Metz: Un nouveau procès pour le tueur en série Francis Heaulme

JUSTICE Le « routard du crime » comparaît à partir de mardi devant les Assises de Moselle pour les meurtres de deux enfants…

M.L. avec AFP

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Francis Heaulme sera jugé dès mardi devant les Assises de Moselle.
Francis Heaulme sera jugé dès mardi devant les Assises de Moselle. — DAMIEN MEYER / AFP

Plus de 30 ans après les meurtres de deux garçons de 8 ans, tués à coups de pierre près de Metz en 1986, le tueur en série Francis Heaulme comparaît, mardi, devant les assises pour le cinquième procès de cette affaire.

La cour d’assises va consacrer trois semaines à cette affaire qui a déjà connu de nombreux rebondissements, à commencer par la double condamnation puis l’acquittement de Patrick Dils. Il avait été accusé à tort d’avoir fracassé le crâne de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, retrouvés morts sur le talus d’une voie ferrée de Montigny-lès-Metz le 28 septembre 1986.

Vers un procès « compliqué »

Des dizaines d’années, des accusés et des suspects finalement blanchis, des centaines d’articles, reportages et commentaires sur cette affaire extrêmement médiatisée « peuvent compliquer » le procès, reconnaît une source judiciaire. « Cela peut provoquer des mélanges dans la procédure orale, de l’auto-persuasion ».

Mais cela n’empêche pas les familles d’espérer. « On y va sereinement », explique Me Dominique Boh-Petit, avocate de Chantal Beining, la mère de Cyril.

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« Découragées, un peu désabusées », les parties civiles « ont l’espoir d’arriver enfin à la vérité, mais avec une dose de scepticisme », avance de son côté Me Thierry Moser, avocat de la famille Beckrich.

L’avocate de Francis Heaulme, Me Liliane Glock, juge que ce procès ne sera « ni sérieux, ni équitable », alors que les scellés ont été détruits en 1995, lorsque Patrick Dils était encore sous les verrous. Le verdict, quel qu’il soit, « ne convaincra que la moitié du public », assure la pénaliste.

D’autres pistes avant Heaulme

Dans ce dossier, plusieurs pistes ou certitudes ont déjà volé en éclats. Outre celle de Patrick Dils, il y avait la piste Henri Leclaire. Ce manutentionnaire, qui en 1986 travaillait non loin du lieu du crime, avait déjà été soupçonné dans les années 1980. En 2014, son nom revient de manière spectaculaire dans la procédure, sur la base d’un témoignage tardif : une femme affirme que Leclaire, en 2012, lui a confié en « criant et gesticulant », qu’il avait « attrapé » les enfants, tout en répétant qu’il ne les avait pas tués. Mais la justice considérera ces éléments insuffisants. Début 2017, Henri Leclaire est définitivement blanchi.

Reste la piste Francis Heaulme. Sa présence avérée à Montigny, en 1986, a beaucoup contribué à l’acquittement de Patrick Dils. Mis en examen une première fois en 2006, avant de bénéficier d’un non-lieu, il a finalement été renvoyé devant les assises en 2013. Un premier procès s’ouvre en 2014 à Metz, mais est interrompu après deux jours, à cause des soupçons pesant sur Henri Leclaire. Ce dernier étant blanchi, c’est le retour à la case départ pour le « routard du crime ».

« Quasi-signature criminelle »

Il a reconnu avoir aperçu les deux enfants vivants, puis morts, et a décrit les lieux avec précision. Et les enquêteurs, qui ont relevé de nombreuses similitudes avec certains de ses meurtres, ont conclu que l’affaire de Montigny-lès-Metz portait sa « quasi-signature criminelle ».

Si son procès est très attendu, la justice « sera tributaire de la parole d’un homme au développement psychique différent du nôtre », prévenait il y a plusieurs mois l’ancien gendarme Jean-François Abgrall, celui qui, le premier, avait fait tomber le tueur en série. Francis Heaulme, qui « n’a ni la notion d’empathie, ni celle d’affect », « ne sera pas dans l’aveu, parce qu’avouer c’est un peu demander pardon », estime l’ancien enquêteur.

A noter que le procès sera à suivre en live tweet dès mardi sur le compte de notre journaliste @vvantighem.