Alsace: Forcée de déménager pour s'agrandir, une brasserie artisanale passe par un crowdfunding

ECONOMIE En conflit avec le maire de Niederhausbergen, le couple de brasseurs artisanaux de la Mercière doit quitter la commune de l'Eurométropole s'il veut continuer de grandir. Un financement participatif a été lancé pour les aider...

Bruno Poussard

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Imène et Franck Julich ont démarré il y a moins de cinq ans, et ils ont vu leur activité de brasserie artisanale prendre de l'ampleur.
Imène et Franck Julich ont démarré il y a moins de cinq ans, et ils ont vu leur activité de brasserie artisanale prendre de l'ampleur. — B. Poussard / 20 Minutes.

Pas un soir ne passe sans que le couple ne regarde le compteur. A 16 jours du terme du crowdfunding, les brasseurs artisanaux ont en tout cas franchi les 38.200 euros sur les 70.000 espérés. « On est inquiet depuis le premier jour, début janvier », ne cache pas Franck Julich qui a pour projet l’expansion de la production, avec boutique et lieu de vie.

« Pour moi, ils sont bien, il y a un énorme engagement local, c’est rare, rassure Alexandre Laing, co-fondateur de la plateforme en question, Bulb in Town, spécialisée depuis 2013 dans le financement participatif des boites locales. Et à partir de 50 %, on dit souvent que c’est bien engagé. » La courbe de La Mercière est typique. Le soutien booste les Julich.

 

 

Un conflit né autour d’un terrain familial à Niederhausbergen

Car ce crowdfunding a de quoi marquer pour eux la fin de longues galères. En partie, au moins. Habitant une maison retapée de leurs mains à Niederhausbergen, la famille aux trois enfants se sent forcée de quitter le village des origines du père de famille de 35 ans si elle veut trouver un terrain de taille suffisante afin de poursuivre sa croissance.

Au cœur d’un conflit depuis des mois avec la municipalité de Niederhausbergen (qui a d’autres projets pour le terrain de plus de 40 ares du grand-père de Franck Julich sur lequel il espérait s’installer), le couple veut rebondir. Il a trouvé une ferme à racheter dans le village alsacien de Cosswiller. Mais le coût des travaux est estimé à 70.000 euros.

Une épopée débutée avec un kit de brasseur offert en 2012

Leur histoire a tout, jusqu’ici, du beau parcours d’une petite entreprise familiale. « Notre délire a toujours été de fabriquer les choses nous-mêmes, comme du vin de groseilles, se souvient Imène Julich. C’est pour ses 30 ans que je lui ai offert un kit de brasseur. » Salarié d’un bureau d’études dans un cabinet d’architectes, Franck Julich se prend au jeu, et y laisse bon nombre de nuits, en 2012.

La brasserie La Mercière est arrivé à sa capacité maximum dans les locaux de la maison familiale, à Niederhausbergen.
La brasserie La Mercière est arrivé à sa capacité maximum dans les locaux de la maison familiale, à Niederhausbergen. - B. Poussard / 20 Minutes.

L’intéressé poursuit : « Je faisais juste de la bière pour les copains qui consomment beaucoup trop. C’est devenu sérieux lorsque les sept potes en question ont mis 1.000 euros chacun pour financer l’achat du matériel d’une petite brasserie artisanale en vente à Biarritz. » Ainsi sont nés les Amis de la Mercière, du nom de la rue où vit la famille Julich.

Un passe-temps devenu métier pour lui, puis pour elle

De là, celui qui avait également monté déjà un labo pour développer ses propres souches de levures fait des aménagements chez lui, créé une société, réalise un logo à l’arrache avant une fête de village, puis fait ses premières ventes suivantes dans la cave de leur maison.

Vite débordé, Franck Julich se lance un peu plus tard à plein-temps. Depuis, sa femme l’a rejoint après l’avoir beaucoup aidé. Et leur production est désormais multipliée par deux chaque année. Dans leurs « petites cuves », ils ont ainsi produit la bagatelle de 72.000 litres en 2016. Toujours en bio, raisonné, et local.

Une histoire de Plan local d’urbanisme et de projet sportif

Lancée fin 2015, l’idée d’agrandir le site situé chez eux et connu des habitants a vite pris du plomb de l’aile. Lorsqu’il a pensé à racheter le fameux terrain familial sur le côté du village, le couple, bloqué par le maire de la commune de 1.700 âmes, a découvert qu’il se trouvait sur le Plan local d’urbanisme (PLU), pour le projet d’un autre complexe sportif.

Jusqu’à ce que le conflit ne prenne de plus amples proportions. « J’ai fait ce que j’ai pu, je lui ai proposé le seul terrain mobilisable de la commune, mais Franck m’a répondu qu’il ne lui convenait pas, c’est son droit, répond le premier magistrat, Jean-Luc Herzog. Le seul regret que j’ai, c’est de ne pas avoir d’autre solution sur la commune. » En avril, la Mercière, elle, va effectuer une autre embauche.

De nouvelles perspectives à Cosswiller

S’ils ont déposé un recours au tribunal vis-à-vis du terrain de Niederhausbergen - dont le maire les a, lui, poursuivis pour quatre commentaires postés à son encontre sous une publication de la page Facebook de la Mercière en 2016 -, Imène et Franck Julich s’apprêtent donc à vendre leur demeure pour s’installer avant l’été dans un cadre naturel dans l’ouest du Bas-Rhin.

Les Julich vont devoir quitter Niederhausbergen, à contre-cœur, pour poursuivre leur activité à Cosswiller.
Les Julich vont devoir quitter Niederhausbergen, à contre-cœur, pour poursuivre leur activité à Cosswiller. - B. Poussard / 20 Minutes.

Avec des regrets, néanmoins. « Parce qu’on a passé des années à tout faire dans cette maison, c’est tout ça qui saoule, justifie Franck Julich. Puis ma mère sera à la retraite dans deux mois et nos enfants auraient pu y aller à pied tous les jours… » Imène embraye : « C’était notre choix de vie, ici, à Niederhausbergen. Ça casse un rêve. Ce que ça brise n’est pas matériel. »

« Notre philosophie restera la brasserie de village »

Egalement vice-président à l’économie à l’Eurométropole, Jean-Luc Herzog termine : « Sur le territoire de l’Eurométropole, il y a 27.000 entreprises, toutes ont des souhaits, mais toutes ne peuvent pas avoir de réponse. […] Et toutes mériteraient que l’on s’y intéresse, peut-être plus que celle-là. » Du côté de Cosswiller en revanche, l’arrivée de la Mercière est attendue.

C’est qu’au-delà de l’ajout d’un projet de micromalterie (afin que tous les ingrédients de fabrication de la Mercière soient ultra-locaux) doit s’ajouter un lieu de vie dans une ancienne salle de danse. « Pour continuer de recevoir comme ici, où il y a toujours des gens de tous les âges qui passent, justifie Imène Julich. Notre philosophie restera la brasserie de village. »