Alsace: La scène de crime, de suicide ou de mort naturelle n’a aucun mystère pour les « nettoyeurs »

SOCIETE Groupe NAD, (Nettoyage après décès), une société alsacienne parle à « 20 Minutes » de ce métier pour passionnés méticuleux…

Gilles Varela

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Illustration. Dans une maison ancienne. Alsace. Le 09072011.
Illustration. Dans une maison ancienne. Alsace. Le 09072011. — G. VARELA \ 20 MINUTES
  • Visite d’une société alsacienne spécialisée dans le nettoyage de lieux après un décès
  • Elle utilise principalement des produits bios et respecte à la lettre des procédures de sécurité et d’hygiène

C’est un métier dont on parle rarement, comme pour conjurer le mauvais sort. Le fait même de l’évoquer et voilà dans la seconde des scènes de crimes vues à la télévision qui surgissent à l’esprit. « Nettoyeur après décès ». C’est fait, les mots sont lâchés. Ils sont peu à le faire et « non, cela n’a rien à voir rien avec le film Léon », prévient tout de suite Julien Martel, le directeur de Groupe NAD, une jeune société alsacienne spécialisée dans ce domaine et que 20 Minutes a rencontré.

S’il se défend d’avoir un métier entouré de mystères, le trentenaire plante malgré lui, dès les premiers instants, le décor d’une série US. Julien Martel nous conduit dans son bureau où sont alignés des containers de démonstration qui servent à mettre les déchets souillés. « Je n’aime pas le terme de nettoyeur, ici on n’est pas aux Etats Unis, le rapport à la mort n’est pas le même », prévient-il. J’ai déjà eu, c’est une anecdote parmi d’autres, un coup de téléphone d’une personne qui m’indiquait avoir eu un "souci" et qui voulait que je vienne nettoyer, sans poser de question. Et voulait payer en espèce… » Les sous-entendus et les silences sont longs. « Nous avons des protocoles d’intervention très stricts. Par exemple, pour un homicide, nous n’intervenons qu’une fois les scellés enlevés, d’ailleurs nous demandons à la police ou aux gendarmes d’être là lors de leur enlèvement et nous joignons ces pièces dans notre dossier. C’est un métier où il faut être très rigoureux, pointilleux mais aussi passionné. Quant aux morts naturelles, il faut que le corps soit resté au moins 48 h sur place, ou que le décès soit dû à une maladie infectieuse, virale ou bactérienne, sinon, nous n’avons aucune raison d’intervenir. »

Illustration. Opération de saupoudrage de gélifiant d'un agent de Groupe NAD
Illustration. Opération de saupoudrage de gélifiant d'un agent de Groupe NAD - Group NAD

 

Comme dans un film, ou presque

« Venez, suivez-moi, indique-t-il avant de nous conduire dans son arrière-garage, où se trouve « son laboratoire ». Et ce n’est pas les experts Miami. Un petit espace sombre où un pavé en ciment avec du sang projeté et où est suspendue une combinaison blanche de protection, un masque, des gants. « Il n’y a pas de projection, vous ne craignez rien. Ça, c’est du sang, la scène est figée », indique le nettoyeur. « C’est du sang de porc, très proche de celui de l’homme. Nous utilisons ce laboratoire autant que nécessaire pour notre protocole d’intervention sur les homicides ou les suicides avec projection de sang, car nous améliorons sans cesse nos techniques et nos recherches. ». Un lieu où tout employé, avant de se lancer sur le terrain, se forme pendant un mois avant de passer une épreuve d’évaluation. « Car il n’existe pas de formation », précise Julien Martel. Alors c’est lui qui veille en personne à la formation des employés, considérés comme une « bande d’amis » et qui, tous ensemble, se réunit tous les quinze jours en compagnie d’un psychologue, afin de partager ou d’aborder les problèmes rencontrés.

Illustration. Prises de photos pour étudier le comportement du sang
Illustration. Prises de photos pour étudier le comportement du sang - Groupe NAD

 

Ces recherches lui permettent, et c’est une particularité, de ne pas (ou très peu) utiliser de produits chimiques. La jeune société a en effet choisi d’investir dans des technologies innovantes pour le nettoyage et la désinfection des surfaces mais aussi de la désinfection par voie aérienne, y compris la destruction d’odeurs grâce à un générateur d’ozone. « Cela permet d’éviter toute souche résistante et allergène après notre passage, affirme Julien Martel, sans utiliser de produits chimiques automatiquement ». Et pour s’assurer qu’il ne reste rien, les nettoyeurs utilisent sur les homicides ou les suicides du Bluestar ou une lampe U.V, dès qu’ils ont un doute lors de certaines interventions pour la recherche de traces de sang qui auraient été lavées, afin de ne rien laisser derrière eux après leur passage.

Nettoyage à la vapeur sèche

Si les clients ne récupéreront ni leurs matelas ou les tapis tachés de sang et de matières organiques où les bactéries prolifèrent, en revanche les lieux seront désinfectés, propres. « Nous avons le même protocole que dans les blocs opératoires. D’ailleurs nous utilisons, après un homicide ou un suicide, la même machine pour le nettoyage et la désinfection que celle utilisée à l’hôpital de Versailles. Elle projette de la vapeur sèche, dont la température monte à 180 °, pas un interstice ne lui échappe », assure Julien Martel. Nous remettons les lieux en état pour que les familles ne voient pas l’envers du décor, pour les aider. »

Un domaine que le jeune entrepreneur connaît très bien. Ancien militaire, il « vient du monde du funéraire » et a, pendant trois longues années réfléchi aux besoins de sa profession pour se lancer. « C’est un service que nous proposons. Une continuité du service funéraire. »