Le Team Strasbourg, un exemple en passe de devenir un poisson pilote du water-polo en France

SPORT Historiquement plutôt ancré dans le Nord puis dans le Sud de la France, le méconnu mais impressionnant water-polo fait son chemin dans l’Est grâce au Team Strasbourg, en finale de Pro A pour la première fois…

Bruno Poussard

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Le Team Strasbourg a remporté son dernier titre en 1963. Lancer le diaporama
Le Team Strasbourg a remporté son dernier titre en 1963. — Photo Cyril Gife.
  • Le Team Strasbourg dispute en water-polo le match retour (défaite 10-5 à l'aller) de sa première finale de Pro A contre un cador, Marseille.
  • Aux moyens deux fois plus faibles que ses gros rivaux, le club alsacien étend pourtant son emprise sur le championnat de France.

Au milieu du banc de requins sudistes que sont l’Olympic Nice, le CN Marseille ou le Montpellier WP, le Team Strasbourg semble faire figure de petit dauphin. Mais en fait, dans l’océan de slips de bain et de gros muscles du water-polo français, l’espèce alsacienne a presque quelque chose de l’anomalie dans la chaîne alimentaire.

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En progression croissante ces dernières années malgré des moyens deux fois moindres, la formation née de la fusion de deux anciens clubs en 2013 s’apprête à disputer le match retour de sa première finale de Pro A dans son bassin de la Kibitzenau contre Marseille samedi (20h15), après avoir terminé la saison régulière à la première place. 

Le club sérieusement professionnalisé depuis quatre ans

Avec deux gros nageurs en moins (après une deuxième place avant les playoffs et une nouvelle noyade en demi-finale en 2016), beaucoup ne donnaient pas pourtant cher de sa peau cette année. Mais, après le départ en Italie de l’international Romain Blary, la nomination de l’ex-capitaine Igor Racunica comme nouveau coach a visiblement en fait soudé encore plus le groupe.

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En installant un peu plus leur sport encore méconnu dans l’Est de la France, les poloïstes alsaciens ont même aujourd’hui de quoi jouer les poissons pilotes de son développement. Sérieusement professionnalisé depuis quatre ans, le club remonte le courant nageoire après nageoire, avec ses jeunes et son gros public agglutiné.

Malgré l'incertitude liée, cette année, au départ de l'ancien coach remplacé par l'ex-capitaine, le public strasbourgeois a continué de répondre largement présent à la Kibitzenau cette année.
Malgré l'incertitude liée, cette année, au départ de l'ancien coach remplacé par l'ex-capitaine, le public strasbourgeois a continué de répondre largement présent à la Kibitzenau cette année. - Photo Cyril Gife.

Moins de mercenaires, et un public en pleine croissance

Loin derrière la bande d’initiés au rendez-vous dans les tribunes auparavant, les Strasbourgeois embarquent désormais dans leur vague aisément 500 personnes à domicile. Grâce à résultats issus d'un travail de surf sur la stabilité, pour mettre dans de bonnes conditions la bande de combattants, dont 12 sur 13 ont un contrat de travail.

« On a essayé de renouveler l’effectif par petites touches seulement, pour ne pas trop appauvrir notre 7 majeur », décrit le manager Stéphane Metzger. La recette : miser sur la formation aux côtés de spécimens expérimentés. Une nécessité pour atteindre les hautes eaux tout en éliminant l’image de mercenaires de ses recrues passées.

L’accent sur la formation et l’accompagnement

De quoi attirer, en offrant une aide pour leur double projet, des jeunes prometteurs des quatre coins de la France aquatique. Parti en 2016 après quatre ans ici, la pointe de l’équipe de France Romain Blary a par exemple profité d’un accompagnement en Alsace pour reprendre ses études arrêtées assez jeune.

Le Team Strasbourg a décidé de s'appuyer sur une grosse formation pour l'avenir.
Le Team Strasbourg a décidé de s'appuyer sur une grosse formation pour l'avenir. - Photo Cyril Gife.

Au Team Strasbourg, le désormais joueur du Sport Management de Vérone dit avoir vu « toutes les catégories du club se structurer, avec des éducateurs qualifiés », « l’école de natation renforcée » et « le niveau des équipes de jeunes considérablement augmenter ». Jamais le club n’a eu autant de moins de 15 et moins de 17 sélectionnés en bleu.

Un budget deux fois plus faible que ceux des plus gros

Afin de leur permettre de franchir les étapes en Alsace, les poloïstes du centre de formation auront même des places réservées en Pro A dès la saison prochaine. Le Team Strasbourg n’a pas encore autant d’équipes jeunes que ses homologues sudistes, mais il compte désormais plus de 200 poloïstes. La culture s’implante tranquillement.

Stéphane Metzger recadre : « Notre budget total, c’est l’équivalent des subventions publiques du club de Nice. » Soit 450.000 euros. Deux fois moins que les plus gros. Mais en augmentation, avec des structures nouvelles. « Au début du Team Strasbourg, on avait 6.000 euros de partenariats, détaille le manager. Aujourd’hui, près de 100.000. »

Le Team Strasbourg doit remonter cinq buts lors du match retour de la finale de Pro A.
Le Team Strasbourg doit remonter cinq buts lors du match retour de la finale de Pro A. - Photo Cyril Gife.

Des partenaires néanmoins de plus en plus nombreux

En plus des bons résultats, la formation alsacienne mise sur un kop, un DJ et d’autres belles animations avec des professionnels autour de ses matchs. Le moyen d’élargir son public en même temps qu’attirer des sponsors. « Outre les locaux, on commence à attirer des marques nationales », embraye Christophe Merkel, en charge de ces questions.

En attendant d’accueillir la Ligue des champions (à condition de trouver 150.000 euros supplémentaires), le Team Strasbourg a déjà organisé deux matchs internationaux de l’équipe de France, preuve de la reconnaissance en marche. Reste désormais à gagner un titre. Avec cinq buts à remonter au retour à domicile (10-5 pour Marseille à l'aller). Plus qu’une revanche.