le bâtiment doit être exceptionnel par exemple.

C’est effectivement l’un des critères répertoriés sur le site officiel de l’administration française, qui explique que : « Les hôtels de catégorie 5 étoiles peuvent postuler pour obtenir la distinction “Palace” s’ils possèdent des caractéristiques exceptionnelles tenant compte de leur situation géographique, de leur intérêt historique, esthétique ou patrimonial particulier ainsi qu’aux services offerts. La distinction est valable cinq ans ». Reste à savoir si le projet d’implantation présenté ce mardi à Colmar répondra à tous les critères nécessaires.