Strasbourg: Comment la biodiversité fait son nid dans le béton et les zones industrielles

ENVIRONNEMENT Une cinquantaine d’acteurs privés et publics de l’agglomération strasbourgeoise s’est engagée en signant la charte «Tous unis pour plus de biodiversité»…

Alexia Ighirri

— 

Strasbourg: Comment la biodiversité se fait une place dans le béton et les zones d'activité. Ici, une mare au siège de Puma à Illkirch
Strasbourg: Comment la biodiversité se fait une place dans le béton et les zones d'activité. Ici, une mare au siège de Puma à Illkirch — A. Ighirri / 20 Minutes

Il se raconte qu’un lapin a cherché à s’installer au royaume du puma. Et il pourrait ne pas être le seul à trouver l’endroit accueillant depuis que l’équipementier a aménagé un espace vert sur son site situé dans la zone industrielle d’Illkirch-Graffenstaden sud.

Il y a eu la plantation d’espèces locales, de prairies mellifères pour le bonheur des abeilles, d’arbres fruitiers, mais aussi la création d’une mare. Là, juste à côté d’un petit terrain de sport en plein air et du parking.

L’idée n’est pas que de rendre l’espace gravillonné de l’entreprise un peu plus joli. La mare va aussi permettre d’évacuer naturellement l’eau de pluie, qui ne pouvait jusqu’alors s’infiltrer correctement dans les terres.

Une cinquantaine de signataires

Comme l’entreprise Puma France, une cinquantaine d’acteurs privés et publics de l’agglomération strasbourgeoise a signé la charte « Tous unis pour plus de biodiversité », proposant un accompagnement de l’Eurométropole de Strasbourg (outils de gestion, formations, etc.) en échange du respect de six actions favorables à la biodiversité.

Ainsi, l’entreprise Suchard-Mondelez a accueilli nichoirs, ruches et potagers partagés, la maison d’arrêt de Strasbourg s’est mise au compost, les golfs entendent réduire l’usage des pesticides et leur consommation d’eau pour l’arrosage. Et il se dit aussi que la future zone commerciale nord de l’agglomération pourrait multiplier la végétalisation ou l’installation de panneaux solaires sur ses toits.

>> A lire aussi: Et pourquoi pas des panneaux solaires sur votre toit ?

Pour sa résidence Eko2 dans le quartier de la Meinau, le promoteur Alcys prévoit de ranger toutes les voitures en sous-sol, pour pouvoir planter un parc au cœur de l’îlot. « Signer la charte nous permet aussi de sensibiliser les syndicats et nos clients sur la biodiversité et son importance », indique le promoteur Frank Maire, pour qui il est nécessaire « que les pouvoirs publics soient à l’initiative : ça amplifie, alimente la dynamique et agglomère des gens très divers. Ce que nous ne pouvons pas faire en tant qu’acteur privé ».

Et cette diversité dans les rangs de signataires ne manque pas d’être soulignée par la collectivité : « Il y a un mélange des genres, ça permet de sortir du cercle des initiés, se réjouit Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole en charge du développement durable et de la préservation écologique. C’est une manière pour que tout le monde s’approprie la question de la transition écologique. On peut dire qu’une mare, un nichoir, ce n’est pas grand-chose mais c’est la contribution de chacun qui va assurer cette transition. »

« On va dans le bon sens »

Démarche sincère en faveur de la biodiversité ou stratégie marketing d’écoblanchiment (greenwashing) ? « Il peut toujours y avoir quelques vilains petits canards, mais je crois qu’on va quand même dans le bon sens. Il n’y a pas de notoriété supplémentaire, de glorioles particulières à tirer de ce dispositif », estime Stéphane Giraud.

Directeur d’Alsace Nature, association qui milite pour la protection de l’environnement, il se réjouit de voir les sociétés et acteurs privés s’inscrire dans cette dynamique : « C’est intéressant dans la mesure où les habitudes de constructions de zones d’activités font la part belle aux espaces stérilisés. Alors que dans ces endroits, moyennant des choses simples à mettre en œuvre, on peut faire venir la biodiversité. Bien sûr il ne faut pas faire tout et n’importe quoi. En termes de plantations, par exemple, on préconise des espèces locales. »

L’autre intérêt, selon lui, intervient quand « on arrive à faire partager l’effort de l’entreprise avec les salariés. L’entreprise relaie certaines démarches que les salariés pourront ensuite reproduire. Après, pourquoi mettre quelques milliers d’euros dans une mare plutôt que dans des augmentations de salaires, c’est légitime comme question. C’est pour cela qu’il est important d’expliquer en quoi ça a du sens. » Au-delà de la possibilité de croiser un lapin au milieu d’une zone d’activité.