Résultats législatives: Candidat du Front national, Kévin Pfeffer sera-t-il le premier Kevin de l'histoire élu à l'Assemblée?

ELECTIONS Qualifié au second tour des élections législatives avec près de 24% dans les résultats de Saint-Avold en Moselle, le Frontiste Kévin Pfeffer est en lice pour devenir le premier Kevin élu député en France...

Bruno Poussard

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Le palais Bourbon n'a encore jamais vu Kevin siéger à l'Assemblée nationale française sous la Ve République.
Le palais Bourbon n'a encore jamais vu Kevin siéger à l'Assemblée nationale française sous la Ve République. — Thomas SAMSON / AFP
  • Depuis le début de la Ve République, jamais un prénommé «Kévin» n'a été élu député à l'Assemblée nationale alors que Kévin Pfeffer est encore en lice en Moselle.
  • D'inspiration anglo-saxonne et relativement récent en France, ce prénom très populaire au début des années 90 - notamment en Lorraine - est d'origine populaire.

Dans l’histoire de la Ve République, ce serait une première. Depuis 1958, jamais un député portant le prénom de Kevin n’a ainsi siégé dans l’hémicycle du palais Bourbon. Et dans la septième circonscription de Moselle, du côté de Saint-Avold, un jeune candidat du Front national, Kévin Pfeffer, est encore en lice au second tour des législatives !

Conseiller régional du Grand Est et assistant parlementaire de l’eurodéputée Sophie Montel, le Frontiste s’est qualifié en obtenant 23,75 % des suffrages, derrière la représentante de La République en marche, Hélène Zannier (27,41 %), sur un territoire frontalier de l’Allemagne où le taux d’abstention a néanmoins atteint les 57,34 %.

>> Le résultat du premier tour dans la septième circonscription de Moselle :

Un candidat né en 1990, période faste pour le prénom Kévin

Âgé de 26 ans, le secrétaire départemental de la section de Moselle du FN originaire de Forbach est donc né en 1990. En plein milieu de la période la plus faste pour le prénom « Kevin » en France. Car c’est entre  1989 et  1994 qu’il a été le plus donné aux nouveaux nés, même s’il est toujours placé aujourd’hui dans les classements.

Dans un article intitulé « Comment les Kevin ont déferlé sur la France (puis sont devenus la risée de tous) » sur cette fameuse génération Kévin, le site Slate évoque Kevin McCallister, le très jeune héros du film Maman, j’ai raté l’avion et puis le populaire acteur Kevin Costner parmi les premières inspirations possibles au début des nineties.

Des questions sociologiques soulevées par cette vague

Mais cette vague de mode encore relativement récente vis-à-vis de l’âge moyen des parlementaires de l’Hexagone soulève aussi d’autres questions, d’ordre nettement plus sociologique. Ainsi, en 2015, le site Demotivateur n’hésite pas à classer Kévin en tête des « 20 prénoms le plus souvent portés par les derniers de la classe ».

« Le prénom est le reflet indirect de l’origine sociale », explique sur son site le sociologue spécialiste de la question Baptiste Coulmont, auteur d’une étude sur les prénoms des candidats au baccalauréat entre 2012 et 2015, dont 8.051 Kévin et notamment 39 % d’entre eux qui l’ont eu entre 10 et 12, contre 38 % avec mention et 23 % au rattrapage.

Le prénom Kévin d’origine populaire, débarqué « dans les régions ouvrières »

Dans la lignée des travaux fondateurs de Philippe Besnard et Guy Desplanques dès la fin des années 90, de nombreux chercheurs ont notamment travaillé sur son origine populaire, dont les classes hésitent beaucoup moins à piocher dans les inspirations nouvelles et anglo-saxonnes, à l’inverse de la bourgeoisie, pas vraiment branchée Kévin (ni Dylan d'ailleurs).

« Il y a des prénoms qui témoignent clairement d’une polarité opposée des choix, le plus célèbre en France étant peut-être Kevin, "prénom nettement populaire, très peu connu en milieu bourgeois" à l’opposé d’un Eudes si clairement aristocratique », écrit notamment dans une analyse Pierre Demeulenaere, de l’université Paris-Sorbonne.

S’il y a des "prénoms bourgeois" ou hautement bourgeois, il y a aussi des « "prénoms populaires", complète François Héran, dans « La cote des prénoms ». […] Ce sont les fameux prénoms à consonance anglo-saxonne, tirés des télé-feuilletons américains. En 1986, Besnard et Desplanques relevaient l’apparition en milieu populaire de prénoms tels que Vanessa, Cindy, Jennifer, Audrey, Anthony, Christopher, Michaël, David, Grégory… Par la suite, ils ont vu surgir Kevin, Allan, Jason, Elliott, Brenda, Kimberley, Stacy, Wendy et bien d’autres. L’analyse régionale montre que ces innovations éclosent souvent au sein de régions ouvrières comme le Nord-Pas-de-Calais ou la Picardie.

Ou encore la Lorraine et la Moselle, même si, une fois l’éclosion passée, toute la France a ensuite vu des Kévin naître sur son territoire. Si bien qu’aujourd’hui, avec Kévin Pfeffer, également vice-président du nouveau microparti de Florian Philippot, Les Patriotes, est aujourd’hui à un tour d’une élection à l’Assemblée nationale, avant ce dimanche 18 juin.